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Deux îles, une exposition de Mathilde Cazes et d’Eugénie Touzé

Deux îles, une exposition de Mathilde Cazes et d’Eugénie Touzé

19 septembre 2021 | PAR Pauline Lisowski

À la galerie Sono, les démarches artistiques de Mathilde Cazes et d’Eugénie Touzé se répondent et proposent deux manières de donner à voir le paysage et la nature, encore sauvage, par endroit.

Deux îles, territoires insulaires éloignés l’un de l’autre aux paysages extrêmes furent les terrains d’exploration de deux jeunes artistes. Elles ont pris le temps d’observer ce qu’elles découvraient au fil de leurs promenades, de leurs randonnées, attentives à des détails et matières témoignant du vivant. De la Bretagne, Mathilde Cazes est allée au Japon et Eugénie Touzé est partie de Normandie vers l’Islande, deux périples durant lesquels elles ont pris le temps de se laisser captiver par ce qu’elles voyaient.

Deux périples insulaires

Mathilde s’est attachée à la place de la nature, végétal et animal qui reprend ses droits sur une ville dévastée. Son exploration de Kyoto l’a amenée à s’intéresser à l’esthétique minimale et à saisir des instants du quotidien. Eugénie a cherché à s’approcher le plus possible de l’horizon durant de longues marches.

La vidéo d’Eugénie introduit son voyage vers un territoire gigantesque, encore vide et peu impacté par l’homme. « J’ai choisi d’aller là-bas entre autres pour être confrontée à un sentiment de solitude intense, où la place de l’environnement serait semblable à un dépassement vis-à-vis de l’Humain. » témoigne-t-elle.

Si Eugénie privilégie le grand format pour révéler des paysages auxquels elle s’est confrontée, Mathilde préfère le petit format pour préserver ce qu’elle considère comme précieux et cher à ses yeux. « J’aime m’approcher de détails qui participent à constituer un paysage. Le lointain n’est pas ce que je regarde. Je reste au premier plan, à ce qui est devant moi et près de moi, et qui fait partie du paysage in fine. La photographie me permet de capturer ce détail, qui m’évoquera plus tard le souvenir du paysage. Elle me permet de prendre position, d’évoquer le petit pour parler du grand. », explique-t-elle.

Ses images révèlent son observation d’une nature cultivée, proche de l’esthétique du quotidien au Japon. Les animaux qu’elle prend en photo nous tournent le dos, nous regardent à peine ou se cachent… Ils ne sont pas tout de suite reconnaissables et nous pouvons y voir d’autres espèces… « J’aimerais que l’on puisse en saisir l’équilibre fragile, où chaque élément a sa place, que celle cultivée nous laisse envie de laisser celle sauvage au repos », affirme Mathilde en songeant à la nature. Au sol, sa sculpture en verre contient de l’eau de mer de Normandie, tentative de préserver un fragment d’un paysage en mouvement.

« Concentrer le regard et l’écoute sur les détails… »

En contemplant les tirages photographiques grand format d’Eugénie, l’immensité d’un paysage se donne à voir. « Je cherche à concentrer le regard et l’écoute sur des détails dans des situations qui peuvent sembler anodines mais qui se révèlent primordiales : des apparitions et disparitions, des transitions, des oscillations… et ce toujours dehors. » explique-t-elle. Ses images peuvent nous faire penser à la figure de l’explorateur, qui se confronte à des lieux difficiles d’accès. Les couleurs de différents bleus leur apportent une atmosphère entre jour et nuit.

« Je cherche toujours, je crois, à renforcer le sentiment d’une nature aussi silencieuse que vivante. Il n’a jamais été aussi primordial d’écouter la nature et les messages qu’elle nous transmet. La nature communique avec nous à travers ses phénomènes. » précise par ailleurs Eugénie.

Cette exposition témoigne ainsi de deux attentions au paysage et au vivant, dont il est nécessaire de prendre le temps d’observer et de soigner. Notre regard circule d’un territoire à un autre, dans un aller-retour d’une contemplation de grands paysages, où l’homme peut se sentir perdu, à des détails de fragments de nature, de fleurs, d’animaux, signe d’une vie dans une mégalopole. Tout est affaire de perception, d’attention aux détails du vivant et aux paysages mystérieux.

jusqu’au 25 septembre à la  Galerie Sono à Paris

Visuels : vue de l’exposition Deux îles, Mathilde Cazes et Eugénie Touzé (c)  Galerie Sono

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