Arts

Willy Ronis, oeil de son siècle

15 avril 2010 | PAR Marie Lesbats

Du 16 avril au 22 août 2010, la Monnaie de Paris, en collaboration avec le Jeu de Paume et la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, présente l’exposition Willy Ronis, une poétique de l’engagement. Un brillant hommage au photographe disparu en septembre 2009.

Mis à l’honneur lors des Rencontres d’Arles en 2009, Willy Ronis (1910-2009) avait exprimé le souhait d’une grande exposition pour célébrer son centenaire en 2010. Afin de respecter son vœu, la rétrospective Willy Ronis a été conçue sur un ton nostalgique et enthousiaste dans les espaces néoclassiques de l’Hôtel de la Monnaie à Paris.
Issue de 160 tirages vintages ou modernes appartenant au fonds de la donation Willy Ronis faite à l’Etat en 1983, les commissaires de l’exposition – Marta Gili et Nathalie Neumann – s’attachent à présenter un large éventail de l’œuvre du photographe, clichés à succès présentant la vie parisienne, scènes de voyages mais aussi scènes sociales ou familiales.
Cette exposition captive le spectateur. Elle propose une flânerie délicieuse dans les rues de Paris, un cheminement dans le siècle, une introspection dans le travail de l’artiste.
Il adjoint lui-même ses images d’observations techniques, ce qui permet de comprendre l’élaboration de la prise de vue d’un bout à l’autre de la chaîne.

Plus stimulant encore, il raconte. Omettez le panneau d’introduction et c’est Willy Ronis qui vous parle. Reprenant la formule de l’ouvrage Ce jour-là* , l’exposition présente les photographies avec leurs commentaires d’origine, anecdotiques, méthodiques et souvent savoureux. Nous découvrons un Willy Ronis à l’affût du moment, dans l’« urgence de la prise de vue », ou bien un Willy Ronis militant, présentant ses ouvriers entre «automatisation extrême » et « déshumanisation personnifiée ». Car si Ronis a su capter l’homme dans la joie ou la douceur d’un quotidien (Au café « Le Bidule », rue de la Huchette, Paris, 1957), il a aussi stigmatisé le geste ancestral du travailleur (Usine Lorraine-Escaut, Sedan, 1959), faisant de celui-ci une allégorie à la manière d’un semeur ou d’une glaneuse de Millet. Ainsi, l’individu disparaît sous le geste, le visage s’efface derrière le savoir-faire.

L’exposition présente également des photographies inédites réalisées lors de voyages, qui attestent du caractère international du travail de l’artiste. Venise, Londres, Bruges, la Hollande ou la RDA… Willy Ronis balaie le paysage européen de son regard aigu et subjugue par la diversité de ses prises de vue, aussi sociologiques qu’intemporelles, aussi urbaines que poétiques. Sa photographie Le Béguinage à Bruges, saisie en 1951 projette directement le regardeur dans les peintures symbolistes d’un Arnold Böcklin, alors que ses scènes de rues anglaises illustrent plutôt les balbutiements de la Street Photography naissante (Le Révérend Tony Reid évangélisant une fille de joie, Londres, 1955).
Ronis nous emmène en voyage et n’hésite pas non plus à nous faire découvrir sa sphère privée, son univers domestique. L’exhibition s’achève en effet sur une série de photographies intimistes, dévoilant çà et là, toujours avec poésie, les visages et les corps de ses proches.
Ainsi Willy Ronis ne fait pas de différence. Il observe, évalue, saisit, puis shoote.
L’intensité de ses noirs, le halo de ses blancs, la justesse de composition et le choix de l’instant font de cet artiste l’un des photographes les plus renommés du XXème siècle.
L’exposition de la Monnaie constitue un prélude au travail de fond qui sera réalisé sur la totalité de l’œuvre de Willy Ronis dans le but de la publication du catalogue raisonné.
Et s’il n’a pas franchi le cap des 100 ans, ce « photographe-polygraphe », comme il se décrit lui-même, a su soumettre à son public une subjective traversée du siècle, appareil au poing, et faire partager son insatiable curiosité.

« Willy Ronis – Une poétique de l’engagement »
Exposition à la Monnaie de Paris, 11 quai de Conti, Paris 6e, Métro Pont-Neuf
Du 16 avril au 22 août 2010, du mardi au dimanche de 11h à 19h, nocturne le jeudi jusqu’à 21h30, fermé le lundi et le 1er mai.
Plein tarif 7€, tarif réduit 5€.
Billets sur place ou à la FNAC : tel : 0892 684 694 OU www.fnac.com

* Willy Ronis, Ce jour-là, Collection Folio, Mercure de France, 2006

Images :
Au café « Le Bidule », rue de la Huchette, Paris, 1957
Usine Lorraine-Escaut, Sedan, 1959
Le Béguinage à Bruges, 1951

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Marie Lesbats

One thought on “Willy Ronis, oeil de son siècle”

Commentaire(s)

  • LUNEAU Bernard

    Bravo Marie

    Quelle densité ,quelle concision dans tes commentaires sur cette expo .
    Tout y est en peu de mots mùrement choisis.Je me précipite .

    avril 18, 2010 at 20 h 13 min

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