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Mont-de-Marsan: aller respirer en France délicieusement profonde

Mont-de-Marsan: aller respirer en France délicieusement profonde

18 décembre 2019 | PAR Sabina Rotbart

 

Etape méconnue de l’histoire de la sculpture, tables irrésistibles, hôtels cocons, Mont-de-Marsan étonne l’urbain lessivé par les temps qui courent.

 

 

 

Non, Mont-de-Marsan ne se résume pas à être la préfecture des Landes, un lieu où il fait bon vivre, célèbre pour son foie gras, son équipe de rugby et ses pilotes de Mirages. C’est aussi la ville qui compte le plus grand musée français de sculpture figurative du début du XXème, le Musée Despiau-Wlérick, dont le point de départ furent les œuvres de  deux praticiens de Rodin, tous deux montois. Il compte désormais 2400 oeuvres et s’enrichit régulièrement d’apports contemporains. Car ce musée organise une triennale autour d’un thème directeur,  c’était les Mythes cette année (48000 visiteurs en un mois). Parmi les artistes contemporains invités, certains  célébrissimes comme Katharina Fritsch, Gilles Barbier, Boltanski, d’autres connus des happy few comme Benoit Huot ou des artistes implantés en région qui mériteraient une meilleure diffusion comme Jean Sabrier… A chaque édition FRAC et musées nationaux prêtent des œuvres qui font écho à la thématique choisie pendant que des  prêts de longue durée viennent enrichir la collection du musée. Des moyens supplémentaires devraient être bientôt alloués car la scénographie demande a être renouvelée. 


Un fil rouge de sculptures contemporaines

Lors de la Triennale « Mont-de-Marsan sculptures » qui vient de se dérouler, le Musée sort de ses murs (il a d’ailleurs obtenu le label éponyme), une idée de César autrefois et les œuvres monumentales ponctuent de leur présence tout le paysage urbain. Ceci pour le plus grand bonheur des enfants qui faisaient une sorte d’ escape Game entre un  rhinocéros rutilant bien connu des visiteurs du Centre Pompidou et une discrète tour de Babel. Les visiteurs adultes sont eux fascinés par la confrontation entre des œuvres audacieuses et le caractère nettement paisible de cette charmante cité. 

Il faut dire qu’un parcours de sculptures, c’est beaucoup plus surprenant ici que dans une grande métropole.  L’espace urbain ponctué seulement des signes traditionnels, Mairie, Théâtre, Palais de Justice,  Eglise … en est tout bouleversé.  Voir un cheval de Troie géant taillé dans du bois blanc, une œuvre fringante de Bruno Peinado, prêt de la Midouze, petite rivière modeste née des noces aquatiques du Midou et de la Douze, a tout du franchissement du Rubicon tant cela bouscule le paysage.  Sur le quai, au bord de la rivière, enjambée par des ponts au nom évocateur de l’ambiance radicale – socialiste locale, Pont Gisèle Halimi, Pont des droits de l’homme…la statue monumentale  était un but de pèlerinage ininterrompu pour les enfants venus se frotter à l’art contemporain. Pendant que des grappes d’habitants  ravis pénétraient pour  l’occasion dans des lieux d’habitude inaccessibles abritant des statues trop fragiles pour coucher dehors.

Une Madonna de Katarina Fritsch, vierge d’un jaune citron brillant, au  faux air d’objet dérivé religieux, avait investi fort à propos  la chapelle de l’ancien hôpital. Dans la ravissante Rotonde de la Vignotte, version lilliputienne de celle de Claude-Nicolas Ledoux, construite pour une société savante, logeait une araignée géante à l’abdomen en forme de ruche. Une vision drolatique de cet insecte poilu,   une œuvre du plasticien Pierre Grangé-Pradéras nettement plus amène que celle de Louise Bourgeois. Devant le théâtre ancien, une Athéna au torse quasi viril de Charbonnel,  modeleur  pour les studios Disney devenu sculpteur monumental,  offrait  une réflexion bien venue sur le genre.

Vous avez dit Despiau ?
Le musée Despiau-Wlérick (musée de France), est logé dans un très beau donjon et une enfilade de maisons romanes du XIIIème. Un jardin de sculptures le borde. C’est un décor vraiment hiératique  même si l’espace semble manquer pour une collection si importante qui comporte des pièces rares, comme une sculpture de Gauguin, des œuvres de Sarah Bernardt et qui surtout permet de suivre l’évolution de la sculpture de Carpeaux jusqu’aux contemporains.

Mais qui étaient donc Despiau et Wlérick ? Deux praticiens de Rodin qui rejetèrent l’académisme tout en y restant encore très marqués. Des Indépendants très attachés à Rodin, lequel appréciait particulièrement la liberté artistique de Despiau, un praticien assez forte tête pour lui résister! Un marbre blanc, le buste de Paulette, le révèle au Maître qui croule sous les commandes et l’embauche aussitôt. Ces artistes  représentent un moment de l’histoire de l’art intéressant à connaître entre classicisme et modernité. Despiau surtout qui a vraiment développé un style singulier (Wlérick est resté plus effacé) possède de grandes qualités de modelage. Il influencera la génération suivante notamment Giacometti, Brancusi, Duchamp-Villon, Arp…

Des deux artistes, Despiau est de loin le plus célèbre qui exposait à côté de Picasso, Zadkine, Laurens, Maillol. C’est lui qui est sollicité pour le Palais de Tokyo alors en construction, mais ses tergiversations infinies l’empêcheront souvent de terminer ses commandes. Il en subsiste à Paris moins de traces qu’il ne devrait, puisque la mort et sa procrastination lui feront passer dix ans à lambiner.  L’Apollon commandé pour l’esplanade du Trocadéro  ne sera jamais livré. On y plaça donc un bas-relief de Bourdelle. Despiau se révèle être  un portraitiste et un bustier remarquable. Un « ouvrier d’art » plutôt qu’un artiste, taiseux, aimant plutôt la chasse dans sa campagne landaise que les théories artistiques auxquelles d’ailleurs il n’entendait d’ailleurs rien, comme le raconte très bien Isabelle Lebon dans un livre paru aux Editions Antartica, un ouvrage qui offre un précieux éclairage sur ce petit milieu des sculpteurs français, depuis la « bande de Schnegg » (ce petit groupe des praticiens réunis autour du Maître Rodin) jusqu’ aux années cinquante. Tellement sauvage et strictement occupé à sculpter, ce modeleur hors pair détestait la lecture et les débats artistiques, ce qui explique sans doute qu’élevé dans la même école artistique que Matisse, il n’eut jamais le moindre contact avec lui.

Homme doué pour le modelage mais faible, sensible aux flatteries et totalement dénué de toute conscience politique, Despiau finira piteusement, participant en 1941 lorsqu’il est un artiste très reconnu et qu’il vend ses œuvres d’Argentine au Japon, au scandaleux voyage à Berlin d’un quarteron d’artistes français sous la houlette d’Arno Breker, le sculpteur d’Hitler, qui travaillait pour Speer. Cela explique sans doute  pourquoi il est beaucoup moins connu que Maillol. Grand modeleur mais être faible, Despiau est un peu tombé dans l’oubli sauf des spécialistes.

Il n’en reste pas moins que cette manifestation d’un musée « Sors des murs » touche par l’humour paradoxal dont elle anime la petite cité tranquille où Lévy-Strauss fut professeur de philosophie. Mais aussi pour la bonne chère qui règne localement. C’est sans doute la seule ville de France où le rez-de-chaussée du théâtre municipal XIXème est occupé par une halle offrant à la dégustation des nourritures aussi terrestres qu’alléchantes. Et où les tables étoilées Michelin offrent des repas alléchants et originaux pour…32 euros ( l’art des mets 

Pour y aller : TGV pour Dax, Mont de Marsan est à 40 minutes en voiture.

Où loger : Au très joli hôtel villa Mirasol, une demeure Belle époque restaurée avec délicatesse, entourée d’un parc. Jazz le week-end.www. Des sculptures du musée Despiau-Wlérick y sont régulièrement exposées. 130 euros. www.villamirasol.fr

Où se régaler : à Mont-de-Marsan, on déjeune dans un restaurant étoilé pour 32 euros. Aux clefs d’argent. www.clefs-dargent.com. Qui dit mieux ! Tout près, dans la ravissante petite ville voisine de Saint Sever qui possède outre un marché totalement irrésistible  le samedi, un bijou d’ Abbaye romane, l’Art des mets est une autre table exceptionnelle avec de délicieux poissons, car non, dans les Landes, on ne mange pas seulement du confit ! La mer est à une heure et le merlu arrive ici vif argent ! www.artsdesmetsaintsever.com. 15 euros.

Faire un peu de sport : A partir de février, quand le printemps revient dans le Sud-ouest, on peut faire du vélo en Chalosse, ces Landes intérieures, où le relief n’est pas vraiment plat sauf sur les anciennes voies ferrées devenues des voies vertes. Le musée Despiau Wlérick lui-même est point d’ »accueil vélo » ! Et on peut y faire du Yoga en imitant les postures des bas reliefs…

S’informer :
www.tourismelandes.com et www.montdemarsan.fr

copyright : Assia, Musée Despiau Wlérick, Mont de Marsan sculptures. 

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Sabina Rotbart
journaliste en tourisme culturel, gastronomie et oenotourisme. [email protected]

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