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Quatre femmes d’histoire(s) à la Galerie Eric Dupont

Quatre femmes d’histoire(s) à la Galerie Eric Dupont

07 septembre 2018 | PAR Yaël Hirsch

En cette rentrée 2018, la directrice de la Galerie Eric Dupont, Elisabeth Golovina-Benois, a choisi le mettre à l’honneur quatre femmes : la marocaine  Wiame Haddad, la congolaise Willys Kezy, la française Marie Sommer et la polonaise Katarzyna Wiesiolek.

Avec des médias aussi différents que la peinture sur papier d’emballage, le fusain et la photo, toutes ces artistes racontent l’Histoire à travers des Histoires où les corps jouent à cache-cache.

Prix Icart 2018 et formée aux Beaux-Arts de Paris la Polonaise Katarzyna Wiesiolek  imprime au fusain, sur des surfaces variées, les imperfections du corps et du cosmos. Le noir de l’univers contraste alors avec le gris de peaux, de dos, perlés de grains de beauté qui floutent les frontières du parfait et de l’imparfait, pour à la fois taire et donner envie de connaître les histoires de ses sujets.

Diplômée de la prestigieuse école de photographie d’Arles et fascinée par les territoires invisibles, Marie Sommer travaille sur une bibliothèque en Croatie complètement délabrée. Dans des grands clichés beaux et glacés, elle montre comment les livres de science politique de ce lieu fantomatique sont devenus des tas, mais pas là, elle donne aussi à sentir combien cette bibliothèque a été un lieu de réunion, de chaleur, de savoir et peut-être même de sûreté, à un moment du passé pour les habitants de Kummrovec. Et elle sait aussi faire revivre cette Histoire écrasée.

Penchée sur l’Histoire et ses témoins, la photographe Wiame Haddad a rencontré et côtoyé longuement les prisonniers politiques du bagne secret de Tazmamart, mis en place dans l’Atlas par les services de Hassan II dans les années 1970. Sur une soixantaine de prisonniers de ce « Alcatraz marocain », seuls la moitié ont survécu. Par ses photos qui viennent après la rencontre et  toujours respectueuses de leur vie, de leur intimité et toujours plus dans la suggestion que dans la démonstration, l’artiste semble redonner voix et prise sur le réel aux survivants, en laissant le visiteurs libre de raconter, reconstituer, imaginer la terrible Histoire.

Palpitantes de vie, les saynètes dessinées par l’artiste congolaise Willys Kezi sur des sacs de courses en papier brun racontent des histoires de femmes à travers le prisme des réseaux sociaux. Hautes en couleurs, rondes de formes, ces pépites de la série Blessure/Luxure forment une mosaïques de vécus qui racontent et nous parlent haut et fort .

Quatre femmes puissantes, donc, dont l’art reconstitue l’Histoire avec un scrupuleux et vibrant pluriel. Une exposition à découvrir avant le 23 septembre à la Galerie Eric Dupont.

Wiame Haddad, Willys Kezi, Marie Sommer, Katarzyna Wiesiolek, 6-23 septembre 2018, Galerie Eric Dupont, 138 rue du Temple, 75003, Paris. Entrée libre.

Visuels : ©Yaël Hirsch

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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