A l'affiche

« The Florida Project », le premier gros coup de cœur de la Quinzaine [Cannes 2017]

« The Florida Project », le premier gros coup de cœur de la Quinzaine [Cannes 2017]

22 mai 2017 | PAR Hugo Saadi

Avec The Florida Project, Sean Baker donne la première grosse claque de la Quinzaine des Réalisateurs. Sa virée auprès de gamins laissés à eux même dans des piteux motels ne laisse pas de marbre. Une réussite à tous niveaux et la révélation d’une immense jeune actrice.

The Florida Project s’ouvre sur trois gamins criant de toutes leurs forces dans un dialogue de sourd. L’énergie qui s’en dégage en à peine quelques minutes met en garde : le spectateur va être bousculé pour le meilleur et pour le pire durant 1h45. Puis vient le générique d’introduction accompagné de la célèbre chanson Celebration de Kool & The Gang, le style est déjà là. Teenmovie, road-movie, drame, comédie ? Le mélange des genres fait saliver et ça match bien. Rapidement, le spectateur va être fixé, The Florida Project est un film d’enfants pour adultes. Et ouais, il ne faudra pas attendre longtemps avant d’entendre de la bouche de la jeune gamine de 6 ans un « t’es qu’une merde » lancé à une femme de quarante balais, qui pose les bases de la violence verbale qui va s’ensuivre durant tout le métrage. Il sera aussi question de violence morale et physique.

Cette violence aura comme terrain de jeu plusieurs motels de Floride situés à quelques pas de l’immense Disneyland où tout le monde il est beau, il est joli. Le réalisateur y suit Gloria et sa fille Moonie (Brooklynn Prince, mé-mo-rable) qui vivent dans la misère et se contentent d’une simple chambre comme habitation. Moonie, en pleines vacances doit tuer l’ennui. Elle décide de faire les 400 coups avec deux de ses amis des chambres voisines. Si les conneries sont nombreuses et accouchent souvent de situations comiques et rocambolesques, Sean Baker souhaite en filigrane délivrer un discours sur les familles qui vivent dans la précarité, dans cette Amérique profonde qui se retrouve à la rue ou contrainte de magouiller et d’effectuer des activités dégradantes pour s’en sortir. C’est lorsque cette réalité prend de plus en plus d’ampleur dans le film que le propos s’intensifie et que la tension monte. Pendant plus d’1h30 le spectateur se lie d’affection avec cette gamine d’une énergie folle et se retrouve à vibrer dans toute la dernière partie de The Florida Project, inquiet de l’issue finale… Baker ne cède pas à la facilité dans son final à hauteur d’enfant qui nous soutire quelques larmes.

En plus d’un scénario intelligent et d’une réalisation énergique (de nombreux travellings le long des grandes allées des motels permettent d’étendre le décor naturel), le film est dopé par le jeu de la jeune gamine : Brooklynn Prince. C’est LA grande révélation du film de Sean Baker, elle casse tout sur son passage (on pense à Abigail Breslin de Little Miss Sunshine). Sans oublier, le talentueux Willem Dafoe, dans un rôle qu’il maîtrise avec brio. La projection de The Florida Project nous poursuit longtemps après le générique, synonyme d’une belle claque, et il nous tarde déjà de le revoir.

The Florida Project, un film de Sean Baker avec Willem Dafoe, Caleb Landry, Macon Blair. 1h55. Prochainement au cinéma.

visuels © Le Pacte

Charles S. Cohen : « Ma première découverte de la France : le cinéma » (français) [Interview]
« L’intrusa », un dilemme moral un peu poussif [Cannes 2017, Quinzaine]
Hugo Saadi

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *