Arts
Le donjon de ses rêves. De Piranèse à Schuiten

Le donjon de ses rêves. De Piranèse à Schuiten

19 juin 2012 | PAR Sandrine et Igor Weislinger

Dans le cadre du superbe festival Monuments et imaginaires (voir notre article à ce sujet), l’un des plus beaux monuments de l’histoire de France et des mieux conservés avec la façade de son donjon superbement restaurée en 2007, le château de Vincennes nous offre une nouvelle surprise onirique. Les pierres chuchotent et murmurent leurs secrets. Dans la douce pénombre, nous rêvons.  En projection, exposées sur des chevalets, images luminescentes couvrant des ouvertures discrètes et des fenêtres, les images mêlées de Piranèse et de Schuiten s’offrent à nos yeux. Le donjon est le splendide écrin de cette croisée des imaginaires.

Graveur et architecte italien, Piranèse immortalise sa passion pour les architectures. Nous découvrons dans cette exposition douze des seize « Prisons imaginaires » qu’il a réalisé. De superbes gravures en noir et blanc exposées sur des chevalets dans la salle du conseil au premier étage avec en parallèle la projection du profil de Piranèse lui-même, d’autres de ses œuvres et de celles de François Schuiten. Malgré les deux siècles qui séparent les deux artistes, le travail de Piranèse eut une grande influence sur celui du dessinateur belge François Schuiten. Ce dernier, né en 1956,  a connu la célébrité avec sa série Les cités obscures réalisée avec le scénariste Benoît Peeters.

Outre des planches de cette série, de bien d’autres ainsi que des dessins inédits exposés pour la première fois, nous découvrons  aussi au rez-de-chaussée dans la salle dite des prisonniers l’immense bibliothèque imaginaire réalisée par les deux hommes, ce superbe monument retrouvé après dix ans de disparition énigmatique figure dans toute la gloire de ses toiles d’araignée et tout le mystère de ses titres un peu effacés la bibliothèque idéale à avoir chez soi selon les deux hommes.

Récompensé à Angoulême en 2002, François Schuiten est d’un enthousiasme plus grand que jamais à être exposé dans ce lieu exceptionnel, une de ses œuvres figure même dans la cellule du marquis de Sade, un honneur commenté avec humour par le dessinateur. L’œuvre de ce dernier est assez sidérante: à la fois visionnaire et rétro, elle montre une grande passion pour les structures de fer comme la tour Eiffel et Baltard mais surtout un goût de concentrer le plus grand nombre de bâtiments dans l’espace. L’humain est écrasé par l’architecture dont il ne semble être qu’un des rouages. Pour s’en libérer, il lui faut des ailes ou une étrange machine qui revisite le temps. Rien de commun dans les travaux de Schuiten mais une unité de style remarquable qui fait que, après avoir vu quelques-uns de ses dessins, on reconnaît tout de suite sa patte inimitable et son goût pour ressusciter des monuments disparus: bâtiment construit pour l’exposition universelle de 1900, halles de Baltard…Nulle œuvre ne saurait être plus en accord que la sienne avec le donjon du château de Vincennes qui nous raconte aussi un glorieux et mémorable passé. Un lieu et une exposition qui défient l’imagination, à ne pas manquer. Découvrir aussi toutes les autres manifestations du festival Monuments et imaginaires, ce que les pierres nous racontent, c’est inimaginable!

Mercredi 20 juin, de 18h à 19h30, une séance de signature exceptionnelle de François Schuiten se déroulera dans la cour du donjon du château de Vincennes.

Stéphane Fedorowsky, conteur de fées
“Conversations avec James Gray”, un ouvrage d’une richesse incomparable (aux éditions Synecdoche)
Sandrine et Igor Weislinger

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