Musique

« L’imagination est une fuite » : rencontre avec Thomas Fersen

12 mai 2011 | PAR Hassina Mechaï

A l’occasion de la sortie de son nouvel album (Je suis au Paradis), Hassina Mechai a rencontré Thomas Fersen pour Toutelaculture.com.

Le choix de la pochette donne le ton de votre album. Vous soignez particulièrement le visuel de vos albums ?

C’est Christophe Blain qui m’a vu comme ça ; je trouvais que ça n’en disait pas trop non plus. Sur la pochette, je regarde quelque chose en souriant. On voit que je suis bien, que je suis amusé. Mais la chanson c’est léger. On comprend que je suis au paradis, mais un paradis un peu étrange. C’est compliqué le Paradis ; c’est un endroit où l’esprit est en alerte, éveillé par des personnages un peu inquiétants ; et l’imagination est mise en marche. A l’âge adulte, les peurs enfantines sont toujours là, mais on en est amusé parce qu’au bout du compte on aime avoir peur.

Si je vous dis que c’est un album très romantique, au sens littéraire du terme ?

Oui  effectivement ; au moment où j’ai commencé à écrire, je lisais Théophile Gauthier et ses contes fantastiques. J’ai commencé à écrire « Dracula », je me suis rendu compte que j’étais dans cette esthétique romantique du 19eme siècle.

Si je vous dis que c’est également un album très cinématographique ?

Cela l’est toujours un peu ; mais plutôt photogénique, photographique ; j’utilise toujours des imageries pour faire mes chansons : des prénoms de femmes, ou des accessoires, des vêtements, des étoffes, des objets.

Une référence peut être aussi au Dracula de Coppola ?

Oui, cette dimension de romantique, romanesque, aristocratique ; cette vieille aristocratie qui attire toujours les Français. Dracula est un aristocrate déchu avant d’être un monstre.

Peut-on dire que c’est un album-carrefour, qui réunit les thèmes récurrents qui vous sont familiers : les tueurs en série, les objets animés, les fables ?

Oui effectivement. Mais la différence avec les autres albums est qu’il est plus romantique, plus mélodieux dans sa composition, plus soyeux dans ses arrangements : des flûtes, des violons et le piano qui avait un peu disparu des précédents albums. De toute façon, le temps passant et les disques se succédant, on va finir par savoir qui je suis, comprendre mon univers. Je finis par savoir qui je veux être et c’est comme ça qu’il faut voir les choses.

Vos personnages sont constamment en fuite, en mouvement…

Oui le mouvement et la fuite se retrouvent dans les personnages et dans l’histoire ; mais aussi dans mon travail artistique : dans mon positionnement par rapport à l’album précédent, je m’efforce toujours de m’en démarquer dans la façon de faire l’album suivant ; j’aime le mouvement aussi puisque j’y trouve la vie, notamment dans le fait d’être souvent en tournée. J’y retrouve le pétillement de la vie.

Il y a aussi la fuite face au regard de l’autre, le refus de l’enfermement ?

L’imagination est une fuite, car la réalité peut être brutale et insupportable ; on fantasme, on rêve, on imagine avec légèreté dans la chanson. Car la chanson c’est léger.

Les mots que vous utilisez semblent a priori comme volontairement désuets mais ils donnent à l’album un côté intemporel, comme suspendu. Vous aimez jouer des mots ?

Je réfute le mot « désuet » ; je veille simplement à utiliser des mots qui situent mes personnages. Mais je n’ai aucune nostalgie. Je campe simplement avec les mots qu’il faut mes personnages.

Quels sont ces monstres que vous chantez ?

Ces monstres nous habitent car c’est effrayant quand on croit qu’on est le seul monstre.  Mais ce n’est pas un album gothique ; je voulais vraiment montrer le côté romantique des monstres. Par exemple, Il n’y a pas une seule fois le mot « sang » dans l’album, c’est très propre.

Votre public est composé d’adultes souvent trentenaires. Mais des enfants vous écoutent aussi volontiers ?Comment expliquez-vous cela ?

Je n’écris pas pour un public particulier. Je note aussi que les enfants peuvent être attirés par le côté un peu cruel de mes chansons. Les enfants n’aiment pas les choses mièvres.

Avez-vous imaginé un dispositif particulier pour donner vie sur scène aux chansons de cet album ?

Oui je voulais restituer l’atmosphère romantique de l’album et puis créer une certaine distance élégante, parler d’avantage avec le public et surtout amener un côté festif au spectacle. Je tiens à ce côté festif.

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Hassina Mechaï

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