Arts

William Blake, maître du trait et poète mystique, au Petit Palais

01 avril 2009 | PAR Thomas

Du 2 avril au 28 juin, le Petit Palais consacre une exposition rétrospective à ce « genie visionnaire », en exposant environ cent cinquante dessins, gravures, enluminures, livres et aquarelles. Une exposition très attendue depuis la première rétrospective organisée à Paris, en 1947, soutenue par André Gide et Philippe Soupault.

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L’Europe, prophétie ou L’Ancêtre des jours. Frontispice. 1794.

Crédits photo : © The Fitzwilliam Museum

William graveur…

Comment aborder William Blake ? Par la peinture ? Non, cela serait une hérésie. Par la gravure alors, lui qui débuta très tôt dans le métier et commença par gagner son pain en illustrant notamment des livres ? W. Blake apprend à graver auprès de James Basire, puis s’en distingue en choisissant le burin, et non la gravure au pointillé ou la « manière noire » alors en vogue. Pour la sortie de ses premières oeuvres , Les Chants d’Innocence et Le Livre de Thel, Blake emploie un procédé d’impression totalement novateur qu’il appelle « l’imprimé enluminé ». Ainsi, il s’illustre tout d’abord par une grande habileté dans cet art, notamment sur cuivre, où il est contraint d’écrire à l’envers.

…et poète mystique

Très tôt le poète lit les philosophes, Lock et Bacon. Ces lectures marquent au fer rouge son aversion pour les lois de la raison, tyrans des cerveaux libres en quête de l’infini. L’artiste s’exprime selon ces vers : Too see a World in a Grain of Sand / And a Heaven in a Wild Flower / Hold Infinity in the palm of your hand / And eternity in a hour. Telle était l’exigence de Blake vis à vis de lui-même et des autres – source d’une exaltation prophétique et poétique. C’est par cette inspiration mystique qu’il sera rapproché du romantisme que l’on connaît : celui de l’hexagone ; celui qui exalte le sentiment. Mais Blake agit indéniablement dans d’autres sphères. Tout d’abord par les relations qu’il entretient avec la Bible. La façon dont il approche la religion dérange, comme les saints et les saintes mystiques ont toujours fait tomber de leur chair les plus grands fervents du droit canon.

L’expo

Le musée met surtout en avant ses dessins. Oui, il s’agit bien ici de dessins, qu’ils soient d’aquarelle ou de gouache revêtus. Ne nous méprenons pas, William Blake n’est pas un coloriste comme le fut, par exemple, Delacroix. Le trait est prédominant, et l’aquarelle remplit ; la plume et l’encre de chine accentuent les traits et renforcent les ombres ; le contrepoint de la lumière est rare. Pour les plus familiers à la langue de Shakespeare, il est fortement conseillé de s’attarder sur ses poèmes. Ils sont indissociables de son oeuvre, et on peut regretter que le Petit Palais ne nous en offre plus (les quelques exemplaires originaux exposés sous vitrines n’en restent pas moins très appréciables). L’imagination, le verbe, occupe une place prépondérante dans son esprit, puisqu’il est associé au Verbe (le logos) et permet, après bien des peines, d’accéder à la réalité supérieure de l’infini, loin des illusions du monde matériel.

L’exposition est donc intéressante, mais on regrette que l’ensemble des oeuvres présentées soit si détaché de l’esprit poétique de son artiste. William Blake, poète avant tout !

« William Blake – Le Génie visionnaire du romantisme anglais », au Petit Palais, du 2 avril au 28 juin 2009. Métro Champs-Elysées Clémenceau. Ouvert tous les jours, de 10h à 18h, sauf les lundis et jours fériés. Nocturne le jeudi jusqu’à 20h. Tarifs : 8 euros / 6 euros / 4 euros.

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Thomas

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