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Derniers jours : Mangareva, les vestiges d’une civilisation au Quai Branly

29 avril 2009 | PAR Geoffroy

Ile centrale de l’archipel des Gambier, situé dans l’océan pacifique, Mangareva fait l’objet d’une exposition au musée du Quai Branly, du 3 février au 10 mai. Pourquoi cette île ? Elle renferme les secrets d’une civilisation détruite par les missionnaires dès 1826. Ses seuls vestiges, exposés au Musée Branly, sont les statuettes de divinités.

Rao, dieu dédié au curcuma

Rao, dieu dédié au curcuma

Au centre du lagon composant l’archipel des Gambier, l’île de Mangareva est isolée des autres atolls du pacifique. Les premières traces de peuplades, des Polynésiens, remontent aux alentours de l’an mille. De nombreux chercheurs pensent même que cet archipel serait à l’origine du peuple de Rapanui (l’île de Pâques). Elle ne fut découverte que vers la fin du 18ème siècle par un missionnaire nommé Wilson.

Les Occidentaux fouleront la terre de Mangareva avec la venue des missionnaires des Pères Laval et Caret. C’est à partir de ce moment là que la civilisation mangarevienne commença à décliner.

"Mangareva, Panthéon de Polynésie"

« Mangareva, Panthéon de Polynésie »

L’exposition qui se tient au Musée du Quai Branly raconte cette histoire. Sous l’égide du père Honoré Laval, et au nom de l’évangélisation, la plupart des oeuvres et idoles seront détruites. D’autodafé en autodafé, l’église va détruire toute une société. Après avoir instauré une théocratie, l’évangéliste va imposer à la population de Mangareva une véritable dictature. Les réduisant en esclavage, il va décimer la population en quelques années sous le poids de nombreux travaux comme la construction d’églises, de couvents, d’écoles. Auteur d’un livre intitulé « Mangareva l’histoire ancienne d’un peuple polynésien mémoires ethnographiques », ce père sera pourtant un des seuls témoins de la vie sur place.

Cathédrale Saint-Michel

Cathédrale Saint-Michel

Après cet épisode noir dans leur histoire, les mangareviens vont tenter de sauvegarder leur patrimoine. D’expéditions en missions, les occidentaux vont récupérer de nombreuses oeuvres et vont tenter de les sauvegarder. Douze objets de rituels représentants parfois les dieux mangareviens sont exposés dans ce panthéon de la Polynésie . Certaines statuettes ont été envoyées en Europe en 1836 par des missionnaires et ont été ensuite éparpillées aux quatre coins du globe. Pour la première fois donc, ces représentation divines ont été rassemblées pour expliquer l’histoire de ce peuple.

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The Michael C. Rockefeller Memorial Collection, Bequest of Nelson A. Rockefeller, 1979

La première statuette de « Tu », dieu de l’arbre à pain, surprend, autant par sa forme que par sa simplicité. Tout d’abord, elle a une forme humaine précise qui tranche avec la plupart des oeuvres polynésiennes qui ont des formes simples et abstraites. Les dieux, ici, sont à visage humain : des yeux, des oreilles, une bouche, un menton… On peut voir par moment, les marques de la destruction sur certaines statues. Reste un tambour qui montre les pratiques culturelles de cette civilisation. On retrouve de même des supports à offrandes, toujours avec un sens du détail important. Elles représentent toutes un dieu comme par exemple celle de Rao, le dieu dédié au curcuma. La dernière statuette, elle, est plus abstraite, le corps est longiligne et la tête et les bras n’ont plus rien d’humain.

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Collectée en 1832
Don du capitaine de vaisseau Bonafous Murat, 1832

Support à offrandes

Support à offrandes

Une exposition courte et originale qui apporte un témoignage sur cette civilisation du bout du monde, oubliée de notre société moderne.

« Magareva, Panthéon de Polynésie » au Musée du Quai Branly

Du mardi 3 février 2009 au dimanche 10 mai 2009. Ouvert le mardi, mercredi et dimanche de 11h à 19h ; jeudi, vendredi et samedi de 11h à 21h. Galerie suspendue Est. Tarifs : Billet collections.

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Geoffroy

One thought on “Derniers jours : Mangareva, les vestiges d’une civilisation au Quai Branly”

Commentaire(s)

  • ildivo

    A propos de le thèse de l’Evangélisation par deux prêtres comme point de départ de la disparition de la civilisation mangarevienne, le Commissaire de l’exposition, M. Tara Hilquily, dit: « L’œuvre civilisatrice des missionnaires en Océanie est colossale. Il est à mon avis réducteur et ethnocentrique d’affirmer que les évangélisateurs ont tout détruit. car dans la plupart des cas, ce sont les polynésiens eux-mêmes qui ont été les acteurs de cette mutation culturelle » (p.13 du guide de l’expo).

    Bon article en ce moment sur http://www.ssccpicpus.fr sur Honoré Laval.

    Expo à voir! A ne pas manquer.

    avril 29, 2009 at 17 h 59 min

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