Arts
Le « flirt photographique » de Claude Nori à la MEP

Le « flirt photographique » de Claude Nori à la MEP

28 septembre 2012 | PAR Raphael Clairefond

 

Pour ceux que les sanglots longs des violons de l’automne poussent au suicide, il est peut-être temps d’aller à la rencontre des petites amoureuses ensoleillées de Claude Nori, grand éditeur et « théoricien » du flirt photographique.

Ce Toulousain élégant a gardé de ses origines italiennes un goût certain pour les femmes, la drague et la dolce vita. C’est tout naturellement que son appareil photo lui a servi à aborder les jeunes filles dans les lieux publics dans une série de portraits titrés simplement du prénom de la demoiselle, avec le lieu et la date et malicieusement intitulée « Il me semble vous avoir déjà rencontré quelque part« . Intimité fugace, sensualité intriguée et regard mutin pointé vers le spectateur : le résutltat est troublant. L’appareil sert à la fois de bouclier et de fusil pour sa chasse à la beauté féminine. Lui qui aimait se promener sans but dans les Jardins du Luxembourg avec son ami Bernard Plossu aurait bien pu croiser le Brialy dragueur d’étudiantes dans Tous les garçons s’appellent Patrick, un des premiers courts de Godard.

...au Luxembourg

Par la suite, il a photographié en noir et blanc et en couleur le temps suspendu des vacances d’été, la drague à la plage, les corps arrogants et maladroits des adolescents bronzés. Flânant autour de ses images, il nous prend comme l’envie de fredonner du Françoise Hardy : « c’est le temps de l’amour, le temps des copains et de l’aventuuuure ».

En grand professionnel qu’il est, ses cadrages sont souvent impeccables, presque trop classiques parfois trop propres, trop purs. Ses clichés en couleur évoquent un Martin Parr, la douceur en plus, l’ironie en moins. Il alterne compositions soignées en jouant de la ligne d’horizon marine et portraits de groupes plus brouillons en apparence ; c’est que le jeune est une espèce qui se déplace en meute. De ses « étés italiens », il se dégage une joie de vivre et un bonheur communicatif, celui du lâché prise et de la nonchalance des longues journées d’été, quand les corps se détendent et s’offrent aux plaisirs simples de la bonne chair(e).

Le temps des vacances

En comparaison, les clichés d’Alice Springs à l’étage du dessus, photos de mode et de pub’, portraits impeccables de « beautiful people » sans le talent et l’exhubérance de son mari (Elmut Newton), paraissent chic et toc, snobs et froids. C’est précisément contre cette conception très commerciale et aristocrate de la photographie que Claude Nori s’est élevé tout au long de sa carrière. Il fonde dans les années 70 Contrejour, un fanzine inspiré de ce qui se fait au même moment en Amérique. Douze pages en noir et blanc pleines de photos, de reportages et de réflexions, éditées et distribuées par une poignée de passionnés.

C’est la révolution : du photo-reportage au portrait, les vieilles catégories tirées de la peinture classique sont rendues obsolètes par de jeunes photographes qui veulent imposer leur regard d’auteurs avides d’expérimentations psychédéliques et de voyages initiatiques. Les Cahiers du Cinéma et leur politique des auteurs seont un modèle important. Tout naturellement, quelques années plus tard sont fondés Les Cahiers de la Photographie afin de faire émerger un véritable débat théorique entre intellectuels, universitaires et photographes sur ce medium.

Contrejour

La deuxième partie de l’exposition retrace fort bien l’activisme tout azimut d’un homme arrivé à une époque où tout était à (re)faire en photo. Entre la revue et l’édition de monographies petit format (une nouveauté), il a contribué à faire émerger bon nombre de grands photographes (Denis Roche, Pierre et Gilles, Sebastao Salgado, Jeanloup Sieff…), tout en faisant redécouvrir les grands humanistes qui ont donné ses lettres de noblesse à la photo de rue (Ronis, Doisneau…).

Bref, cette exposition est une belle manière de plonger dans le travail impressionnant et passionné de ce pilier de la photographie moderne.

 

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Raphael Clairefond

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