Musique

La splendeur des Camondo au MAHJ

08 novembre 2009 | PAR Yaël Hirsch

Dans le cadre de la saison de la Turquie en France, le MAHJ consacre une exposition à la grande  famille  juive des Camondo. Immigrés d’Istanbul à Paris, les Camondo furent de grands banquiers, philanthropes et collectionneurs, actifs dans la création de l’Alliance Israélite d’Istanbul, ayant soutenu l’unification italienne, et ayant légué une grande partie de leurs collections d’art et leur superbe hôtel particulier de la rue Monceau à L’État Français. 5 générations d’une famille au moins aussi importante que les Rothschild et dont les derniers héritiers sont morts en déportation sont à découvrir jusqu’au 7 mars au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme.

Abraham Solomon et Nissim de Camondo
Abraham Solomon et Nissim de Camondo

Le grand destin des Camondo commence lorsque le patriarche, Abraham-Solomon devient le seul dirigeant de la banque Isaac Camondo et Cie, en 1832. la première partie de l’exposition se concentre sur la puissance de la famille Camondo à Istambul au XIX e siècle. L’on découvre leurs livres de comptes écrits en ladino, leur action en faveur de la communauté juive, notamment l’appel aux Rothschild et aux Montefiore de Londres pour lutter contre les accusations de meurtres rituels prononcées à l’encontre des juifs de Damas et de Rhodes, ainsi que la fondation de l’Alliance israélite à Constantinople en 1863. Étant donné que des juifs étrangers ne sont pas censés s’impliquer dans la vie politique turque le sultan est obligé de limiter la marge de manœuvre des Camondo à Constantinople vers le milieu des années 1860. ceux-ci s’impliquent alors de plus en plus  pour l’indépendance  italienne, financent certaines œuvres en Italie et sont remerciés par le roi Victor-Emmanuel II qui les anoblit. La famille émigre à Paris à la fin des années 1860 et Nissim de Camondo (le petit-fils d’Abraham-Solomon) acquiert les 61 et 63 avenue Monceau, que son fils, Moïse, transformera en l’hôtel particulier qui est encore l’un des plus beaux musées privés de Paris contenant l’une des plus belles collection de mobilier du XVIII e siècle.

Degas, Les repasseuses, 1884
Degas, Les repasseuses, 1884

Même si Abraham-Salomon est enterré à Constantinople à sa mort, en 1873, dès la fin des années 1860, c’est en France que continue l’épopée des Camondo. Et la plus large partie de l’exposition s’intéresse aux Camondo à Paris, au rôle des deux frères Abraham-Béhor et Nissim dans de grandes banques comme celle de Paris, des Pays-Bas, le Crédit immobilier et la banque Franco-tunisienne, à leur rôle dans le financement du Canal de Suez, et aux mécénats et collections d’Isaac de Camondo, compositeur et hommes à danseuses de l’opéra, qui s’éloigne du goût très « Belle époque » du reste de sa famille (Durant, Bréaud…) pour amasser une collection éblouissante. La commissaire de l’exposition, Anne Hélène Hoog a eu le génie de  rassembler au MAHJ cette collection éparpillée contre les vœux d’Isaac et qui comprend entre autres de nombreux Degas, dont « Les Repasseuses », des Delacroix orientalistes flamboyants, la « Fille au chapeau de paille » de Renoir et l' »Atelier » de Corot, ainsi que ses pièces asiatiques désormais au Musée Guimet. La dernière partie de l’exposition montre tout l’attachement de la famille Camondo pour la France, avec  ce leg incroyable d’Isaac demeuré sans héritier au musée du Louvre en 1911, la mort du neveu d’Isaac, Nissim, au front en 1917, ainsi que les remerciements de cette République, qui dans sa forme vichyssoise a envoyé aux chambres à gaz les trois derniers Camondo : Béatrice, son mari, Léon Reinach, et leurs deux enfants, Bertrand et Fanny.

Isaac de Camondo (deuxième à gauche)
Isaac de Camondo (deuxième à gauche)

Que les derniers des Camondo aient péri pendant la Shoah est tristement célèbre. Moins connue et peut-être au moins aussi choquante est la manière dont l’État français a, encore après la guerre, dispersé les collections d’art d’Isaac de Camondo, contre la volonté du mécène qui avait même laissé de l’argent pour créer une aile au Louvre où ses collections devaient demeurer rassemblées.

Extrêmement fouillée, voguant entre deux continents, « La splendeur des Camondo » rassemble des trésors pour montrer le destin d’une famille. Jusqu’à sa scénographie limpide, son souci de nous faire écouter par exemple de la musique composée par Isaac et sa décoration du goût le plus raffiné, l’exposition est un modèle du genre.

« La splendeur des Camondo, de Constantinople à Paris (1806-1945)« ,  jusqu’au 7 mars 2010, MAHJ, Hôtel de Saint-Agan, 71, rue du Temple, Paris 3e, m° Rambuteau, Hôtel de Ville, lun-ven, 11h-18h, nocturne le mercredi j.q. 21h, 7 euros (TR: 4,50 euros).

Musée Nissim de Camondo
Musée Nissim de Camondo

Un parcours du Paris des Camondo, avec des visites guidées du Musée Nissim de Camondo, du musée Guimet, du Musée d’Orsay et du Musée Carnavalet est prévu dans le cadre de cette exposition.

De nombreux évènements autour des Camondo ont également lieu au MAHJ, dont  une conférence par les auteurs du livre qui ont inspiré l’exposition (Nora Seni et Sophie Le Tarnec), le lundi 7 décembre, à 19h30, et une découverte de l’univers musical d’Isaac dont vous pourrez entendre des compositions, le dimanche 29 novembre. Pour voir l’ensemble du programme, cliquez ici.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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