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[Critique] « 3 Cœurs » : un mélo qui prend le cœur

[Critique] « 3 Cœurs » : un mélo qui prend le cœur

23 septembre 2014 | PAR Gala Rapoport

Il signe avec 3 cœurs son vingt-et-unième long. Benoît Jacquot exploite ici le genre du mélodrame avec ses codes : expression du mal-être amoureux, exacerbation des émotions et ressorts dramatiques pour un film qui a quelques lacunes.

[rating=4]

Dans une ville de province, une nuit. Marc rencontre Sylvie alors qu’il a raté le train pour retourner à Paris. Ils passent la nuit ensemble à errer jusqu’au petit matin. Au moment de se quitter, Marc donne rendez-vous à Sylvie quelques jours plus tard à Paris. Rendez-vous manqué. Marc rencontrera une autre femme Sophie qui n’est autre que la sœur de Sylvie.

C’est une trame de mélodrame au scénario assez improbable et peu crédible. Pourtant l’émotion prend aux moments où l’on ne s’y attend pas : dans les regards, les échanges, les frôlements et les étreintes des deux sœurs, magistralement filmées dans des plans séquences précis. Dans les yeux de Charlotte Gainsbourg (Sylvie), on sent une marque de détresse et tout ce qui ne se dit pas. On voit poindre dans le regard et l’attitude de Catherine Deneuve, la mère de Sylvie et Sophie (Chiara Mastroianni) qu’elle n’est pas dupe de ce trio amoureux.
Benoît Poelvoorde est remarquable en inspecteur des impôts. Personnage névrotique, obnubilé par la hantise de l’infarctus, il excelle dans son rôle, incapable de réprimer ses élans amoureux, se consumant de l’intérieur.
Benoit Jacquot filme l’ « entre-soi » au sein de la bourgeoisie provinciale au rythme des déjeuners dominicaux chez Catherine Deneuve, des dîners au restaurant et des passages à la boutique d’antiquités familiale. Mais ce qui l’intéresse peut-être encore plus est l’implosion de cette cellule familiale, l’implosion de ces trios : mère et sœurs et sœurs et Marc.
A mesure que le film avance, le rythme s’accélère : le recours à la voix off et la musique de plus en plus fréquente et inquiétante signe une autre temporalité, celle de l’urgence : l’urgence des retrouvailles entre Sylvie et Marc, l’urgence de la fuite ….
Le mélo devient alors presque thriller, tragédie … La fin du film étonne. Si le temps n’avait pas fait son œuvre, on pourrait alors imaginer un autre récit…

3 Cœurs de Benoît Jacquot. France (2014). 1h46.

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2 thoughts on “[Critique] « 3 Cœurs » : un mélo qui prend le cœur”

Commentaire(s)

  • laurences

    effectivement la fin est étonnante et même ambigue, on se demande si toute cette histoire n est pas qu un rève ou plutôt un cauchemard de ce qui aurait pu arriver si Marc était arrivé en retard au rv avec Sylvie ce vendredi soir

    septembre 23, 2014 at 19 h 07 min
  • C’est franchement le plus ordinaire des film de Benoît Jacquot. Les acteurs épatant servent un scénario sans surprise, qui ronronne, la caméra filme sans surprise -on se croie encore dans les années soixante- bref, c’est plat, c’est morne, et décevant. Le film de lancement donnait envie, hélas on repart avec…

    septembre 24, 2014 at 10 h 17 min

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