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[Critique] « Arrête ou je continue », Emmanuelle Devos et Mathieu Amalric enterrent leur couple dans les bois

[Critique] « Arrête ou je continue », Emmanuelle Devos et Mathieu Amalric enterrent leur couple dans les bois

14 février 2014 | PAR Yaël Hirsch

La réalisatrice de Gentille (2005) et Un chat est un chat (2009) présente à la section « Panorama » de la 64ème Berlinale son nouveau film. Arrête ou je continue met en scène le roi et la reine du drame français intellectuel : Emmanuelle Devos et Mathieu Amalric, dans une  fin de liaison qu’elle tire vers la métaphore sylvestre. De belles images et un excellent jeu d’acteurs mais où le retour à la nature et les dialogues un peu artificiels peuvent ennuyer, voire faire grincer des dents… Sortie le 5 mars 2014.

[rating=3]

Pomme (E. Devos) et Pierre (M. Amalric) mènent une vie petite-bourgeoise à Lyon et s’aiment depuis une dizaine d’années. Pomme a un grand fils, Pierre s’entend bien avec lui et le week-end le couple enfile ses chaussures de marche et son k-way pour aller s’oxygéner hors de la ville, dans la forêt. Normalement, c’est là qu’ils se retrouvent, mais dès le début du film on sent que quelque chose entre eux s’est cassé : Pierre passe trop de temps avec une blonde miss météo locale, Pomme ne se sent pas désirée, et ils ont beau mettre les bouteilles de champagne au congélateur  pour le boire frais, l’ambiance amoureuse n’est pas au champagne, mais au constat tendre que la liaison s’essouffle. Une marche dominicale est l’occasion pour Pomme de rester dans la forêt afin de commencer le deuil. Elle y passe près d’une semaine, en immersion -régression, avant que Paul ne tente de l’y retrouver.

Joués au millimètre par deux des plus grands acteurs français, les vieux amants au bord de la rupture sont, au début du film, très touchants, grâce ou malgré des dialogues très travaillés. Ses braquages et humiliations à elle, sont, comme toujours chez Sophie Filières, très bien vus. Mais lui aussi a des fragilités émouvantes. Tout va lentement et sûrement donc, jusqu’à l’immersion de Devos dans la forêt humide. Volontairement très appuyée, la métaphore devient vite interminable, et pour certains, insupportable. Certains adeptes de Thoreau sauront peut-être apprécier la beauté de ce retour littéral à la vie sauvage de la femelle délaissée; nous n’y sommes pas parvenus et avons peiné à surmonter ces imageries très appuyées.

Arrête ou je continue, de Sophie Fillières, avec Emmanuelle Devos, Mathieu Amalric, France, 2013, 1h42, Films du losange. Sortie le 5 mars 2014.

visuel : photos officielles du film.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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