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Les tressages de l’immatériel de Chiharu Shiota

Les tressages de l’immatériel de Chiharu Shiota

18 juillet 2020 | PAR Laetitia Larralde

Cet été, la galerie Templon expose les créations récentes de Chiharu Shiota, artiste japonaise vivant à Berlin. Une installation délicate et poétique.

Chiharu Shiota pense que chacun possède une énergie qui transcende notre enveloppe corporelle. Qu’on l’appelle énergie, âme ou encore esprit, cette existence immatérielle est pour elle ce qui connecte tous les êtres. C’est cet Inner Universe, l’univers intime, qui est à la fois le titre de son exposition et de l’œuvre centrale.

L’installation Inner Universe, créée in situ pour la galerie mais à distance, Chiharu Shiota ne pouvant quitter Berlin à cause de la pandémie, utilise des matériaux nouveaux dans son travail. Le cuir rouge découpé pour se transformer en filets aériens, comme une matière qui s’étend au-delà de ses limites, est ancré par une sculpture en bronze, moulage des pieds de l’artiste. Ici le corps est exprimé au minimum pour laisser place à l’énergie qui l’habite, émanations de vie aux formes mouvantes.

La palette colorée de Chiharu Shiota est très contrôlée et globalement limitée à trois couleurs : le noir, le rouge d’une nuance toujours identique et le blanc. Mais elle introduit dans ses dessins un bleu inédit par touches légères. Ici elle expérimente d’autres façons de représenter notre énergie intérieure, par halos, par des fils rouges cousus dans le papier comme des flèches reliées à la tête ou au cœur, ou comme des nuages de bulles. La forme humaine est plus présente, même si elle est parfois infime.

On retrouve l’idée du nuage de bulles, ou amas de cellules peut-être, dans ses sculptures en verre soufflé, autre matériau nouveau. Le verre vient s’insérer dans des tissages de fils métalliques, à la fois contraint et donnant un support à ce tressage. Les bulles, apposées sur un moulage de mains, prennent alors une dimension plus biologique, entre la maladie et le parasite.

Ce rouge, qui peut autant représenter le sang, que la vie ou la mort, est aussi celui du fil rouge des légendes d’Asie qui relie deux êtres destinés à s’aimer. On pense aussi aux Parques qui tiennent entre leurs mains le fil du destin des hommes : par l’utilisation de ses fils, Chiharu Shiota rend visible les liens entre les hommes. Elle fige le temps dans ses cages tressées et les objets s’y insèrent dans un mouvement aérien et suspendu par le fil du destin des hommes, inextricablement dépendants les uns des autres.

Ces sculptures organiques, qui tiennent de la chrysalide, de la cellule nerveuse ou de la fibre musculaire, étirées sur des toiles ou en trois dimensions dans sa série State of being, échappent à une définition trop précise de ce qu’elles sont. A chacun de créer son lien propre avec l’œuvre, de lui insuffler son énergie. Et ainsi, conservant la trace immatérielle de chaque visiteur, les œuvres deviendront un lien entre les hommes.

Chiharu Shiota, Inner Universe 
Du 30 mai au 31 juillet
Galerie Templon, 28 rue du grenier Saint-Lazare – Paris

Visuels : vues de l’exposition Chiharu Shiota, Inner Universe, galerie Templon, 2020

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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