Arts

Les Petits Métiers d’Irving Penn

05 mai 2010 | PAR Marie Lesbats

Jusqu’au 25 juillet, la Fondation Henri Cartier-Bresson présente une exposition sur les Petits Métiers, série de portraits réalisée par le photographe Irving Penn. Une émouvante immersion dans l’époque de nos aïeuls, ces travailleurs charismatiques.

Alors qu’il travaille à New York pour Vogue, Irving Penn (1917-2009) est amené à collaborer à la version française du magazine en 1950, pour une campagne de photographies dédiée à une collection de haute couture.
Paris l’inspire. En grand admirateur d’Eugène Atget qui dépeignit les petites gens des rues au début du siècle, également enthousiasmé par le travail de l’allemand August Sander – auteur de la série Hommes du XXème siècle – , Irving Penn s’engage dans un projet photographique qui expérimente la représentation des métiers par le portrait.

L’exposition de la Fondation Cartier-Bresson est issue du corpus de 252 photographies acquises par le Getty Museum de Los Angeles en 2008 ; y est exposée une centaine de tirages, argentiques ou platine/palladium, réalisés en 1950-51 et autour de 1970. L’accrochage rassemble un corpus singulier, d’une rare élégance et d’une forte éloquence. D’abord Paris, puis Londres et enfin New York sont les théâtres populaires dans lesquels Penn puise ses recrues. Sa méthode consiste à extraire l’expressif portrait psychologique du modèle. Systématiquement, il emploie la lumière naturelle – provenant de la droite pour Paris et Londres, de la gauche pour New York – et use d’un fond neutre, imposant ainsi une entière égalité à tous ses sujets.
Subtiles, nuancées de gris et de noirs intenses, les images relèvent du témoignage, comme le seront plus tard les photographies de Richard Avedon avec la série In the American West, présentant des portraits du peuple – uniquement Américain – sur un fond blanc.

Chez Penn comme chez Avedon, les travailleurs posent. Ils fixent l’objectif, ils sont ici fiers d’exhiber leurs pioche, panier, uniforme ou tablier, objets stigmates de leur labeur. Souvent, une gravité, une assurance, presque une provocation viennent poindre chez les sujets, défiant tout regard. Car ils sont ainsi, ces gens du peuple : ils croient en leur destinée, s’instaurent en héros de leur vie, outils au poing et prunelle victorieuse. L’artiste, avec son appareil Rolleiflex, compose avec équilibre et recadre le négatif pour donner encore plus de monumentalité. Il impose et veut « qu’ils en imposent ». Le spectateur se retrouve confronté à ces personnages, à ces petits métiers qu’il croise chaque jour sans même les regarder. Le pompier, dans une attitude ostentatoire, bombe le torse quand les garçons bouchers affichent leur camaraderie. Les convoyeurs de fonds, sac à l’épaule, ont davantage l’air de bandits de grand chemin, alors que la gardienne de voiture, ceinte par son châle, inspire la sagesse d’une icône religieuse. Par le face à face avec l’objectif, Irving Penn extrait le travailleur de son environnement pour le sublimer.
L’exposition Les Petits Métiers est une première à Paris ; s’y côtoient des images puissantes, saisissantes et proches de nous car évocatrices : ils sont là, au détour d’une rue, quelque part dans nos quartiers. Ces portraits sont ceux de nos grands-parents. Ils suscitent l’imagination, suggèrent des métiers parfois disparus et ravivent des noms enfouis par les âges. Avant d’être documentaires ou typologiques, ces « binettes », allures ou silhouettes de travailleurs sondées par Irving Penn évincent l’individu ordinaire pour le faire s’incarner et ainsi lui rendre gloire.

Images
– Les garçons bouchers (Butchers),Paris, 1950, © Condé Nast Publications, Ltd.
– Seamstress fitter (Couturière), London, 1951, © Condé Nast Publications, Inc.
– Coalman (Charbonnier), London, 1950, © Condé Nast Publications, Ltd.

« Les Petits Métiers » à la Fondation Henri Cartier-Bresson, du 5 mai au 25 juillet 2010
2 impasse Lebouis 75014 Paris, M° Gaîté, 01 56 80 27 03
www.henricartierbresson.org
Du mardi au dimanche de 13h00 à 18h30,  le samedi de 11h00 à 18h45, nocturne le mercredi jusqu’à 20h30. Dernière entrée 30 mn avant la fermeture.
6 € plein tarif, 3 € tarif réduit

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Marie Lesbats

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