Arts
Rencontre avec Tomotoshi Hoshino : la nature de l’artiste et l’artiste de la nature

Rencontre avec Tomotoshi Hoshino : la nature de l’artiste et l’artiste de la nature

15 juin 2020 | PAR Laetitia Larralde

Tomotoshi Hoshino, artiste japonais peignant dans le style du Nihonga, nous a reçus dans son atelier pour un entretien entre art, nature et spiritualité.

Perché sur les hauteurs de Kamakura, l’atelier de Tomotoshi Hoshino est ouvert sur la végétation environnante. Le regard se perd dans cette nature luxuriante, et c’est tout naturellement qu’on la retrouve dans l’œuvre du peintre. Mais la nature n’est pas uniquement son sujet de prédilection : elle fait partie intégrante de son processus créatif et de sa philosophie. En effet, Tomotoshi Hoshino est un peintre de Nihonga, peinture traditionnelle japonaise, et adepte du shintoïsme.

Le terme Nihonga apparaît à la fin du XIXème siècle et regroupe les peintures réalisées selon les conventions, les techniques et avec les matériaux traditionnels japonais, en opposition au courant Yôga qui utilise les codes occidentaux. Loin de rester figé dans la tradition, le peintre de Nihonga adapte également des procédés occidentaux aux techniques japonaises, anciennes de plusieurs siècles. On retrouve ici appliqué à l’art l’esprit de l’ère Meiji (1868-1912) : moderniser en suivant des principes occidentaux tout en gardant l’esprit japonais.

Un des courants artistiques reconnus comme faisant partie du Nihonga, bien que lui étant antérieur de quelques siècles, est le Yamato-e, dont se revendique Tomotoshi Hoshino. A l’instar de nombreux autres domaines, la peinture chinoise s’est implantée au Japon comme une forme de peinture savante. Au VIIIème siècle, les artistes japonais s’affranchissent de ce style pour en créer un typiquement japonais, en se basant sur une esthétique décorative avec des thèmes japonais, inspirés de l’homme et de son quotidien, entre le raffinement et la retenue prisés par la cour de l’époque.

Secrets du Yamato-e

Si parmi les thèmes traditionnels du Yamato-e la nature et ses saisons ont une place importante, c’est également par les matériaux utilisés que se manifeste ce lien. L’œuvre en cours de Tomotoshi Hoshino, destinée à devenir un paravent à quatre panneaux, foisonne de feuilles, branches et détails minéraux. C’est par cette œuvre, commencée depuis quatre ans déjà, que nous découvrons le processus créatif de l’artiste.

Tomotoshi Hoshino nous en fait la démonstration en préparant ses couleurs au cours de notre entretien. Parmi ses sachets de pigments purs, tous issus de minéraux, végétaux, insectes ou coquillages, il choisit une poudre verte, de la malachite. Pour lier le pigment il ajoute du nikawa, de la colle animale, et de l’eau. Il mélange le tout avec son doigt jusqu’à arriver à une texture d’aquarelle diluée. La peinture est ensuite appliquée sur un papier japonais traditionnel, du washi fabriqué à partir de végétaux, ici du mitsumata, ou buisson à papier.

Le processus créatif de Tomotoshi Hoshino est long. Sur son papier qu’il froisse pour que les pigments ne se déposent pas de façon uniforme (le liquide restera plus dans les creux), il a reporté à l’encre sumi les contours de son motif. Il vient ensuite déposer la couleur en superposant de très nombreuses couches transparentes jusqu’à créer un équilibre délicat entre ses tonalités douces. Les temps de séchage de chaque couche sont de plusieurs semaines, ce qui impose un rythme ralenti.

Art et shintoïsme

Pour Tomotoshi Hoshino, le lien à la nature est encore plus profond : il suit les préceptes du shintoïsme, le système de croyances originel du Japon vénérant les forces de la nature. Chaque lieu est protégé par un gardien, ou kami, que les japonais honorent de façon à garder une relation harmonieuse entre humains, nature et kami au quotidien.
De plus, l’esprit du Yamato-e est de chercher la beauté dans le renouveau, la fraîcheur du début de la vie, ce qui correspond aux cycles de renaissances constants de la nature au fil des saisons. Sous son pinceau, art, nature et kamis dialoguent.

Tout comme Hokusai qui à l’aube de sa mort à 89 ans déclarait que s’il avait eu encore cinq ans de plus il serait devenu un véritable peintre, Tomotoshi Hoshino a lui aussi l’humilité de penser qu’il est sur une voie de perpétuel perfectionnement. Espérons qu’il atteigne son objectif de laisser la nature s’exprimer par son pinceau, qu’il ne soit que le vecteur de l’expression des esprits de la nature et ainsi, arriver à la ligne parfaite.

visuels : S. Okazaki et L. Larralde

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

One thought on “Rencontre avec Tomotoshi Hoshino : la nature de l’artiste et l’artiste de la nature”

Commentaire(s)

  • Tomotoshi HOSHINO

    Jái vu le blog.
    Merci pour votre merveilleux article.

    juin 17, 2020 at 6 h 08 min

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