Arts
La Sainte Anne se refait une beauté au Louvre

La Sainte Anne se refait une beauté au Louvre

28 mars 2012 | PAR Sarah Barry

À partir de demain 29 mars, le musée du Louvre présente une exposition autour de l’ultime chef-d’œuvre de Léonard de Vinci, La Vierge à l’Enfant avec sainte Anne, dit La Sainte Anne. Dessins, études préparatoires, cartons, lettres, traités scientifiques, copies d’atelier, hommages postérieurs illustrent l’effervescence qu’a pu occasionner ce tableau à son époque et aux suivantes.

Cette toile est considérée comme l’ultime chef-d’œuvre du maître, car elle a fait l’objet d’une longue méditation, occupant les vingt dernières années de sa vie. Par ailleurs, bien qu’elle paraisse aboutie, certaines parties sont moins détaillées, et des dessins préparatoires les concernant témoignent de ce que le tableau est resté inachevé à la mort du peintre.

Comme le relate le commissaire de l’exposition Vincent Delieuvin, conservateur du département des peintures au Louvre, ce projet d’exposition est né avec la restauration du tableau, qui subissait de dangereux soulèvements de sa matière picturale. Des années de travail ont été nécessaires pour rassembler tous les documents qui lui sont liés. Installée dans le hall Napoléon, l’exposition adopte un parcours chronologique.

Dans un premier temps est traité le sujet de la sainte Anne trinitaire à la fin du XVème siècle : on représente Anne, sa fille la Vierge Marie et son petit-fils Jésus. Léonard de Vinci s’est passionné pour le symbole de l’annonce de la Passion du Christ, qui apparaît dans ce thème sous deux formes : il peut être une représentation de Saint Jean-Baptiste, qui aura pour mission d’annoncer la Passion, ou une image de l’agneau, qui représente le sacrifice de Jésus. C’est autour de cette idée qu’il va concevoir son œuvre, et l’exposition illustre ensuite l’évolution de sa pensée à travers les cartons, les études, et les copies qui ont été faits tout au long de son travail : si au départ il imagine une Marie retenant son fils tandis qu’il se dirige vers le symbole de son sacrifice, progressivement celle-ci semble accepter le destin tragique de l’Enfant en choisissant plutôt de l’accompagner, devant le regard d’une sainte Anne toujours plus contemplative.

Le célèbre carton de la National Gallery de Londres aurait dû être exposé au début du parcours, puisqu’il est le premier des trois que le maître réalisera (un carton est une proposition définitive d’une version de l’œuvre, qui peut ensuite être utilisée pour la réalisation de la toile). Les concepteurs de l’exposition ont cependant choisi de le présenter aux côtés du chef-d’œuvre du Louvre, afin que le visiteur puisse vraiment s’immiscer dans l’esprit de Léonard de Vinci : d’un côté saint Jean-Baptiste pour évoquer la Passion, de l’autre un agneau ; d’un côté Marie retient son fils, de l’autre elle l’accompagne dans son sacrifice ; d’un côté sainte Anne signifie à sa fille d’accepter le destin de Jésus, de l’autre elle se contente de contempler la scène avec bienveillance. Cette confrontation représente sans conteste le sommet de l’exposition, au bout d’une perspective très parlante où sont accrochées, sur des cimaises successives, des copies de l’œuvre originale.

Une jolie surprise attend le visiteur dans la salle suivante, qui présente différentes réalisations de l’atelier de Léonard de Vinci. Non loin de La Vierge aux Rochers et du Saint Jean-Baptiste, heureuses propriétés du Louvre, se tient la Joconde du Prado, copie récemment révélée de la plus illustre toile du peintre. C’est un peu l’autre vedette de cette exposition : peinte par un assistant du maître en même temps que l’original, elle révèle certains détails presque disparus sous les vernis épais et jaunis de la star du Louvre. Par ailleurs, son visage, où le sourire énigmatique apparaît rajeuni, n’est pas sans rappeler celui de la Sainte Anne.

Les dernières salles de l’exposition proposent différents hommages rendus au peintre et à sa Sainte Anne, et ce à Florence et à Milan, mais aussi en France et dans les Flandres, jusqu’au XXème siècle. Des œuvres de Michel-Ange, qui partage son goût de l’inachevé, de Raphaël, mais aussi d’Edgar Degas, d’Eugène Delacroix, de Max Ernst ou encore d’Odilon Redon, témoignent de la grande postérité de cet ultime chef-d’œuvre de Léonard de Vinci, que l’on peut considérer comme son testament scientifique et artistique.

C’est donc une plongée dans la pensée formelle et spirituelle du maître que propose le Louvre, à travers l’étude de l’une de ses principales réalisations, qu’il entama à 48 ans alors qu’il n’avait plus rien à prouver. On admire le travail réalisé en collaboration avec le Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France (C2RMF), au cours de ce que l’on appelle déjà la restauration du siècle.

 

Photographie 1 : Sainte Anne, la Vierge et l’Enfant Jésus bénissant saint Jean Baptiste, carton conservé à la National Gallery de Londres © The National Gallery, Londres, Dist. RMN / National Gallery Photographic Department

Photographie 2 : Sainte Anne, la Vierge et l’Enfant jouant avec un agneau dit La Sainte Anne, Musée du Louvre © RMN, musée du Louvre / René Gabriel Ojéda

Photographie 3 : Bernardino Luini, Vierge à l’Enfant avec sainte Anne, saint Joseph et saint Jean Baptiste enfant, Milan © Veneranda Biblioteca Ambrosiana / DeAgostini Picture Library / Scalla, Florence

Photographie 4 : Raphaël, La Belle Jardinière, Musée du Louvre © RMN / Hervé Lewandowski

Sur la portée des mots de Véronique Gens (Interview)
[Interview] : Groundation
Sarah Barry

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