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Le Havre vous convie à son anniversaire

Le Havre vous convie à son anniversaire

30 mai 2017 | PAR Sarah Lapied

Seriez-vous prêts à passer « Un été au Havre » ? C’est le défi lancé par la ville portuaire, qui continue de souffrir des préjugés mais compte bien redorer son image. Pour les 500 ans de sa création, la cité dont le centre historique reconstruit est, depuis 2005, classé au Patrimoine Mondial de l’Unesco, voit grand et se dévoile à travers des oeuvres et événements artistiques à grande échelle, jusqu’en novembre 2017.

Pour le directeur artistique des événements organisés autour des 500 ans du Havre, Jean Blaise, cette ville est « singulière par son architecture et par son ambiance : on y voit le ciel, qui est changeant, on ressent le vent ; on a la sensation de vivre avec les éléments. C’est une ville au bord de l’eau, les pieds dans l’eau, comme New York ». Si on lui demande pourquoi la ville défigurée par la Seconde Guerre Mondiale conserve chez certains une image terne, industrialo-portuaire et bétonnée, et a encore du mal à attirer les touristes, l’adjoint au maire Jean-Baptiste Gastinne répond : « Les Havrais sont trop humbles. Il est temps que cela change ». L’objectif de la mise sous les projecteurs de la ville à l’occasion de la célébration de son anniversaire – elle fut fondée en 1517 par François 1er – est clair et assumé : jouer un plus grand rôle à l’échelle française et européenne et « préparer l’avenir ». Le nom de l’événement, « Un été au Havre », a été pensé comme un pied-de-nez à ceux qui n’imaginent pas y passer plus d’un week-end, et surtout comme une invitation. La ville attend 500 000 à 1 million de touristes supplémentaires aux 1 million de visiteurs annuels, et escompte maintenir ce rythme de croisière après la période des célébrations. « Ces 500 ans ne sont pas une commémoration, nous voulons fêter le présent », ajoute Gastinne.

Et en effet, c’est l’art moderne qui a envahi la ville dès le 27 mai, date de la cérémonie d’ouverture des 500 ans. De Chiharu Shiota (qui a fait sensation au Bon Marché en début d’année) à Sabina Lang et Daniel Baumann en passant par Karel Martens, les lieux emblématiques de la ville seront habités d’oeuvres pour la plupart monumentales, disposées de manière à donner l’impression de jouets de géants abandonnés çà et là, géants qui reviendront parcourir les rues du Havre du 7 au 9 juillet, avec le retour de Royal De Luxe dans une cité qui en garde encore un souvenir ému. Le parallèle avec la compagnie, nantaise depuis 1989, n’est pas innocent puisque Jean Blaise a grandement participé à la vie culturelle de Nantes en dirigeant « Le Voyage à Nantes », qui regroupe les principales institutions culturelles de la ville, et que les manifestations d' »Un été au Havre » ne sont pas sans rappeler celles du parcours « Estuaire », qui présente, le long de la Loire, 30 œuvres d’art contemporain signées d’artistes de renommée internationale…  « L’idée est la suivante : un lieu, une idée, un artiste », résume Jean Blaise. La mairie a demandé à certains d’entre eux de choisir où placer leurs oeuvres en fonction de ce que leur inspirait la ville, et l’ensemble est plutôt enthousiasmant, bien que toutes les créations présentées ne soient pas originales : « Love Love », par exemple, a déjà navigué le long des côtes européennes, ainsi que sur la Tamise à Londres et sur le lac de Constance à Lindau, en Allemagne. Néanmoins, certaines présentent un lien évident avec le port du Havre, comme « Catène de containers » de Vincent Ganivet, placé au bout d’une avenue légendaire de la ville depuis laquelle on voit les énormes paquebots de plaisanciers. Les artistes Pierre et Gilles, dont le second est né au Havre, sont l’objet d’une rétrospective au MuMa, qui montre le port du Havre sous un jour fassbindérien, à la fois féerique et sordide.

galerne

Photo : Librairie La Galerne

Ces 500 ans profitent de la brusque médiatisation de son ancien maire, Edouard Philippe. Communication bien rodée, flyers léchés : Le Havre se montre sous son plus beau jour. Si la ville basse, cœur historique, concentre la plupart des oeuvres et manifestations, les quartiers nord, réputés plus sensibles, ne sont pas totalement délaissés pour autant, avec l’affichage géant d’œuvres sur toiles tendues sur les murs d’immeubles détenus par le bailleur social du Havre. Le Fort de Tourneville, situé sur les hauteurs de la ville, entre villes basse et haute, est également un des centres névralgiques de ces 500 ans, avec la scène de concerts/spectacles du Tetris. L’événement se veut à la fois moderne et fédérateur, innovant et familial, à l’image de la Magnifik Parade qui a marqué le début des célébrations le soir du 27 mai : accompagnés par un DJ anglophone travesti en chanteuse, des personnages dans des costumes délirants portant les images fortes de la ville ont défilé sur des sons électro, parfois psychédéliques, donnant le ton des mois à venir. Reste à espérer que tous ces efforts, dont le versant budgétaire – 20 millions d’euros – n’est pas négligeable, fassent de la ville un véritable Havre pour les visiteurs de tous horizons…

Le programme des célébrations ici !

Visuels : Ville du Havre et Sarah Lapied

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Sarah Lapied

Une réflexion sur « Le Havre vous convie à son anniversaire »

Commentaire(s)

  • Noël

    Belle surprise à St-Joseph avec l’œuvre de Chicharu Shiota dont le tourbillon sied bien à cette église, toujours surprenante; intéressante exposition sur les chantiers Normand dans le ravissant hôtel particulier Dubocage de Bleville, mais pour laquelle l’information est minimaliste, pour ne pas dire inexistante !
    Le clou, la cerise sur le gâteau, pour être dans le ton de l’exposition « Pierre et Gilles » qui présente, notamment , un gâteau d’anniversaire , est précisément cette lamentable présentation au Muma . J’ai pensé au journal « Nous Deux » , des années 50, dont le niveau intellectuel est bien connu, son graphisme également ;
    Cela m’a aussi rappelé les cartes postales que l’employée de maison (quelle horreur, je suis d’origine bourgeoise!!!)envoyait au garçon « qu’elle fréquentait ».
    Lorsque l’on sait les merveilles des collections du Muma constituées par les élus havrais de l’époque , ses mécènes, ses industriels, ses grands bourgeois qui ont soutenu les peintres renommés dans le monde entier, depuis plus d’un siècle ; peintres qui étaient modernes, révolutionnaires , mais qui emmenaient le spectateur « vers le haut » ……..Là, nous sommes dans les bas-fonds, les paillettes et le plastique d’un goût de ch….(vous mettriez cela chez vous ??) . Cette exposition dure trois mois , celle de Monet un seul ………et pourtant « Impressions au Soleil Levant », peint au Havre a donné naissance au mouvement impressionniste (excusez du peu !!).
    Il y a un moment où l’on peut dire « le roi est nu » ……..!!

    juin 5, 2017 at 10 h 27 min

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