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L’art contemporain interroge l’archéologie et l’histoire au Musée de l’Homme

L’art contemporain interroge l’archéologie et l’histoire au Musée de l’Homme

12 juin 2019 | PAR Juliette Mariani

Un échange de bons procédés : alors que certaines pièces phares de la collection permanente du Musée de l’Homme, comme la Vénus de Lespugue, ont été prêtées au Centre Pompidou pour l’exposition Préhistoire, le Musée de l’Homme emprunte en retour une petite dizaine d’œuvres d’art au Centre Pompidou pour peupler En tête à tête, sa nouvelle installation éphémère d’art moderne et contemporain.

En tête à tête est une petite parenthèse artistique au sein d’un parcours essentiellement historique et anthropologique. En effet, le Musée de l’Homme présente une collection permanente commentée de manière ludique et didactique, idéale pour les enfants, autour de trois grandes questions : Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? On apprécie la clarté des réponses apportées, et le soin déployé pour intéresser les plus jeunes : sculpture en taille réelle du dépeçage d’un animal géant du paléolithique inférieur, profusion d’écrans et installation vidéo qui permet de se voir sous les traits d’un homme de Néandertal. La simplification parfois outrancière du discours est cependant malvenue quand elle adopte un point de vue téléologique : « La mondialisation en marche, du néolithique au 21e siècle », comme si le processus de mondialisation était déjà enclenché à la préhistoire. La réflexion développée sur la globalisation aux XXe et XXIe siècles reste néanmoins intéressante et interroge la permanence des différences culturelles parallèlement à la diffusion mondiale de biens de consommation comme le téléphone portable qui, malgré sa standardisation, est souvent rangé dans des étuis personnalisés qui revendiquent des appartenances et des identités.

C’est au sein de ce parcours qui mêle archéologie et ethnologie que l’on peut accéder, un étage plus haut, à l’installation éphémère En tête à tête, qui réussit le pari d’associer art moderne et contemporain à ces réflexions d’ordre historico-anthropologique. L’exposition s’ouvre sur une peinture du Corbusier, mais ce sont majoritairement des artistes contemporains qui sont à l’honneur. Momento Mori, une structure en accordéon empruntée au sculpteur allemand Stephan Balkenhol, représente en anagramme un visage humain ou un crâne, tandis que l’artiste multi-supports slovaque Otho Hudec interroge les migrations forcées et les modes de vie nomades dans Nomadia Travelling Museum, une installation de quatorze tentes en suspension. Le clou de l’exposition est l’installation de la Tête-crâne d’Alberto Giacometti, une œuvre qui date de 1836, face au crâne de Cro-Magnon dit le Vieillard, qui aurait vécu 28 000 ans avant notre ère. Dans cette confrontation qui oppose l’art à l’archéologie, le crâne vide de cet Homo Sapiens du Gravettien regarde la version surréaliste et pleine du crâne de Giacometti. Face au mystère et au silence de ce crâne dont le contenu des pensées nous échappe, et qui peut seulement, à condition d’analyses poussées, nous révéler l’âge, la taille ou l’état de santé de son propriétaire préhistorique, le crâne déstructuré et anti-sphérique de Giacometti exprime au contraire la prolixité de l’art, et nous dit l’intériorité torturée d’un homme hanté par la conscience de la mort.

Une exposition accessible à tous les publics, qui confronte avec justesse art contemporain et histoire, à découvrir au Musée de l’Homme à partir d’aujourd’hui et jusqu’au 23 septembre 2019. Retrouvez toutes les informations pratiques ici

Visuel de Une : Cro-Magnon dit le Vieillard © Muséum national d’Histoire naturelle ; Tête-crâne, Alberto Giacometti © Succession Alberto Giacometti.  

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Juliette Mariani

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