Arts
Présolaires, Tunga répond à nos questions

Présolaires, Tunga répond à nos questions

29 mai 2011 | PAR Bérénice Clerc

 

Comme vous avez pu le lire ici, Tunga, artiste célèbre dans le monde entier signe une nouvelle exposition chez Daniel Templon à Paris.

Sculptures, vidéo, matières mystérieuses, corps, érotique et sexualité sont interrogés.

L’artiste d’origine brésilienne a accepté de répondre à quelques questions sur ce travail.

Quelle scénographie avez-vous imaginé pour Présolaires à la galerie Templon ?

Dans ces installations vous trouver plusieurs possibilités sur un même thème, un peu comme en musique. J’aime me lancer dans une recherche et pendant plusieurs années trouver toutes les possibilités pour exprimer cette quête poétique.

Les sculptures avec les fioles jaunes répondent à la vidéo et inversement. Les sculptures d’éponges rouges et de perles sont une continuité dans la vision spermatique des perles et féminine de l’éponge qui absorbe les perles ou les rejette dans un équilibre instable et sensuel. Les petites œuvres au mur sont plus récentes mais se basent sur la même force énergétique. La pièce métallique au sol est une arche entre le début de ma carrière et aujourd’hui.

Dans quel ordre souhaitez-vous que le spectateur vive cette expérience ? Préférez-vous leur proposer la vidéo avant les sculptures ou l’inverse ?

Peu importe, tout est lié et ne forme qu’un, seul le langage change. Avec la vidéo, le spectateur est face à un langage connu, il maitrise son rapport au corps, à la sexualité et à ce que la société lui a transmis. J’exprime exactement la même chose avec les sculptures de pierres, d’éponges ou de fils que dans la vidéo. La pierre prend chair, le pur se mélange aux déchets, les cristaux aux excréments et à l’urine pour montrer l’équilibre instable de la nature, une vision de l’homme pur comme la matière. Les cristaux et les excréments sont opposés dans nos sociétés, je les rassemble pour montrer qu’ils sont semblables, il y a par exemple des cristaux dans notre urine. Nos sociétés aiment fuir ce que nous sommes réellement.

N’avez-vous pas peur de choquer avec cette vidéo ?

Cette vidéo a déjà été présentée ailleurs, je n’ai jamais eu de retour vraiment négatif, beaucoup moins qu’avec mes sculptures par exemple. Lors d’une récente exposition, les spectateurs pouvaient pénétrer mon œuvre par une porte, un long couloir  de cristaux les fascinait par sa pureté, sa brillance et sa lumière. Au bout de ce couloir était projeté la vidéo. J’aimais observer le visage des visiteurs, il n’était pas le même à l’aller et au retour. Quand ils repassaient par le couloir après la vidéo, l’espace se chargeait d’une force érotique puissante prête à rebondir sur la dureté et la pureté lumineuse des pierres.

La vidéo est un langage très simple, clair pour tous à quasiment tous les âges. Mes sculptures sont abstraites, les gens viennent souvent me voir pour me dire qu’ils sont choqués que cela n’est pas de l’art mais un tas de matériaux… ! L’art contemporain est un langage plus violent qu’une vidéo pornographique. Il ne faut pas avoir honte de ce que nous sommes, de la matière, de ce que nous produisons, des déchets et de ce que nous aimons, la sexualité.

Pensez-vous qu’il y a une érotique des éléments ?

J’aime rassembler l’impossible. Un corps de pierre est pur, il flotte comme une marionnette. Lorsque nous urinons nous produisons des cristaux. La nature est un tout dont nous faisons partie. La terre, le fer, la pierre, les aimants sont très érotiques, ils donnent envie d’être touchés, caressés. Dans mon film, ils changent de forme pour devenir encore plus humain. L’érotique, la sexualité est partout, il faut juste y faire plus attention et ne pas les retrouver uniquement dans un langage comme celui du film pornographique.

Vos œuvres sont exposées dans le monde entier, en tant qu’artiste vous préférez être à Sao Paulo, Rio, New York, Londres, Paris ?

J’aime être dans mon corps, vivre avec mon cerveau. Je suis bien avec moi-même, je suis heureux partout.

Pour vous qu’est-ce qu’un artiste ?

Un artiste n’est pas différent des autres, il fait attention à la poésie du quotidien. Nous rêvons tous, nous faisons tous des actes poétiques sans y faire attention. Un artiste est celui qui décide de faire attention à la poésie partout et d’en faire son métier.

Pour mon œuvre j’aime inventer une narration non linéaire, comme en musique, vous composez d’abord pour les cordes, puis vous ajoutez les vents, puis le piano….chaque petite partie forme un tout à la fin. Je suis fou de la musique de Weber par exemple, elle est partout dans mon travail.

J’espère bientôt vivre dans un monde où artiste ne sera plus un métier, dans lequel tout le monde fera attention aux autres, à la poésie et au rêve à chaque instant.

 

 

 

 

Tunga l’érotique de la pierre et de la matière galerie Templon
Live: Youn Sun Nah online à 21H30
Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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