Arts
Le Musée des années Trente se transforme en ménagerie avec ses 100 sculptures animalières

Le Musée des années Trente se transforme en ménagerie avec ses 100 sculptures animalières

L’heure est à la mode de l’esthétique animale. Après l’exposition Beauté animale toujours à l’affiche au Grand Palais, ainsi que les Animaux sans réserve du Musée Cernuschi, le Musée des années Trente revisite le thème sous le prisme de la sculpture du XXe siècle.

C’est une scénographie pour le moins originale qui accueille le visiteur. Par une succession de panneaux en particules de bois et une disposition échelonnée, Cédric Guerlus recrée les reliefs du terrain animal aux couleurs terreuses où les sculptures font corps avec leur espace naturel. De la volonté de faire de l’espace, une classification scientifique des espèces dans une perspective artistique, résulte une tension entre l’art et la science, entre deux méthodes d’appréhension d’une même réalité naturelle.

Le visiteur est invité à découvrir dans une première partie, un traitement réaliste, quasi scientifique de la sculpture animalière, allié à un procédé introspectif. La position curieuse de l’Orang-outan assis les bras écartés de Georges Guyot (vers 1935) nous prête à sourire, on s’émerveille devant la beauté de la Tête de cobra de Maurice Prost (1934) dont les écailles et la rugosité sont rendues avec une grande minutie. Plus loin, on est attendri par les Renards d’Afrique de Jacques-Victor Dulau (1937). Si à la manière d’un zoo, les sculptures nous émeuvent tour à tour par leur beauté, leur physique enclin au rire ou leur charme attendrissant, c’est que l’artiste tente non pas uniquement de représenter l’apparence physique de l’animal, mais de le saisir dans sa plus profonde intimité. D’un traitement brut et impulsif du plâtre, Rembrandt Bugatti parvient ainsi à transcrire toute la psychologie du Kangourou (vers 1906).

 

C’est à une stylisation progressive de l’animal que le visiteur est convié dans un second espace. Au profit d’un minimalisme formel, les membres s’amenuisent et s’étirent. Du Corbeau, Edouard-Marcel Sandoz (1913) ne retient qu’un agencement d’arêtes et de surfaces lisses, qui par leurs saillances soulignent la sévérité de l’oiseau. L’invraisemblable posture du Sanglier de François Pompon (1926), donne à rire par son apparente légèreté, bien loin des considérations scientifiques.

Cette épuration progressive aboutit à une liberté formelle absolue où l’animal n’est plus qu’un prétexte à la création artistique. Sans l’aide du titre, nous peinerions à déterminer le sujet de l’œuvre onirique de Jean Arp, où, à la manière de Brancusi, ne subsiste qu’un volume informe de plâtre. Le Chat d’Alberto Giacometti (1951), réduit à de fines tiges de plâtre, avance décharné vers une mort prochaine, quand les muscles du Grand Cheval de Raymond Duchamp-Villon (1914-1955) ne sont plus que les pistons d’une machine diabolique.

Plus de réalisme introspectif, de stylisation ou de minimalisme, c’est finalement l’animal fait de chair et d’os qui s’impose au-devant de la scène contemporaine. Dans une dernière salle, le visiteur est accueilli par un cochon tatoué et naturalisé, ou une tête de sanglier agrémentée d’une résille perlée. De l’humour teinté de cynisme de Christian Gonzenbach qui retourne la peau d’un renard pour en extraire un rose empreint d’une étrangeté tout aussi gênante que loufoque, Claire Morgan impose une œuvre poétique où, dans un cube bleuté et aérien, flottent des papillons évanescents.

Le Musée des années Trente offre une exposition intéressante tant par son sujet que par sa mise en scène. On y découvre l’art remarquable de sculpteurs inconnus du grand public tels que François Pompon ou Edouard-Marcel Sandoz, côtoyant les sculptures emblématiques d’Alberto Giacometti, Alexandre Calder ou Raymond Duchamp-Villon. Au contraire de bien des expositions, la scénographie ne nous laisse pas indifférents, introduisant le spectateur au cœur même du monde animal. Le choix de ne sélectionner que des sculptures contribue à l’évasion du spectateur, qui flâne dans cette ménagerie d’animaux aux textures multiples. Ainsi, un sujet qui pouvait sembler rebattu en cette année 2012, est ici traité avec finesse et habileté, l’exposition concourant à relever les enjeux autant de la création animalière que de la sculpture : l’une demandant à prendre forme dans un volume, l’autre tendant sensiblement à un essentialisme formel. Sculpture et animal sont autant d’ingrédients opportuns à l’évasion du spectateur, qui, touché par la beauté animale, l’est d’autant plus qu’elle prend forme dans l’art le plus concret qu’est la sculpture.

 

Crédits photo : © affiche officiel de l’exposition

©  Rembrandt Bugatti, Kangourou

© François Pompon, Sanglier : MBA, Lyon, photo : Alain Basset

© Alberto Giacometti, Le Chat : Photo : Jean-Pierre Lagiewski. Fondation Giacometti, Paris / Succession Giacometti ADAGP, Paris, 2012

© Claire Morgan, The Blues (II) : Galerie Karsten Greve, tout droit réservé

 


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DIANE ZORZI DU MAGAZINE DES ENCHÈRES

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