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[Compétition] : « Aloft » de Claudia Llosa, un mélo chamanique brumeux

[Compétition] : « Aloft » de Claudia Llosa, un mélo chamanique brumeux

14 février 2014 | PAR Yaël Hirsch

Claudia Llosa était doublement attendue, en compétition de la 64ème Berlinale. D’abord parce qu’elle a remporté l’ours d’or en 2009 avec Fausta. Ensuite, parce que le casting de Aloft avait de quoi séduire :Jennifer Connelly, Mélanie Laurent et le beau Cillian Murphy. Mais le mélodrame prétentieux qu’elle nous a proposé s’est enfoncé, plan  après plan, pour décrocher le titre de pire film de notre Berlinale.

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Dans le grand nord froid et neigeux, Nana (Jennifer Connelly, avec une coupe au carré surmonté d’une petite tresse assez peu flatteuse) est une mère célibataire courageuse des années 1970, qui travaille dans une ferme et s’occupe de ses deux fils dont le cadet a une tumeur au cerveau. Désespérée car aucun médecin ne veut prendre le risque d’opérer son petit, elle se tourne vers un guérisseur très recherché qui pratique l’art-thérapie dans le cadre de jolies sculptures mobiles tressées en brindilles (!). Malgré une première rencontre frustrante (le Faucon du fils aîné brise la structure guérisseuse et la mère et les deux enfants sont conspués par les malheureux attendant le miracle), on apprend que Nana a miraculeusement rendu la vue à une petite fille aveugle à la place du guérisseur qui décide alors de lui apprendre son art. Dans sa quête pour sauver son fils cadet et l’acceptation de son don, Nana a oublié de s’occuper de son fils aîné Ivan, avec qui elle rompt. Vingt ans plus tard, une fougueuse journaliste française (Mélanie Laurent) vient voir le beau et mature Ivan, devenu dresseur de Faucons, et l’entraîne avec elle vers le Nord du continent pour voir Nana.

Structuré en flash-back, étalé en images brumeuses et gros pans sur les yeux d’acier des tous les acteurs du film, Aloft met en scène une fermière habillée comme une hipster, deux cancéreux désespérés qui marchent sur la glace et sautillent de santé malgré la connaissance tragique que leur fin est sûre, et alterne paysages arty, scènes d’hystérie et sexe brutalement et inutilement convenu. Tout ceci serait pardonnable, peut-être, si la prétention du film n’atteignait pas les sommets d’un Himalaya psychologico-chamanique avec des longues et lourdes phrases sentencieuses du type « La nature, elle, ne juge pas entre l’ombre et la lumière ». Empêtrés dans leurs personnages pas crédibles et des dialogues imprononçables, tous les acteurs jouent très mal, avec une mention spéciale pour Mélanie Laurent qui vitupère en français dans son portable sans raison et qui ponctue le vide sidéral de son rôle de regards mi-pétasse, mi-grande mystérieuse, quand elle ne tient pas le volant d’un air mélancolique sur le si frenchy et si pointu « Le vent nous portera » de Noir Désir. Bref, Aloft est un naufrage de bêtise humaine et esthétique dont on a préféré rire que pleurer.

Aloft de Claudia Llosa, avec Jennifer Connelly, Mélanie Laurent, Cillian Murphy, Espagne, Canada, France, 112 min. En compétition.

Visuel © Allen Fraser / Cry Fly Manitoba Inc./p>

http://www.frequency.com/video/aloft-clip/146942817/-/5-6382

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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