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Fashioning fashion : Une histoire du costume et de l’éclat moderne de l’Europe à l’Art nouveau au Musée des Arts décoratifs

Fashioning fashion : Une histoire du costume et de l’éclat moderne de l’Europe à l’Art nouveau au Musée des Arts décoratifs

07 mars 2013 | PAR Franck Jacquet

Jusqu’au mois d’avril, le Musée des arts décoratifs propose une revue générale de l’évolution du costume en France du début du Grand siècle à la Belle Époque. Une perspective générale de facture très classique et didactique sur quelques traits saillants de deux siècles de mode féminine comme masculine s’achevant avec la révolution des Maisons de Haute Couture. Les dizaines de silhouettes exposées sont autant d’études de cas pour distinguer les grandes évolutions de vêtements et, par des écrans numériques parsemés, des supports pour comprendre certains détails techniques de confection.

Le choix d’une perspective large et didactique
L’exposition est la reprise de la revue présentée au Musée des Arts de Los Angeles en 2010, alors que l’institution venait tout juste d’achever sa politique d’acquisitions de costumes et étoffes du monde entier. Provenant de dons et d’achats variés, elle apparaît donc diversifiée et hétéroclite tant elle couvre des périodes et types de costumes différents. Elle se compose cependant uniquement de costumes aristocratiques ou bourgeois, destinés à la représentation à la Cour ou, secondairement, à l’espace privé. Groupes sociaux « moyens » ou populaires ne sont donc pas présents. C’est donc bien le Costume dans son acception classique qui est considéré.
Une centaine d’habits et parures accessoirisés restituent les silhouettes d’hommes et femmes sur des mannequins très discrets, de sorte de mieux mettre en valeur les matières et les techniques d’assemblage utilisées. On suit donc chronologiquement l’évolution de l’habit et des habitudes vestimentaires à la Cour, dans l’espace privé bourgeois et noble, sous la Révolution, durant le XIXe siècle industrieux et jusqu’au début de la Première Guerre Mondiale. La perspective affichée, se voulant européenne, est essentiellement centrée sur la France et comporte quelques regards sur l’Angleterre et la Pologne, l’Europe du Sud et l’aire germanique étant quasi absentes.

Grandes évolutions et détails de confection
Les non spécialistes seront gâtés tant le propos est didactique, mettant en avant les grandes évolutions, d’une perspective ornementale à une plus grande simplicité reflétant de nouveaux usages, de nouvelles manières de se déplacer… À côté de ces grands traits, des points précis dans les commentaires sont mis en avant pour  comprendre un tournant important : l’essor du tourisme, la nécessité de se déplacer, le changement des mœurs guident aussi des évolutions techniques dans la confection. En témoignent les exemples de lignes balnéaires de la fin du XIXème siècle.
Les explications précises sont isolées dans chaque vitrine sur de petits écrans pour lesquels on aurait pu souhaiter que les détails techniques soient plus accessibles (types de piqûre, de strass, de coupe…).
Grâce à cette alternance, on perçoit combien le vêtement est pris dans un jeu de balance entre aspirations à la représentation et simplicité, entre ornements et usage quotidien… Ces enjeux jouent en effet un rôle aussi important que le mouvement de libération générale des fastes emprisonnantes de l’Ancien Régime et de son système organiciste. Ce mouvement n’est d’ailleurs pas sans reflux et les périodes de « réaction » – hors des considérations politiques parfois – dans le vêtement ponctuent les décennies suivantes. Il concerne enfin les hommes comme les femmes, l’exposition faisant – on le saluera pour le domaine du vêtement – autant place aux deux sexes.

Le choix d’une muséographie aérée
L’ensemble est très clair, très hiérarchisé et cohérent. On reprochera que certains accessoires soient remisés aux entrées et sorties de salles. Les cartouches descriptifs sont situés, par pure esthétique, à plusieurs mètres des mannequins… Le gros regret de l’exposition restera son catalogue : il est raté sur tous les plans et n’offre aucun contenu qualitatif.
Sur un autre plan, la mise en exergue des évolutions techniques pour expliquer le vêtement et ses évolutions entraîne une certaine négligence des évolutions sociales et culturelles – exception faite de la place de la femme dans la société du XIXème siècle. Ces aspects sont pourtant essentiels et auraient pu enrichir le propos : l’intérêt pour l’habit polonais en France et ses résurgences au XIXème siècle s’expliquent par les liens politiques, culturels et sociaux très forts entre les deux pays, les lignes Art nouveau reflètent à la fois les progrès de l’industrialisation mais aussi des thèmes récurrents propres à la société française…

Au total, l’exposition « Fashioning Fashion » propose une perspective large, didactique et accessible que l’on pourra compléter si on le souhaite : on pensera à P. Poiret, largement traité ces dernières années, aux ouvrages de réflexion de G. Grumbach sur l’objet mode ou, évidemment, au Système de la mode de R. Barthes. L’exposition est une belle fenêtre accessible sur le Costume, elle est assez courte et aérée, ne tombe jamais dans le spécieux, défaut fréquent de ce type d’exposition.

Franck Jacquet

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Franck Jacquet
Diplômé de Sciences Po et de l'ESCP - Enseigne en classes préparatoires publiques et privées et en école de commerce - Chercheur en théorie politique et en histoire, esthétique, notamment sur les nationalismes - Publie dans des revues scientifiques ou grand public (On the Field...), rédactions en ligne (Le nouveau cénacle...) - Se demande ce qu'il y après la Recherche (du temps perdu...)

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