Arts

France 1500 : une expo brillantissime, à rebours des idées reçues

27 octobre 2010 | PAR Mikaël Faujour

Si les artistes flamands et italiens de la Renaissance sont bien connus, de Robert Campin et Jan Van Eyck jusqu’à Botticelli ou Léonard de Vinci, en revanche, la création artistique française de la Renaissance l’est beaucoup moins. Le mérite de cette exposition du Grand Palais est de présenter l’état de la création artistique dans ses diverses formes dans le Royaume de France de l’après guerre de Cent Ans, et singulièrement sous les règnes de Charles VIII et de Louis XII. « France 1500 » révèle une intrication d’influences renaissantes flamandes et italiennes et de tendances issues du gothique international – et, en somme, va à rebours de l’idée commune d’une rupture entre le Moyen-Âge et la Renaissance, alors qu’il existe plutost une continuité.

Un mérite, une caractéristique qui distinguent les grandes expositions de celles de moindre envergure, réside dans sa capacité à renverser les idées reçues. En l’espèce, il est souvent admis – et jusque dans les précis spécialisés – que la France n’entre dans l’histoire de l’art de l’Europe moderne qu’à la faveur de l’influence renaissante italienne, que l’on devrait à François Ier et divers artistes durant le XVIe siècle (Léonard, Del Sarto, Cellini, Rosso Fiorentino, Dell’Abate…) concourrant avec l’École de Fontainebleau à l’émergence d’un art typiquement français.

Or, « France 1500, entre Moyen-Âge et Renaissance », foule au pied cette idée d’une rupture et démontre au contraire une continuité, un glissement, qui est le fait des influences conjointes des renaissances italienne et flamande et du gothique international tardif. À ce titre, l’une des premières tapisseries de l’exposition est édifiante, qui combine en effet cette profusion décorative végétale d’une grande élégance, typiquement gothique, à un modelé des corps qui signale les acquis renaissants.

De salle en salle, se fait jour la vivacité de la création artistique et artisanale en France à la fin du XVe siècle. Une période en effet « entre Moyen-Âge et Renaissance » comme l’annonce le sous-titre de l’expo et comme l’indiquent les 200 œuvres rassemblées, certaines ayant à voir avec le Moyen-Âge (enluminures, peinture sur bois, vitraux, respect des proportions hiérarchiques des personnages) et d’autres avec la Renaissance (peinture à l’huile sur toile, en premier lieu).

Se révèle aussi la diversité des foyers artistiques, à travers des sculptures (dont la polychromie – puisque les sculptures étaient peintes – est parfois encore en bon état) du Bourbansais, de Champagne ou du Languedoc, des émaux de Limoges, des meubles, livres d’heures enluminés et vitraux d’horizons divers (notamment splendide Saint Éloi de Lyon) ou encore des peintures de diverses parties du Royaume.

On ne peut que s’arrêter sur l’une des « révélations » majeures de cette exposition : le Maître de Moulins, récemment identifié au Flamand Jean Hey. Chez cet artiste, un rendu des textures qui égale les grands maîtres flamands, héritage évident dans son extraordinaire Nativité à la Marie lactescente, et dont le décor rappelle une tradition flamande remontant jusqu’à la Nativité de Robert Campin.

Il y a fort à parier que si cette exposition aura permis de revaloriser la création artistique en France, c’est Jean Hey, par ailleurs l’un des grands portraitistes de l’époque, qui aura été le plus nettement  et judicieusement extrait à l’oubli.

Un autre peintre se distingue : il s’agit de Jean Poyet, l’un des plus célèbres de son temps, lui aussi auteur d’une synthèse italo-flamande. Son Repas chez Simon le Pharisien rappelle nettement la Cène de Léonard par sa perspective, mais le mouvement et les figures doivent davantage à la peinture nordique. On reste impressionné aussi par une Trahison de Judas, enluminure du même Poyet.

Cette exposition met en valeur un pan aussi méconnu qu’il est pluriel de la création française. Loin de l’idée qu’on aurait pu s’en faire, celle-ci n’était pas arriérée, mais au contraire très informée des avancées artistiques du temps, qu’elles vinssent du nord ou d’Italie, sans être dépourvue d’un dynamisme intrinsèque qui s’affirmait dans ses divers foyers artistiques. Car les hommes circulaient et avec eux les idées, les images et les œuvres elles-mêmes. La vitalité économique de diverses grandes villes de foire et les échanges commerciaux favorisaient cela et ont joué un grand rôle dans l’essor et la confrontation des écoles artistiques. Et les villes françaises n’en furent guère tenues à l’écart.

L’exposition se conclut avec des œuvres d’Andrea Solario, élève de Vinci (dont, d’ailleurs, la Belle Ferronnière, prêtée par le Louvre figure aussi au programme de l’expo) venu à la cour de Louis XII. Surtout, comme un pied de nez à l’idée commune d’un passage de l’art français du gothique international au maniérisme sans transition renaissante, c’est le non moins léonardien François Ier en Jean-Baptiste l’Évangéliste attribué à Jean Clouet, qui a le fin mot. Un sourire léger et un regard pétillant qui se parent d’une ironie historique amusante : alors que nous arrivons au terme de l’exposition, voilà le portrait de celui à qui nous pensions que l’art français devait son entrée dans la modernité…

Signalons enfin ce surcroît de mérite et d’intérêt qui est d’avoir rassemblé de manière didactique et pour un public toujours très (trop, d’ailleurs) nombreux au Grand Palais des œuvres issues de collections de lieux où la cohue est moindre : musées  de la Renaissance à Ecouen, du Moyen-Âge à Paris (Cluny) et Bibliothèque nationale.

[Avant l’exposition, nous vous invitons à consulter le riche dossier composé par le site de la Réunion des Musées nationaux, qui vous permettra une meilleure appréhension des pièces rassemblées.]

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Mikaël Faujour

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