A l'affiche

« Après la nuit » de Marius Olteanu : plans serrés sur le sentiment amoureux

« Après la nuit » de Marius Olteanu : plans serrés sur le sentiment amoureux

18 décembre 2019 | PAR Julia Wahl

Après la nuit, en compétition au festival Chéries Chéris, est un film âpre et mélancolique du réalisateur roumain Marius Olteanu sur les rapports amoureux contemporains.

Une mélancolie séduisante

Il fait nuit. Dana hèle un taxi. Demande au chauffeur de rester à attendre avec elle, la nuit durant, face à un immeuble qu’elle semble connaitre comme si c’était le sien. Une femme trompée qui cherche à confondre son mari ? Le chauffeur échafaude des théories.  Nous aussi, nous cherchons à comprendre ce que cette femme, si belle et si triste, peut attendre. Et contemplons sur son visage cette attente où ne transparaît plus qu’une forme de résignation.

Car le jeu sobre et altier de Judith Sate nous emmène, heureux finalement d’attendre avec elle le fin mot de l’histoire. Nous goûtons sa tristesse avec une pointe d’envie : ce sentiment lui sied si bien que, pour un peu, nous voudrions le partager. Le regard ferme, qui jamais ne se dérobe à celui du chauffeur, lui confère une grâce qui rend sa mélancolie séduisante. Les cigarettes qu’elle fume inlassablement, son trench beige lui donnent des allures de reine.

Un film en trompe l’œil

Mais Dana n’est pas le personnage principal du film : c’est, on l’a deviné, l’absent du début, son époux, qui fait figure de héros. Nous le retrouvons bientôt au lit avec un homme de rencontre, dissertant sur leur homosexualité plus qu’ils ne font l’amour. Un film en trompe l’œil, où ce que l’on croit initialement être le sujet du film – l’errance d’une épouse bafouée – devient finalement accessoire, un prétexte à montrer la difficulté d’être homosexuel en Roumanie.

Mais le principal trompe l’œil de ce film est technique plus que thématique : il s’agit de l’usage original d’un cadre carré qui, filmant chaque personnage isolément, du haut du crâne à la taille, nous invite à scruter ce dernier et à faire corps avec lui. Ce n’est que progressivement que le spectateur se rend compte de la bizarrerie de ce cadre, qui l’oblige à se focaliser sur un personnage, et un seul. Un travail qui rend d’autant plus prégnante la solitude des personnages et nous conduit, à notre insu, à la partager.

Visuel : affiche du film

Mont-de-Marsan: aller respirer en France délicieusement profonde
Emilie Delorme : Le conservatoire de Paris élit sa première directrice
Julia Wahl
Après dix ans d'enseignement des lettres en lycée, je travaille actuellement à la compagnie de danse verticale Retouramont comme chargée de diffusion et de production. Auparavant, j'ai œuvré six mois à l'Action culturelle du Mouffetard-Théâtre des arts de la marionnette. A côté des ces activités professionnelles, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *