Cinema

A l’affiche : La Prima Linea, de Renato De Maria

21 avril 2010 | PAR Yaël Hirsch

Scénariste de Nano Moretti (« Le Caïman »), Renato di Maria est aussi réalisateur. Le public français peut le découvrir derrière la caméra avec « La Prima Linea » qui retrace à travers deux personnages l’évolution d’un groupe d’extrême gauche armé italien qui a opéré de 1976 à 1982. Un très beau film, qu’il faut se presser d’aller voir avant qu’il ne soir retiré de l’affiche.


En janvier 1982, alors qu’il est arrêté pour ses activités terroristes, Sergio (Riccardo Scamarcio), qui a notamment le rôle principal dans « Eden à l’Ouest » de Costa-Gavras) se rémémore ses années de lutte. Une épopée peu grandiose de lutte armée pour une cause juste mais qu’avec le recul Sergio estime avoir servi avec les mauvais moyens: la violence et le meurtre. Sur le chemin de ce fils d’ouvrier, né dix ans après la guerre et ayant grandi dans la peur d’un retour du fascisme dans son pays, il y a une autre activiste du mouvement : Susanna (la superbement froide Giovanna Mezzogiorno). Et l’amour clandestin qui les lie malgré une vie de plus en plus tendue par la peur et le sang, et la conscience que l’avant garde (« la première ligne) de leur organisation révolutionnaire a très vite perdu l’assise de sa base ouvrière dès qu’ils sont passés à l’assassinat politique.

Encore un film sur la terreur rouge des années 1970? Pas seulement! Basée sur les mémoires et donc le repentir vrai du membre actid du mouvement Sergio Segio, « La Prima Linea » est sans complaisance pour la violence révélée inutile des jeunes héros idéalistes. La structure en flash-back de l’oeuvre lui permet de garder une tonalité amère tout le long d’un très beau chemin esthétique. A aucun moment, les représentants d’une génération sacrifiée et prête à se sacrifier et tuer des innocents pour atteindre son utopie, ne sont sublimés. Leur vie nomade et terne, de ville en ville, leurs petits méfaits et grands crimes sont baignés d’un climat sordide qui s’avère moralement très sain. En orfèvre, Renati di Maria injecte des images d’archives dans ses très belles scènes de rues et routes de l’Italie des années 1970 et 1980. Un film politique, moral, et poétique.

« La Prima Linea », de Renato di Maria, avec Giovanna Mezzogiorno, Riccardo Scamarcio, Fabrizio Rongione…, Italie, 2009, 1h40, sortie le 14 avril.

A Paris, le film se donne encore au MK2 Hautefeuille et au Rex.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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