Arts

Michael Kenna, un voyage lyrique tout en photographie

08 novembre 2009 | PAR Romain Giuseppone

Du 13 octobre au 24 janvier 2010, la BNF présente une rétrospective en 210 photographies sur l’œuvre poétique de Michael Kenna.

kennaComme dans tous les arts graphiques, il existe différentes manières d’aborder un sujet en fonction de l’affinité et du vécu de l’artiste. Dans la photographie de paysage, certains tentent de saisir l’humanité dans le tourbillon qui se trame sous leurs yeux ou d’autres la froideur d’une situation anodine. Cependant, les plus talentueux savent procurer une nuée d’émotions, en captant mieux que d’autres, la poésie naturelle des paysages pouvant paraître anodins à première vue.

À n’en point douter, le travail de Michael Kenna présenté à la BNF s’inscrit dans ce sillon. Ce particularisme, il le travaille de concert avec la nature dont il souhaite prendre toute la mesure avec son appareil photo. Comme il le suggère lui-même : « La première chose que je fais est de converser avec le paysage, de nouer une amitié avec lui, de lui demander la permission. Je ne me précipite pas sur lui comme un paparazzo qui raffle quelques images avec son Leica… » C’est bien cette éthique personnelle, ce profond respect pour la chair naturelle qui guide le travail de Kenna. Au travers des clichés présentés, il retranscrit la nature telle qu’elle est, avec le passage ou non de l’Homme et son empreinte souvent indélébile laissée sur celle-ci. Ses clichés d’une poésie sans borne prisent, souvent de nuit ou au crépuscule, révèlent une nature simple à première vue mais doter d’une profondeur quasi mystique qui transcende l’image au point d’en devenir une chimère féerique qui mystifie nos yeux tout en réchauffant d’humanité notre âme.

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Cette rétrospective permet de constater l’affinement du style de l’artiste au gré du temps et de ses humeurs tout en s’appropriant, chacun à notre manière un peu de lui, par le biais de ses œuvres qui sauront faire écho à notre imagination. Les tirages sombres du début, au grain puissant, ont laissé la place à des saisissantes postures de la nature au dépouillement le plus naturel qu’il soit. Michael Kenna ne se bride pas et plonge à corps perdu dans sa vision intimiste qu’il entretient avec la nature pour nous la délivrer telle qu’elle est : lyrique et puissante, à la personnalité tranchante mais toujours à l’âme généreuse. Cette vision stylistique, caractéristique de l’auteur est renforcée par une perspective intimiste. En témoigne le choix dimensionnel des cadres : du 20 x 20. Ce cadrage qui peut paraître incongru est des plus efficaces. Il renforce la mise en abyme dans le fantastique travail de transmission des passions que la nature prodigue, sous peine de savoir la regarder par le bon angle.

kennaLes thèmes abordés par l’artiste sont restitués avec une force surprenante qui ne pourra laisser de marbre quiconque possède une sensibilité photographique.Du fameux « pays noir » issu du XIXe siècle industriel jusqu’à la nature la plus sauvage des grands canyons en passant par les paysages solennels et énigmatiques de l’île de Pâques ou du mont saint Michel. Cette retranscription stylistique et épurée de la nature photographiée nous la retrouvons également dans le prolongement de son travail à travers ses derniers témoignages photographiques consacrés à la Chine et à l’Egypte.

Baudelaire avait une phrase qui résume parfaitement la démarche proposée par Michael Kenna pour photographier le monde dont il s’agit « de saisir les parcelles du beau égarées sur la terre, de suivre le beau à la piste partout où il a pu se glisser à travers les trivialités de la nature déchue. » Voilà la force d’un photographe qui saura convaincre tous les poètes de la nature que l’homme est capable de l’immortaliser dans sa véritable posture sans la galvauder.

Michael Kenna, du 13 octobre 2009 au 24 janvier 2010, Exposition dans le cadre de Paris Photo et de Photoquai, du mardi au samedi de 10h à 19h, le dimanche de 12h à 19h, BNF, site Richelieu, Galerie de photographie, 58, rue Richelieu, Paris 2e,  m° Bourse ou Quatre-Septembre, Tarif plein 7 euros , tarif réduit 5 euros.

Photographies © Michael Kenna

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Romain Giuseppone

One thought on “Michael Kenna, un voyage lyrique tout en photographie”

Commentaire(s)

  • Nadine Burger

    Excellent article, toutes mes félicitations.
    Mme BURGER

    novembre 20, 2009 at 9 h 45 min

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