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« Louis Chéron, l’ambition du dessin parfait » : découverte d’un art pluriel

« Louis Chéron, l’ambition du dessin parfait » : découverte d’un art pluriel

06 décembre 2021 | PAR Clémence Duhazé

Le musée des Beaux-Arts de Caen présente une rétrospective exceptionnelle sur l’artiste Louis Chéron. On y retrouve une vaste collection de dessins, rassemblés grâce au travail du commissaire François Marandet. Le musée des Beaux-Arts de Caen était le seul à posséder un tableau de l’artiste, entraînant finalement la création de cette exposition, aujourd’hui composée d’une soixantaine d’œuvres. 

Un style unique et contrasté

Il y a quelque chose que l’œil retient immédiatement devant les dessins de Louis Chéron : la représentation des corps est unique. Tout en muscles, d’une anatomie rappelant celle de statues, ils représentent des scènes d’une rareté particulière. Cela montre que l’iconographie de Louis Chéron est en fait très savante : il s’appuie sur des épisodes bibliques ou mythologiques peu utilisés dans la peinture de l’époque. On pense notamment à une scène des Actes des Apôtres, lors de la prédiction des malheurs de Saint Paul. Cet évènement pourrait faire écho aux malheurs attendant les protestants après l’édit de Nantes. Louis Chéron, protestant, se trouve concerné par ces mesures qui le pousseront finalement à quitter la France pour l’Angleterre en 1683. 

On retrouve également dans son art des sujets particulièrement énigmatiques, à l’image de certaines créatures qui hantent les scènes représentées. Ces thèmes fantastiques ont quelque chose d’assez visionnaire pour l’époque. L’influence des auteurs anglais, comme Shakespeare, a pu jouer un rôle important dans l’œuvre de Louis Chéron. 

Malgré ces similitudes, le travail de l’artiste est très contrasté. L’œuvre à laquelle nous avons accès aujourd’hui est le fruit de travaux diverses que Louis Chéron a entrepris au fil du temps. Ces dessins ont pu servir de phases de recherche avant de réaliser un décor mural ou de plafond. Certains ont été le support de gravures. D’autres enfin n’avaient simplement pas vocation à être utilisés pour un travail postérieur. Les différences constatées entre les dessins sont aussi les témoins directs de la transition artistique qui s’effectue entre le XVIIe et le XVIIIe siècle, que Louis Chéron a su cristalliser. 

Le travail de transmission

Louis Chéron a grandit dans une famille d’artistes. Sa sœur a eu une influence particulièrement importante dans sa vie artistique : Elizabeth-Sophie Chéron peignait elle-même et a beaucoup soutenu son frère tout au long de sa formation. Elle a aussi été reçue à l’Académie royale en 1672 en tant que portraitiste, sa discipline de prédilection. Elle tenait également salon et a permis à Louis Chéron de rencontrer des artistes, notamment des sculpteurs, ce qui a pu influencer sa façon de représenter les corps, parfois comparés à des figurines de cire. 

Formé à l’Académie royale, Louis Chéron part aussi à Rome et à Venise pendant six ans pour compléter son apprentissage. Ce voyage a pu être possible car il a remporté deux fois le prix de Rome, en 1676 puis en 1678. On retrouve dans l’ensemble de son œuvre de nombreuses références à l’art de Raphaël, notamment dans le travail de la lumière. En Angleterre, il crée lui-même une Académie. Il y enseigne son art du dessin, véritablement unique pour l’époque. Un professeur d’anatomie y est également engagé. Des modèles masculins et féminins sont acceptés pour dessiner des nus, ce qui est très novateur. L’influence de Louis Chéron s’étend ainsi peu à peu. Cependant, l’artiste doit continuer de se diversifier, la concurrence pour peindre des décors étant très importante. C’est aussi pour cette raison qu’il consacre aux dessins et aux gravures une attention particulière.

Aujourd’hui, l’œuvre de Louis Chéron ne peut qu’apparaître comme plurielle, que ce soit au vu des différents supports utilisés, que des styles contrastés qu’il a pu explorer dans sa création. L’exposition du musée des Beaux-Arts de Caen a été le fruit d’un long travail de recherche, dans le but d’attribuer avec justesse chaque dessin et esquisse retrouvés. De nombreux mystères subsistent autour de l’artiste, dont certaines œuvres sont encore probablement inconnues. C’est aussi ce qui rend la découverte de l’art de Louis Chéron passionnante, chaque dessin apportant une vision nouvelle de cet artiste méconnu. 

 

L’exposition est à retrouver jusqu’au 6 mars 2022. Plus d’informations : ici

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Clémence Duhazé

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