Arts

Le Monde en images au Musée du Quai Branly

19 février 2010 | PAR Ariane Lecointre

Le rapport à la nature, à l’animal ou au végétal est source de dialogue entre l’homme et l’art. Le Musée du Quai Branly classe les images pour en faciliter le décryptage, dans «La Fabrique de l’image», du 16 février au 17 juillet 2010.

Concevoir pour comprendre. Les civilisations ont mis en forme leur conception du monde, le rendant accessible aux leurs. Mais chaque approche du monde est originale, et est seulement compréhensible par ceux qui l’appliquent. Le Musée du Quai Branly organise ces approches du monde en quatre piliers, qui permettent au spectateur de déchiffrer à son tour les images et les représentations.

Le premier monde est celui de l’animé, surtout implanté en Amérique du Nord et en Amérique Latine. Les animaux et les hommes ne se différencient que par leur enveloppe charnelle, mais les esprits sont les mêmes. Les représentations changent ensuite selon les régions géographiques. Chez les Inuits par exemple, l’animal est miniaturisé. Une petite sculpture dont la taille figure l’intériorité de l’espèce représentée. De nombreuses civilisations utilisent le masque comme moyen de métamorphose, d’adopter le corps de l’animal. La puissance de ce symbole est amplifiée chez les indiens d’Amazonie, qui empruntent à l’animal ses attributs physiques, afin d’en ressentir les atouts. Colliers en dents de singe, couronnes en plume, boucle d’oreille en élytres… l’homme est paré du corps de la bête pour affronter le monde.

Le monde naturaliste est le mode de représentation qui s’est imposé en Europe au XVe siècle. Contrairement au monde animiste, l’animal et l’homme se distinguent par leur seul esprit, le corps est uniquement un fruit de la nature. L’intériorité individualise l’être quand les corps établissent une continuité dans l’espace. La peinture hollandaise inaugure la figuration de l’individu, désormais réaliste, repérable et miroir de l’âme. Au XVIIe siècle, le quotidien est appréhendé dans ce qu’il offre d’espaces intimes, de détails réalistes et de nature foisonnante. Le monde naturaliste évolue vers la représentation du corps physique, qui envahit peu-à-peu l’intériorité.

Les Aborigènes adoptent une autre approche du monde, selon laquelle les animaux, les végétaux et les hommes se regroupent en fonction de capacités mentales et physique distinctes. Le totem est à l’origine du groupement, issu d’un temps des rêves. Mais les représentations évoluent selon les tribus. Pointillistes ou biologiques, elles symbolisent l’ordre, incarné dans les êtres ou dans les lieux.

Le dernier monde est celui « enchevêtré » de l’analogisme. Dans cette conception, tous les ordres sont différents, tout élément est singulier. L’ordre est symbolisé par des êtres hybrides, qui regroupent plusieurs spécificités anatomiques, mais sont cohérents. Rapport entre microcosme et macrocosme aussi, l’univers et l’homme correspondent.
Les façons de figurer le monde enchevêtré se fait très différemment selon les religions et les régions du monde, par agrégat, par répétition, par mise en image des réseaux.

Le Quai Branly propose une très belle exposition, fournie en œuvres rarement vues. Comprendre les façons de représenter le monde permet de traduire ce que des générations d’artistes cherchaient à démontrer, d’un point de vue ethnologique.

 

Informations :

La Fabrique des images – Musée du Quai Branly,  37 Quai Branly, 75 007 Paris, 0156617000 – ouvert mardi, mercredi et dimanche de 11h à 19h – ouvert jeudi, vendredi et samedi de 11h à 21h – exposition gratuite pour les moins de 18 ans – 7€ / 5€ (TR) –  renseignements sur le site du musée

Infos pratiques

Liberté de Tony Gatlif
Les Plans d’Avril, le Festival pluridisciplinaire des arts éclectiques
Ariane Lecointre

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