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Drawing Now Alternative, la vitalité du dessin contemporain

Drawing Now Alternative, la vitalité du dessin contemporain

11 juin 2021 | PAR Laetitia Larralde

Pour sa 14ème édition, Drawing Now se réinvente avec une nouvelle formule qui propose une belle sélection d’artistes aux univers inspirants. Une déambulation dans le dessin contemporain à échelle humaine.

Cette année, Drawing Now change de lieu et repense sa formule pour devenir Drawing Now Alternative. Après le Carreau du Temple, le salon s’installe sur le Faubourg Saint-Antoine, dans un ancien magasin de meubles. Le nombre de galeries présentes est diminué de moitié et resserré principalement sur la France et quelques voisins européens. De plus, chaque galerie doit également restreindre sa présentation, un focus sur un artiste devant occuper au minimum un tiers de leur espace. L’échelle revient à une taille plus humaine et l’on prend mieux le temps de découvrir les 34 galeries et leurs artistes.

Les nommés au prix Drawing Now, qui n’avait pas pu être remis l’année dernière, sont Julien Tiberi, Mathieu Dufois, Nicolas Daubanes, Delphine Gigoux-Martin et Odonchimeg Davaadorj. Il récompense cette année Nicolas Daubanes, représenté par la Galerie Maubert. Le travail de Nicolas Daubanes repose sur une technicité qui lui est propre. Ses arbres sont comme gravés par des étincelles projetées sur le verre, laissant un dessin mordu dans la matière dans un jeu de transparences sensibles. Son autre technique, hybride entre la gravure et le dessin, consiste à projeter de la limaille de fer sur une plaque magnétique évidée, sur le thème de la prison. Malgré le côté très brut de ses techniques, les œuvres de Nicolas Daubanes font preuve d’une certaine délicatesse, laissant une impression de fragilité derrière un processus créatif puissant.

Toujours à la Galerie Maubert, on remarque également les aquarelles abstraites grand format de Joachim Bandau. La difficulté de la maîtrise de l’aquarelle dont le pigment migre si facilement laisse admiratif de ces grands aplats géométriques parfaitement uniformes. La pratique de cet artiste parle aussi du temps de création, ici un temps long, quatre semaines entre chaque passage de peinture, pour une œuvre comptant facilement une dizaine d’étapes. Nous sommes à l’opposé de l’idée commune selon laquelle un dessin s’inscrit dans un temps court, un prélude à une autre œuvre. Le travail de Mélanie Berger, chez Archiraar Gallery, nécessite lui aussi dans une temporalité créatrice longue. Dans un monde où tout va de plus en plus vite, ce contrepied ressort comme une réelle valorisation du processus créatif, ce temps où l’œuvre n’existe pas encore hors des mains de l’artiste.

Deux des nommées au prix Drawing Now, Delphine Gigoux-Martin et Odonchimeg Davaadorj, ont une approche spatiale du dessin proche de l’installation. Se développant sur plusieurs panneaux de bois, les dessins de Delphine Gigoux-Martin (Galerie Claire Gastaud), s’installent dans des volumétries atypiques, le trait passant d’un plan à un autre, complété par une projection lumineuse ou une céramique. Odonchimeg Davaadorj, jeune artiste d’origine mongole de la galerie Backlash, reste sur un support papier qu’elle découpe et agence sur les murs, créant ainsi comme un petit théâtre muet. Les fils rouges relient les dessins, les animaux s’échappent de la feuille et les corps s’inscrivent en pointillés poinçonnés dans le papier. De la terre aux étoiles, l’homme et la nature s’entremêlent dans un univers à la poésie douce et joueuse.

Si la figure est un motif partagé par de nombreux artistes exposés, chez certains, le paysage domine. La galerie Huberty & Breyne consacre la totalité de son espace aux paysages imaginaires de François Avril. Créés spécialement pour l’occasion, les dessins en noir et blanc sur papier crème sont d’une sobriété diablement efficace. On reconnait New York, Tokyo ou la Bretagne, dans un mélange de skylines hybrides et denses et de criques à l’horizon découpé par les arbres, le tout parsemé de références propres à l’artiste.
A la Galerie Papillon, Raphaëlle Peria construit ses paysages intérieurs en grattant les surfaces de ses lavis ou des photos pour donner vie à ses arbres et ses marais. Marcella Barcelo, dont on avait vu les peintures lors de l’exposition des Révélations d’Emerige 2020, s’expose ici sur papier à la Galerie Anne de Villepoix. Formes fantomatiques errant dans la nature, ses personnages semblent être issus de la même matrice que ses fleurs, dans une unité frontale et parfois inquiétante.

Drawing Now s’associe cette année avec le Frac Picardie, dont les collections sont orientées autour du dessin contemporain. Au premier étage, une exposition pop-up, Drawing power – Children of compost, donne un avant-goût de celle qui se tiendra au Frac Picardie et au Drawing Lab. Sur le thème de l’écologie, les artistes du Frac tels que Giuseppe Penone ou Richard Long réfléchissent en dessin à la place de l’homme sur notre planète, à l’interconnexion indiscutable entre homme et nature et aux réponses possibles à donner aux problématiques actuelles.

Cette nouvelle formule de Drawing Now, d’une échelle plus modeste et abordable, est au final plus satisfaisante car elle permet une meilleure appréhension du travail des artistes sélectionnés. Moins d’œuvres, plus de temps à consacrer à chacune pour un temps ralenti connecté à l’art : n’est-ce pas là la nouvelle écologie des arts graphiques ?

 

Drawing Now Alternative
Du 10 au 13 juin 2021, gratuit, sur réservation
42 rue du Faubourg Saint-Antoine, Paris 12e

Visuels :1- affiche / 2- Nicolas Daubanes, Prison Saint-Michel, Toulouse, 2019 – Dessin mural à la poudre d’acier aimantée, 200 x 280cm – Vue de l’exposition Confinement- Politics of Space and Bodies, CAC Cincinnati, 2019 © Nicolas Daubanes / 3- François Avril, Bruxelles Atelier – Dessin, 19 x 44 cm – Courtesy Huberty & Breyne / 4- Odonchimeg Davaadorj, Phusis I, 2020. Encre et fils de laine sur papier, 150 x 180 cm © Odonchimeg Davaadorj / 5- Marcella Barcelo, How long do spring flowers bloom, série Ikiry?, 2021 – Encre et aquarelle sur papier washi, 99 x 184.5 cm – Courtesy Galerie Anne de Villepoix / 6-Delphine Gigoux- Martin, Installation in situ, 2019, Musée Calbet, fusain, projection vidéo – Courtesy Galerie Claire Gastaud

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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