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Seduced by Art: Photography Past and Present », une exposition magistrale et audacieuse à la National Gallery

Seduced by Art: Photography Past and Present », une exposition magistrale et audacieuse à la National Gallery

10 décembre 2012 | PAR La Rédaction

En direct de London – Jusqu’au 20 janvier 2013 – La National Gallery propose pour la première fois une (petite) exposition exceptionnelle sur la photographie au passé et au présent. Inévitable, voire immanquable !

Première grande et ambitieuse exposition de photographies organisée par la National Gallery de Londres, « Seduced by Art : Photography Past and Present » (« Séduit(e) par l’art, la photographie au passé et au présent ») est le prétexte tant attendu en cette fin d’année pour tout laisser en plan et traverser la Manche au galop le temps d’un week-end pluvieux mais heureux à Londres.

Cette fantastique (petite) exposition qui se tient dans l’Aile Sainsbury, sur le côté de Traflgar Square, s’intéresse aux liens qui existent entre la peinture classique, les débuts de la photographie au milieu du XIXe siècle et les photos les plus contemporaines. Émotion assurée : voici une invitation didactique à la rencontre qui vous réserve un choc esthétique certain à partir de la découverte de quelques talents britanniques et internationaux.

Comme souvent à Londres, ce n’est pas vraiment la scénographie qui doit retenir l’attention du spectateur (on déambule dans de petites salles plutôt sombres, dans un espace relativement modeste et on contemple de nombreuses œuvres rapprochées et subitement éclairées pour ne s’arrêter que sur quelques-unes) – mais bien le contenu même de l’exposition, le propos du curateur. Dès lors, la lecture du propos liminaire et des informations disponibles au fur et à mesure du parcours est ainsi cruciale et il faudrait même lire le catalogue avant ou se renseigner de façon poussée sur le propos, même si l’envie manque…

Attention donc de ne pas oublier de lire tout cela dès l’arrivée avant de pénétrer dans la Salle 1 car le moins que l’on puisse dire, c’est que ça commence très fort et avec panache. Dès la première salle, un grand tirage d’une chambre « explosée » fait face à un tableau peint à partir de la mort de Sardanapale de Delacroix, chef d’œuvre qui se trouve au Louvre. Rapprochement provocant qui dramatise d’entrée de jeu le propos finalement pas si didactique.

Au menu des surprises également, le superbe tirage de Richard Learoyd qui a été repris pour l’affiche et dont j’attendais la rencontre avec impatience et fébrilité. Écrite dans les marges d’Ingres, cette photo est tout simplement sublime, émouvante, troublante. Un homme de dos, tête penchée, nu, bras croisés, assis sur un tabouret blanc, sur fond bleu gris, et une pieuvre tatouée qui attrape le regard du spectateur, tel un « punctum » qui émerge de l’image et nous saisit. L’affiche est en vente à la sortie of course. Quel dommage tout de même que cette superbe œuvre soit si mal valorisée par le dispositif, j’y reviendrai.

D’autres œuvres particulièrement fortes et émouvantes, dans des registres différents, ponctuent cette exposition : Ori Gersht présente ses fleurs arrosées au nitrogène, explosif ! ; Sarah Jones expose trois tirages, dont des boutons de rose, sublime, et le travail de Thomas Struth mériterait en soi un article. Chaque salle réserve donc sa surprise, qu’il s’agisse de paysage, de nature morte, de portrait.

Tout d’abord, c’est un regard impertinent de spécialiste qui est offert au grand public avec une sagacité des plus étonnante et un sens pédagogique certain. Certes, le procédé même de juxtaposition thématique d’œuvres picturales et photographiques facilite la compréhension mais les associations proposées n’enlèvent rien au trouble esthétique, au « choc » de ces rencontres qui se jouent de salle en salle, de rapprochement en rapprochement. Saussure disait que le sens naît de la différence, nous voici confronté à d’irréductibles différences, quelles que soient les ressemblances ou les proximités a priori. Au fond, on apprend ce que l’on savait déjà – la photo, c’est bien de l’art –, mais la démonstration est ici rejouée à partir d’œuvres inédites. On a beau savoir, on accepte le jeu.

Le propos n’est pas simplement de montrer « en quoi » ou « comment » les photographes ont été et sont influencés par la peinture classique, histoire de valoriser la photographie comme un « 8ème Art » aussi noble que ses prédécesseurs. Le propos est surtout de révéler la singularité du travail photographique et de montrer sous un nouveau jour les œuvres de photographes qui ont été sélectionnés et qui, pour certains, ont même accepté de produire une œuvre spécifiquement pour cette exposition, fait inédit dans ce temple de l’art qu’est la National Gallery.

En comparant photographie et peinture, et surtout, en confrontant certains aspects de la photographie contemporaine et ce que l’on sait de la peinture classique, Hope Kingsley et Christopher Riopelle nous parlent d’un affranchissement grâce à de nouvelles potentialités expressives. On aurait presque envie de penser que les voies de l’art ne sont plus impénétrables et qu’elles sont désormais empruntables pas-à-pas : elles sont ici scrutées, localisées, décrites et explicitées avec une pudeur toute anglaise, mais non moins prétentieuse et présomptueuse.

Cette exposition nous dit ce qu’il faut regarder tout en nous montrant de belles œuvres à voir, et inversement. Autant dire que tout le monde – du néophyte au passionné – y trouvera son compte tant les cheminements proposés et les parcours personnels possibles sont multiples : le processus photographique est valorisé comme le travail des maîtres est éclairé d’un nouveau jour. Il faut beaucoup d’audace et d’assurance pour réussir un tel équilibre.

Quel dommage que certaines œuvres magistrales fassent oublier immédiatement les autres, quel dommage que le confinement écrase un peu le propos parfois comme si les petites photos ou les tableaux n’étaient que des témoins anthropologiques d’une pratique d’art dont on aurait oublié la portée esthétique. Quel dommage de ne pas s’être donné les moyens de son ambition mais quel plaisir savoureux quand même. Que d’émotions.

Après avoir contemplé (plusieurs fois au moins, dans le sens des salles et à contre sens) les 90 photos, les œuvres sectionnées et la vidéo de l’exposition, il ne faut pas hésiter à se promener dans la National Gallery qui regroupe de magistrales collections – de Poussin à Rubens, de Vermeer à Raphael – car une surprise vous attend : trois « interventions » photographiques contemporaines par Richard Billingham, Craigie Horsfield et Richard Learoyd seront présentées au sein de la collection permanente du musée, juxtaposées à de grands tableaux du XIXe siècle de Constable, Degas et Ingres.

Les collections permanentes sont gratuites, autant en profiter. De salle en salle, l’architecture change, la décoration également et en prêtant attention, on peut se promener dans la salle « Yves Saint Laurent », « Pierre Bergé », etc, les mécènes donnant leur nom à la salle. Petit plaisir suprême de retrouver là-bas nos amours d’ici.

En cas de rendez-vous manqué à London, l’exposition se déplacera au CaixaForum de Barcelone du 21 février au 19 mai 2013 et au CaixaForum de Madrid du 18 juin au 15 septembre 2013. Au soleil, la culture n’en sera pas moins agréable.

Le catalogue de l’exposition « Seduced by art » de Hope Kingsley avec la participation de Christopher Riopelle est publié par la National Gallery. L’édition reliée est à 30 pounds.

Anthony Mathé.

Visuel : Richard-Learoyd, « Man with Octopuss tatoo II », 2011 (c) Richard-Learoyd courtesy Mckee Gallery, NYC

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