Arts

Gustave Moreau en « assembleur de rêves »

17 avril 2010 | PAR Marie Lesbats

Jusqu’au 17 mai 2010, le musée national Gustave Moreau présente l’exposition « Gustave Moreau, l’homme aux figures de cire », qui s’attache à faire découvrir l’œuvre sculptée d’un artiste peintre fasciné par la matière et le mouvement.

A celui qui n’a jamais franchi la massive porte de l’ancienne habitation de Gustave Moreau (1826-1898), il faudrait rappeler que ce musée est l’un des lieux les plus insolites de la ville de Paris.
A celui qui ne connaît pas l’œuvre du peintre, il conviendrait de signifier l’importance majeure de cet artiste au sein du mouvement symboliste en France et la modernité de sa peinture.
Pour celui qui apprécie Gustave Moreau, il sera captivant de découvrir un tout nouvel angle d’approche de son travail.

Célèbre et célébré avant tout pour ses peintures à sujet mythologique ou historique, Gustave Moreau s’est illustré comme le mystique esthète de son siècle.
Il échoue à deux reprises au Prix de Rome et parvient ainsi à une formule artistique singulière où se côtoient couleurs vénitiennes, paysages atmosphériques, puissance romantique et ornementation extrême.
A ces éléments s’ajoute un grand nombre de documents de travail : carnets et prises de notes, projets, croquis et sculptures.
Car si le musée Gustave Moreau détient un somptueux fonds de dessins, il conserve également une collection de quinze sculptures de cire réalisées par l’artiste.


L’exposition – dont le parcours se mêle aux galeries permanentes – permet au visiteur d’effectuer un va et vient constant entre les œuvres peintes et les cires de même sujet, le laissant ainsi libre de juger quelle œuvre a précédé la seconde.
Alors que les peintures présentent un aspect souvent figé, les sculptures évoquent davantage l’engouement du geste romantique propre à des peintres tels Théodore Géricault ou Eugène Delacroix. Ainsi, le Dejanire de cire rehausse-t-il bien cette idée de « science de la ligne et de l’arabesque » que Moreau souhaitait développer en peinture. Il est malaisé de prétendre à la finalité de ces cires, tant leur caractère privé et expérimental renforce le culte voué à cet artiste à l’œuvre peu exposée de son vivant.
Cependant, l’exposition se charge aussi d’évoquer les liens entre peinture et sculpture, qui ne se font pas rares au XIXème siècle, puisque de nombreux artistes comme Meissonier, Renoir ou encore Degas, lui-même ami de Moreau, usèrent des deux médiums.

La fascination exercée sur les sculptures classiques tel le Laocoon – Moreau détenait une collection de moulages antiques et de photographies sur ce thème – ou sur les œuvres sculptées de Michel-Ange, lui valent également une irréfutable proximité avec la sculpture. Ces références sont présentées dans une salle de coutume fermée au public.
Mais revenons à nos cires. Les figurines sont d’une grande délicatesse. En vue de l’exposition, elles ont fait l’objet d’une étude scientifique par radiographies qui dévoile leurs entrailles : une structure d’armatures de métal ou de bois. Ces œuvres font de Moreau le scénographe de ses peintures puisque sa Salomé de cire est une poupée de même taille que sa Salomé peinte ; elles permettent aussi de préciser le mouvement, de choisir l’instant qui se doit évocateur et dramatique, suggéré par exemple dans L’Apparition.
A la fin de son existence, s’éloignant volontairement des exigences de la peinture d’histoire, Moreau a préféré l’idée d’inachèvement afin de satisfaire l’authenticité de sa créativité. Ses œuvres sculptées reflètent un même souci d’imprécision, concentrant l’intensité d’un moment dans une liberté de premier jet.
Se qualifiant lui même d’ « assembleur de rêves », il se peut que Gustave Moreau ait jamais songé à fixer son univers pictural dans une enveloppe de cire. Et pourquoi pas d’airain.

« Gustave Moreau, l’homme aux figures de cire », jusqu’au 17 mai 2010
Musée Gustave Moreau, 14 rue de La Rochefoucauld, IXe arr., M° St Georges – M° Trinité-d’Estienne d’Orves
01 48 74 38 50
Tous les jours sauf le mardi, de 10h à 17h15 (fermeture des salles à 17h)
Tarif plein : 7€50, Tarif réduit : 5€50

Images :
– Gustave Moreau, L’Apparition, cire sur armature métallique, deux bâtonnets de bois aux pieds de Salomé, Paris, Musée Gustave Moreau, Inv. 14139 – ©RMN / Franck Raux et Radiographie de L’Apparition – ©C2RMF / Thierry Borel
– Dejanire, cire et radiographie, Musée Gustave Moreau – ©Marie Lesbats
– L’Apparition dans le cabinet de réception – ©RMN / Franck Raux

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Marie Lesbats

2 thoughts on “Gustave Moreau en « assembleur de rêves »”

Commentaire(s)

  • Carole

    Merci Marie!
    Quel doux moment qu’est celui de lire les articles de Marie Lesbats. Quelques minutes d’évasion pour découvrir les expositions parisiennes à travers son regard et surtout sous sa plume! Un vrai plaisir pour les éloignés de Paname.
    Vivement les suivants…

    avril 17, 2010 at 21 h 48 min
  • LUNEAU Bernard

    Bravo Marie

    Tu as vraiment le don pour donner très envie de voir les expositions dont tu « parles » si bien .

    avril 18, 2010 at 20 h 05 min

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