Théâtre
Ultra Girl contre Schopenhauer: un battle réjouissant au ParisOFFestival

Ultra Girl contre Schopenhauer: un battle réjouissant au ParisOFFestival

18 juillet 2020 | PAR Chloé Hubert

La rencontre improbable et drôlissime d’une super héroïne de bandes dessinées et d’un philosophe allemand misogyne est mise en scène par Cédric Roulliat avec la compagnie De onze à trois heure dans le cadre du ParisOFFestival au Théâtre 14. Ultra-Girl contre Schopenhauer, une pièce qu’on vous recommande !

La compagnie De onze à trois heures, avec un texte et une mise en scène de Cédric Roulliat, propose un duel aussi incongru que réjouissant entre Ultra-Girl (Laure Giappiconi) et Schopenhauer (David Bescond). Duel qui prend place dans le salon d’Edwige (Sahra Daugreilh, qui avait fait une apparition dans Nos Batailles), une trentenaire à l’air un peu coincé qui est d’ailleurs chargée de traduire pour un éditeur français de bandes dessinées les aventures d’Ultra-Girl. On comprends que la sensuelle et intrépide héroïne l’accompagne depuis son adolescence dans son parcours de féminité – et de féminisme – qui nous est conté. Au milieu, dans une chanson d’Ella Fitzgerald, surgit le philosophe Allemand, qui se joint à elles sur scène pour un drôlissime trio.

Avec Ultra-Girl contre Schopenhauer, Cédric Roulliat démontre avec brio ses qualités d’écriture et de mise en scène. La pièce est un tourbillon dans lequel le spectateur est pris. Le 4ème mur est brisé, même si on peut si cogner, littéralement. Dans un décor rétro des années 70 – préparez vous d’ailleurs à renouer avec la vision d’une lampe à lave – les dialogues s’enchaînent, chantés ou préenregistrés avec des voix de publicité des années 50 sur lesquelles les comédien.nes articulent en play-back. C’est si drôle, cartoonesque et virevoltant, qu’on en oublie parfois même la trame du récit. 

Quelle est-elle ? Il semblerait que la pièce, en nous donnant l’accès à l’intimité et aux souvenirs d’Edwige (premier amour dans le bus 33, première lecture érotique dans un tiroir de sa grand mère…), nous conte une sorte de récit d’apprentissage de la féminité. Il est toutefois un peu déconstruit par les flash back et entrecoupé des impératifs du quotidien, interrompu par exemple par la visite du réparateur de lave linge. Ultra Girl, sorte d’alter ego d’Edwige en mini short et cuissarde rouge qui tranche avec le tailleur viellot de notre traductrice est à ses côtés comme une image de la femme qu’elle rêve d’être : à la fois guerrière qui sauve le monde et victime lassive, féministe et objet de désir, bref, sa femme idéale. Les femmes de sa vie sont d’ailleurs nombreuses et on a rarement entendu autant de noms de femmes cités dans une pièce. Le panthéon des ses idoles, exclusivement féminines, se compose surtout d’actrices de films hollywoodiens en noir et blanc, d’héroïnes de roman ou de dessin animé… 

On imagine que toutes ces femmes se réunissent derrière Utra-Girl lors du débat hilarant qui l’oppose à Schopenhauer qui prend les traits de nos éditocrates misogynes les plus véhéments incapables de garder leur calme en plateau (saurez-vous le reconnaitre ?). Est discuté, dans ce débat, le rôle du désir, de l’art, le féminisme, bref, les thèmes de cette pièce drôle, intelligente et haute en couleur. Première création théâtrale prometteuse de Cédric Roulliat, on a hâte de découvrir les suivantes. 

Visuel: Julien Benhamou ©

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