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Walls and Rights : une exposition plurielle et essentielle

Walls and Rights : une exposition plurielle et essentielle

20 novembre 2012 | PAR Bastien Stisi

En marge du projet de loi socialiste visant à « ouvrir le mariage aux couples de personnes de même sexe », un collectif d’art urbain se mobilise dans une friche industrielle du XXe arrondissement, et revendique l’égalité de droit pour tous et la fin des discriminations. Une démarche humaniste fondamentale.

Après plusieurs performances créatrices collectives dans les rues parisiennes en partenariat avec Act Up Paris (association militante engagée dans la lutte contre le Sida), trente-et-un artistes ciglés « street art », intervenants réguliers dans les dédales de la capitale, présentent la matérialisation artistique de leur mécontentement et de leur frustration sociale. L’objectif de cette performance, teintée de supports pluriels et variables (graffitis, pochoirs, collages, photographies, peintures, installations…) est aussi vaste qu’elle est ambitieuse : présenter aux yeux de chacun les discriminations dont sont victimes au jour le jour les séropositifs, les gays, les lesbiennes, les transexuels, les queers, les intersexes, ainsi que les minorités diverses et variées touchées par la maladie. Autre combat de ces artistes philanthropes et intégralement ancrés dans les batailles sociétales de leur siècle, « l’égalité des droits au mariage et à l’adoption, la procréation médicalement assistée, la lutte et la prévention contre le sida ».

A l’origine de cet ample projet citoyen, quatre membres fondateurs (Khairon, Downtown, Sara Chelou, Valérie Maho), acteurs réguliers de la scène street art parisienne, qui pensent depuis cet été ce projet, rendu possible par un volontarisme et une conviction hors-pair.  Non subventionnée, l’exposition Walls and Rights se déroule en effet au sein d’un large squatte de la rue Stendhal (métro Gambetta), métamorphosé en galerie d’art pour l’occasion, locaux urbains qu’occupent tout au long de l’année une quinzaine de personnes. Détaché pour l’occasion d’Act Up Paris, le collectif, accompagné par de nouvelles figures émergentes de la scène street art, acquiert à l’occasion de sa première véritable exposition une liberté nouvelle.

Dans ce lieu chaleureux et baroque, on distribue du vin chaud et des crêpes beurrées à l’entrée, alors que la sono fait circuler dans l’air les notes d’une musique électronique extatique, des Têtes Raides ou de Java. Entre les curieux qui déambulent dans les travées éphémères de l’exposition, quelques artistes sont présents sur les lieux pour expliquer leurs œuvres, pour partager leurs combats. C’est le cas de Khairon, doctorant en architecture et pionnier administrateur de l’exposition,  auteur d’une toile (Sang Impur) sombre et pessimiste, qui dénonce avec aigreur l’interdiction qu’ont les homosexuels d’effectuer un don du sang. Pour le jeune artiste, engagé et concerné, l’action du collectif est basée sur l’impression que les thèmes évoqués ici « ne sont globalement pas traités par les artistes urbains actuels ».

Alors qu’à l’étage, un « mur de la BD » tout en couleur est intégralement consacré à l’image de la capote, la pocheuse Downtown, elle aussi présente dans les travées de la friche, présente pour sa part une œuvre revendicatrice et subversive, axée sur la lutte contre les discriminations, et notamment sur ceux visant les transexuels. Elle reprend ainsi de nombreuses icônes classiques et pop, dont la célèbre photo de Diane Arbus, qui représente un jeune homme féminisé ostentatoirement maquillé et orné de bigoudis (A young man in curlers at home on West 20th Street, N.Y.C., 1966), en accompagnant la photo d’un explicite : « EQUALITY ».

Alors que deux David de Michel Ange, tournés l’un vers l’autre, se regardent et se contemplent au sein d’un pochage ambigu mettant en avant l’homosexualité présumée des deux personnages, une immense toile de l’artiste JBC accumule les collages et met en scène Freddy Mercury, accompagné d’une figure anonyme masculine, tenant entre ses bras un nourrisson égaré. Le jeune dessinateur urbain Toctoc, de son côté, exécute des dessins colorés et utilise des images de bandes dessinées et de comics : ainsi, Astérix et Obélix, Batman et Robin, Tintin et le Capitaine Haddock sont figurés comme des duos homosexuels en puissance. Ailleurs, une série de photos audacieuse d’Elodie Besnaïnou dénonce les discriminations endurées par la communauté lesbienne, alors que le Phoque Fringant, lui, peint des couples masculins qui s’embrassent et se touchent langoureusement. Ces deux derniers artistes, invités pour l’occasion, sont les seuls à ne pas travailler  dans la rue.

L’exposition s’étale sur une dizaine de jours, et se termine juste avant le début de la semaine de prévention contre le sida. D’ici là, les artistes envisagent de vendre quelques-unes de leurs œuvres afin de reverser les fonds à des associations charismatiques et militantes. Elles espèrent aussi faire évoluer, ne serait-ce même qu’un peu, les consciences stigmatisantes du profane qui viendrait s’égarer quelques minutes dans ce cabinet de curiosités métissé et coloré du vingtième arrondissement…

Visuel (c) : affiche de l’exposition; Marlene Ehrhard; JBC; Valérie Maho

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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