Cinema

Mourir comme un homme

17 avril 2010 | PAR Coline Crance

 Mourir comme un homme est un film du réalisateur portugais, Joao Pedro Rodrigues. Il a été présenté au festival de Cannes 2009 dans la sélection « Un certain regard ».Il sort en salle le mercredi 28 avril 2010.

 Mourir comme un homme de Joao Pedro Rodrigues est un film de guerre , mais un film de guerre contre soi même. Face à l’autre , face à cette ambivalence entre deux identités sexuelles, il s’agit pour ces personnages oniriques, d’assumer, de trouver pleinement une identité sexuelle aux yeux des autres mais aussi pour le repos de leur propre conscience. Tonia est un transsexuelle, vétéran des spectacles de Lisbonne. Vieillissant, il est confronté à la concurrence des plus jeunes et aux pressions de son ami Rosario pour qu’il fasse enfin l’opération qui lui permettrait de changer de sexe et de devenir pleinement une femme. Seulement , on ne peut pas d’un coup tuer une identité , un penchant sexuel que notre propre conscience peut juger perverti ou malhonnête. Tonia tout le long du film, est confronté à ses angoisses, à ses convictions religieuses les plus intimes, obstacles à cette opération qu’il ne peut s’empêcher de trouver contre-nature. Après l’opération, la société pour autant, cessera-t-elle de le juger comme un marginal ?

 Avec une certaine sensibilité et un grand onirisme , Joao Pedro Rodriguez filme ce monde à part des travestis. Sans fausse psychologie, il s’interroge sur ce milieu, ces souffrances , sa solitude qui s’incarnent dans le personnage de Maria Bakker, personnage fantasmagorique tiré d’un film de Fassbinder, dandy travesti réfugié dans sa solitude et dans les vers de Paul Celan. Il arrive à créer à travers ce film, un univers hors du temps, hors du monde où tout semble rêvé. Les symboles, les personnages s’entrecroisent tels des ombres… L’utilisation à plusieurs reprises d’images en négatifs, en noir et blanc transcendent l’angle surréaliste du film et prouve les réels talents de monteur de ce réalisateur à multiples facettes. La chasse aux « dahus » lors de ce séjour improvisé chez Maria Bakker et sans doute l’un des plus beau moment du film,  sublime ce parti pris, cette balade vers la mort , seul gage pour Tonia de retrouver une forme de dignité, d’identité, de vivre son amour avec Rosario éternellement et au-delà des jugements. L’amour dans ce film est « plus froid que la mort », seule la mort permet envers et contre tout n’importe quelle forme d’amour. Et malgré tout dans ce film, tout ce qui est peut-être souvent mal considéré , sale, contre la morale, se transforme en véritables certes désespérées, déclarations d’amour.

 

Conte enchanté , fantasmé, ce film séduit donc par son audace et sa volonté d’imposer un réel et authentique regard de cinéma. Toutefois sa longueur l’empêche de réellement briller et finit presque par desservir son propos en n’imposant pas véritablement un rythme à son histoire. Peut-être faut-il mettre cela sur le compte de la jeunesse du cinéaste qui reste néanmoins prometteur.

 

Mourir comme un homme de Joao Pedro Rodriguez, durée 2h13. Avec: Fernando Santos , Alexander David , Gonçalo Ferreira de Almeida

 

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