Arts

Les opacités et les transparences de Marc Desgrandchamps au Musée d’Art moderne de Paris

Les opacités et les transparences de Marc Desgrandchamps au Musée d’Art moderne de Paris

12 mai 2011 | PAR Yaël Hirsch

Jusqu’au 4 septembre prochain, le MAM expose – comme il l’avait déjà fait il y a trois ans avec Peter Doig– l’œuvre d’un artiste contemporain français peu connu : Marc Desgrandchamps.

Fabrice Hergott, conservateur du Musée d’Art moderne de Paris et par ailleurs ami de longue date de l’artiste estime en effet que c’est le rôle d’un musée de sortir parfois du « mainstream » souvent imposé par le marché de l’Art. En effet même si Marc Desgrandchamps a souvent été exposé, notamment à l’espace 315 du Centre Pompidou en 2006 et au Musée d’Art contemporain de Lyon en 2004, il n’est pas encore connu du grand public. La plupart des 40 toiles (et nombreux dessins) retraçant le parcours de Marc Desgrandchamps viennent donc de collections privées. Elles sont exposées dans un large espace et évoquent de manière chronologique le parcours d’un art très référentiel et qui interroge la relation du figuratif et de l’abstrait.

Débutant en 1987, elle montrent les premières toiles très réalistes (inspiration Max Beckmann) exposées de ce peintre né en 1960 notamment celle du Centre Pompidou en 1987 (aux côtés de Vincent Corpet et Pierre Moignard, déjà curatée par Fabrice Hergott) et qui avait fait scandale tant leur hyper-figuration semblait aller à l’encontre du « nouveau » et de l' »original » dans  l’art. Desgrandchamps explique : « J’ai toujours été peu préoccupé par la question de l’originalité. Mon rapport à l’art se nourrit de l’art. Souvent ce sont des tableaux qui m’ont donné envie de peindre. » Résolument référentiel l’artiste rappelle pour chaque toile l’oeuvre passée qu’il avait en tête. Desgrandschamps fait d’ailleurs également référence au cinéma, des films aussi marquants que Blow Up  d’Antonioni, ce qu’explique très bien le documentaire qui accueille le visiteur.

Refusant de refouler ces éléments qui le fascinent, l’artiste dit l’avoir assimilé avant de prendre un chemin plus personnel, notamment à travers son interrogation constante sur le figuratif et l’abstrait. Paradoxe pour des ouevres en apparence figuratives, ses toiles sont d’ailleurs pratiquement toujours intitulées « Sans titre ». Des les années 1990, les corps et les visages s’épurent, et les premiers personnages transparents apparaissent comme des éléments secondaires des paysages. Elles s’allégeront de plus en plus, jusqu’à devenir quasiment transparentes, en surimpression. Obsédé par la géométrie, l’artiste aime particulièrement les polyptyques, et bien marquer la ligne de séparation entre les toiles – de grand format, mais que l’on peut tenir dans les bras.

Poussant ce « parcours rétrospectif » jusqu’aux derniers mois de travail de l’artiste, cette exposition Desgrandschamp propose également de nombreux  dessins réunis dans l’avant-dernière salle. Et elle se clôt sur un film de Judith de Pasquier sur Desgrandchamps, suggérant que cette œuvre comptait déjà parmi les références qui pouvaient servir de palimpseste à d’autre plasticiens.

 

=> le 23 juin à 19 h, ne manquez pas la promenade avec Marc Desgrandchamps, suivie d’un concert de Bertrand Burgalat.

Visuel: Gradiva, 2008 @Jean-Louis Losi @ADAGP, Paris 2011

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

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