Arts

Retours de Russie : les archives du Kremlin aux Beaux-Arts

02 janvier 2013 | PAR La Rédaction

Pour dix jours encore, il est possible de se rendre à l’exposition « Intelligentsia, entre France et Russie, archives inédites du XXe siècle » aux Beaux-arts. Une excellente surprise pour une exposition d’archives inattendue en ce lieu et en toute fin de la saison culturelle France – Russie.

Un siècle de relations intellectuelles
Si l’exposition néglige l’ancienneté des relations culturelles entre les deux pays et l’importance du français au début du XXe siècle encore dans le pays, elle fait la part belle aux voyages et relations des intellectuels des deux pays. Au fil d’un parcours présentant des archives nombreuses, on perçoit aussi bien les relations personnelles que les débats intellectuels et esthétiques. L’engagement idéologique pour le communisme ou sa critique sont aussi affaire de personnes. Les lettres et correspondances exposées le démontrent, de même que, par exemple, le télégramme annonçant la mort d’Henri Barbusse à Moscou en 1935. L’intérêt est donc de comprendre la portée de ces échanges. Le défaut est ainsi inhérent au sujet : la difficulté de percevoir la réception de ces relations et de quantifier leur impact.

Un parcours chronologique classique
Le choix est celui d’un parcours chronologique et didactique. Les commentaires, peu nombreux (on le regrettera), ponctuent le cheminement entre la perception de la révolution de 1917, l’accueil des russes blancs ou non en France, les voyages en URSS, la politique d’influence de l’URSS grâce aux relais intellectuels français, l’engagement communiste des écrivains et les questionnements que ceci provoque au fil des remises en cause de la guerre froide. Enfin, une part de l’exposition rappelle l’importance de la dissidence dans l’espace intellectuel français et par là même dans les médias, les premiers conservant jusque dans les années 1980 une forte audience dans les seconds. La richesse des textes présentés est à saluer : télégrammes, interviews (la version originale de l’interview de Staline par Romain Rolland), dessins et esquisses, affiches, photographies, films… Les écrivains engagés dans la lutte contre le fascisme dans les cercles de défense des années 1930 ou les compagnons de route du Parti communiste d’après guerre sont mis en avant. Leur confrontation au réel par les récits de voyage, les témoignages, les photographies, sont autant de rappels au dépérissement du communisme soviétique.

Les médias et les intellectuels en combat
Plusieurs moments sont en effet consacrés à la difficulté de conserver l’engagement pro-URSS alors que les révoltes et dissidences sont réprimées et que, dans les années 1960 et 1970, les voix critiques venant du bloc de l’Est se font de plus en plus importantes. L’exposition propose des décisions originales du Praesidium du PCUS. Sont ainsi condamnés les intellectuels critiques qui trouvent, comme A. Soljenitsyne. L’affaire Siniavski-Daniel, point de bascule important, est rappelée alors qu’elle est souvent négligée. Dans ces luttes entre pro et anti URSS, les intellectuels trouvent une arme dans leur aura médiatique, ce que l’on retrouve à travers les coupures de presse de l’époque.

Au total, l’exposition est d’une très grande qualité, très complète et présente des fonds d’archives issus de très nombreuses institutions (on pense notamment aux fonds de la BDIC). Le catalogue d’exposition est à consulter absolument, il est d’une rare exhaustivité.

Frank Jacquet.

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