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Jean-Louis Forain : La Comédie Parisienne au Petit Palais

Jean-Louis Forain : La Comédie Parisienne au Petit Palais

21 avril 2011 | PAR Marie-Salome Peyronnel

Le Petit Palais consacre une rétrospective dédiée à Jean-Louis Forain (1852-1931). Une exposition riche et éclairante sur l’œuvre de l’illustrateur et peintre moraliste, qui immortalisa la vie parisienne de son temps et en devint une figure emblématique, souvent méconnue du grand public.

 

Forain, La Borne Verdun, 1916

Forain est né à Reims au tout début du Second Empire. Son époque particulièrement mouvementée fut traversée par deux guerres auxquelles il participa (la Guerre Franco-Prussienne de 1870 et la Première Guerre Mondiale.). Loin de hanter ses travaux de jeunesse, les champs de bataille investiront son œuvre dès 1914. L’exposition, constituée d’une enfilade de salles dédiées aux thèmes principaux de son travail, met en lumière cette rupture évidente dans son œuvre, dessinant ainsi une opposition entre le Forain caricaturiste et moraliste (1852-1900) et celui en proie à une quête spirituelle et artistique (1900-1931).

La première partie de l’exposition est centrée sur son activité de caricaturiste parisien. Forain voulait « conter la vie de tous les jours », et nul n’était mieux placé pour le faire puisqu’il côtoya autant le peuple des boulevards que la bohème artistique de la fin XIXè ou le Paris mondain. Renvoyé de son atelier et de la maison de son père, Forain se retrouva à la rue à 17 ans. Il combattit contre la Prusse puis débarqua à Paris où il vécu quelques années dans la misère. Assez rapidement, il devint l’ami des poètes Verlaine et Rimbaud et d’autres beaux esprits. Il fit également des rencontres qui l’encouragèrent et le propulsèrent. Ainsi, l’écrivain Huysmans dont il fit le portrait, lui commanda des illustrations pour ses ouvrages. Vous verrez donc dans ce début d’exposition, plusieurs portraits d’écrivains et un portrait présumé de Rimbaud.

Après s’être accoquiné avec le monde littéraire, Forain se fit une place parmi les Impressionnistes. Il prenait part aux débats qui opposaient les artistes aux Café Guerbois et à la Nouvelle Athènes, les deux QG de l’avant garde situés dans le 9ème arrondissement. A quatre reprises Forain eu la chance de voir ses peintures exposées à côté de ceux de ses maitres, Degas et Manet. Dès ces premières expositions, son travail surprenait par la grande liberté des sujets évoqués. Le tableau « Le Client » donne le ton. Sur cette toile, des prostituées défilent devant un homme coiffé d’un haut de forme choisissant celle qui sera le plus à son gout. Une scène d’une réalité crue représentée sans cruauté mais qui dénonce l’hypocrisie bourgeoise face à la prostitution. Un des sujets favoris de Forain était la vie nocturne dont l’un des lieux incontournables est le théâtre. Les représentations de bourgeois dans leurs loges critiquent avec humour l’aspect social de cette activité. Les regards ne sont pas toujours rivés vers la scène et les coquettes bavardent sans gêne. Dans la même veine, Forain ironisa pendant plus d’un demi siècle sur la vie parisienne. Cette rétrospective présente plus de deux cents huiles, gouaches, aquarelles et de nombreuses encres doucement cyniques qui peuplèrent les pages des journaux. En effet, du Scapin au Figaro, en passant par le New York Herald Tribune Forain dessina pour la presse jusqu’en 1925.

Après avoir été fasciné par la vie des noctambules en tout genre et avoir caricaturé chaque échelon de l’ascension sociale parisienne, il évolua vers davantage de spiritualité, inspiré par l’Evangile et Rembrandt. A 48 ans, Forain décide de se consacrer aux eaux fortes et à la peinture, des matériaux selon lui plus nobles. Quinze ans plus tard, il s’engagea comme correspondant de guerre, produisant un dessin quasi tous les jours. Cet élan de patriotisme et de bigoterie témoignent de l’étonnant virage à l’extrême droite, incarné par son amitié avec Caran d’Ache avec qui il fonda la revue antisémite Psst. Ce passage de l’avant garde à la droite ultra réactionnaire marque la deuxième partie de sa vie et assombrit le portrait de ce personnage, anti dreyfussard acharné. Les dernières salles présentent néanmoins des tableaux puissants. On y observe l’évolution dans son approche du nu. (le nu est progressivement extrait du cadre de la toilette) De même pour les portraits qu’une salle regroupe afin de mettre en lumière les différences entre la période impressionniste et le reste de sa carrière. La douzième salle est, justement intitulée « l’œuvre ultime ». Revenu à des scènes nocturnes, Forain peint les Années Folles avec vigueur et fougue. Il choisit de finir ses tableaux par des esquisses, les laissant en partie inachevés, créant ainsi de très belles ellipses visuelles. L’émotion palpable de ses derniers travaux tranche avec le ton léger et sarcastique de la plupart de ses œuvres.

Si on ne partage pas ses avis politiques, on doit cependant reconnaître au peintre une grande finesse dans sa vision de la société parisienne, une audace rare et une incroyable justesse de trait. Quelques coups de crayon suffisent à nous faire saisir l’expression d’un homme, son milieu social et ses ambitions. Par ailleurs, Forain mélangeait souvent les matériaux ce qui rend ses œuvres assez modernes. Gouache, aquarelle et mine de plomb peuvent se partager une toile pour créer un tableau aussi réussi que « le Nœud de cravate ».

Mais n’oublions pas que tout le charme de cette exposition est d’être avant tout un voyage dans le temps, à travers les théâtres, les bordels, les guinguettes, les tribunaux et champs de batailles où vous croiserez des danseuses, un pécheur rêveur, une femme masquée, des hommes avides, des soldats dévoués… Autant de personnages qui, grâce au geste libre et souple de Forain, sont étonnamment vivants.

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Marie-Salome Peyronnel

One thought on “Jean-Louis Forain : La Comédie Parisienne au Petit Palais”

Commentaire(s)

  • J’apprécie les sites consacrés Art. Je recherche un tableau de Leon Delachaux et des dessins , des gravures du même auteur.

    octobre 9, 2014 at 7 h 41 min

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