Arts
Le clan du Chat Noir s’expose au musée de Montmartre

Le clan du Chat Noir s’expose au musée de Montmartre

19 septembre 2012 | PAR Sarah Barry

Dans son souhait de sauvegarder et de mettre en avant l’histoire culturelle de son quartier, le musée de Montmartre propose une exposition axée sur l’un de ses lieux cultes : le cabaret du Chat Noir. Sont rassemblés tableaux, affiches, dessins, objets divers et variés évoquant la bohème artistique qui marqua la vie de cet établissement et de ses légendaires habitués à la fin du XIXème siècle. De Toulouse-Lautrec au Moulin Rouge, en passant par les caricaturistes politiques révolutionnaires et les théâtres d’ombres, cette manifestation satisfait autant les amateurs de clichés que les collecteurs d’images nouvelles.

« Le Chat Noir est le cabaret le plus extraordinaire du monde. On y coudoie les hommes les plus illustres de Paris, qui s’y rencontrent avec des étrangers venus de tous les points du globe… C’est le plus grand succès de l’époque ! Entrez !! Entrez !! ». C’est ainsi que Rodolphe Salis, fondateur du Chat Noir en 1881, vante le premier cabaret littéraire, artistique et musical d’avant-garde de Paris. Les Hydropathes, groupe de poètes et d’écrivains, en font les premiers leur siège, alimentant ainsi à Montmartre un bouillonnement artistique et moderniste aux dépens du fief traditionnel du Quartier latin. Si les premiers locaux sont relativement petits, le succès financier obtenu par R. Salis lui permet de transbahuter son Chat Noir dans un élégant bâtiment de l’actuelle rue Victor-Massé en juin 1885, laissant le chansonnier Aristide Bruant reprendre le lieu initial pour en faire Le Mirliton.

Cette grande réussite, R. Salis la doit sans doute aux compétences des artistes et des écrivains qui participent à la publicité et aux activités du cabaret (Revue, affches, etc.) mais aussi à l’originalité des soirées proposées ; on joue du piano, on chante, et surtout on assiste aux performances innovantes du théâtre d’ombres. Ce spectacle sophistiqué créé par Henri Rivière et Henry Somm en 1886, précurseur en quelque sorte du cinéma, offre à l’oeil des images mouvantes, colorées et associées à un discours parlé : il illustre à merveille cette recherche de modernité qui anime les acteurs du Chat Noir. De grands noms sont associés à l’établissement, comme Claude Debussy, Henri de Toulouse-Lautrec, mais aussi des peintres Nabis et Symbolistes. Tout cela constitue un univers artistique, humoristique, littéraire et musical hors du commun que l’exposition tente de faire revivre.

Ceux qui veulent entendre parler du vieux Montmartre des cafés, celui des poètes désoeuvrés, des artistes sans le sou, où la Goulue a promené ses belles jambes et son french-cancan, ceux-là trouveront leur compte dans cette présentation qui pratique la recontextualisation sur tous les plans : le musée se tient lui-même au coeur de Montmartre, parmi les vignes et les jardins où Auguste Renoir développa un goût pour la nature et peignit entre autres sa fameuse Balançoire ; mais on trouve également à l’intérieur des mises en scène très ambiancées, comme la reconstitution d’un bar où Paul Verlaine aurait pu s’accouder au zinc. Des sections sont consacrées aux thèmes du cirque et des salles de danse, et c’est ici que le célèbre Moulin Rouge ramène sa fraise, puisqu’il ne saurait en être autrement. Certes les jupons de la Goulue paraissent bien délavés si l’on garde en tête la Satine de Nicole Kidman, mais les affiches et les lithographies promotionnant le prestigieux cabaret témoignent de ce que Montmartre était devenu, selon la prédiction de R. Salis, le rendez-vous du Tout-Paris, le lieu de la fête et des plaisirs.

Au-delà des stéréotypes, l’exposition évoque également le Montmartre du Chat Noir selon un angle plus politique. Le siècle a connu une instabilité « gouvernementale » particulière, voyant défiler la République, l’Empire, la Monarchie, puis l’un et l’autre à nouveau, sur fond de guerre civile. Période de transition ? Mise en place des bases de la société moderne ? Quoi qu’il en soit, les Montmartrois prônent la paix, l’égalité, la culture et la modernité. Ils s’animent d’un esprit de révolte, au sein duquel le Chat Noir trouve un terreau idéal pour émerger et accueillir des écrivains et des artistes novateurs. Car cette révolution gagne dans l’art des témoins de premier plan : les dessinateurs caricaturent les hommes politiques, leur plume frémissant d’une idéologie séditieuse ; les Nabis prêchent pour de nouvelles formes picturales, dans la continuité des impressionnistes ; des personnages hauts en couleur, comme Toulouse-Lautrec, célèbrent l’époque présente, celle qui jouit des cafés-concerts et des bordels ; la nuit se peuple de manifestations attractives et innovantes, comme les théâtres d’ombres, qui auront une influence non négligeable sur l’art d’avant-garde.

C’est donc une exposition qui chante le XIXème siècle que propose le musée de Montmartre, à travers l’évocation d’un cabaret emblématique. Modernité, sensualité, plaisir, révolution, effervescence artistique ; le Chat Noir est le miroir d’un lieu et d’une époque.

 

Visuels : (c) Sarah Barry

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Sarah Barry

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