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Voyage au cœur des « Fake News » à la Fondation groupe EDF

Voyage au cœur des « Fake News » à la Fondation groupe EDF

27 mai 2021 | PAR Rudy Degardin

« Fake news. Art, Fiction et Mensonge  » est une exposition unique en France. Durant 1h20, on y découvre les mécanismes de fabrication et de diffusion des fausses informations grâce aux œuvres d’une vingtaine d’artistes français et internationaux. L’art et la pédagogie ont alors pour but de réarmer les esprits face à un problème qui nous concerne tous.


Difficile de lutter contre les fausses informations. Voilà ce que l’on peut retenir de l’exposition « Fake news. Art, Fiction et Mensonge » ouverte au public ce jeudi 27 mai à la Fondation groupe EDF. Lors de la visite presse à laquelle Toutelaculture a participé, Laurent Bigot, le commissaire d’exposition, affirmait même qu’il était presque impossible de faire raisonner une personne convaincue par une fausse information. L’objectif est donc clair : prévenir plutôt que guérir.

« Les rumeurs ne meurent pas ; elles voyagent »

Dès l’entrée dans l’exposition, le constat est glaçant : il est très facile de produire une fausse information. Dans l’œuvre G255 d’Alain Josseau, une caméra, un grand fond vert et une maquette d’immeubles détruits forment la parfaite recette pour créer des images de guerre partout dans le monde. Et à la vue de cette projection, un visiteur a même demandé dans quel pays était cette scène – qui se déroulait à quelques mètres de lui.

Se méfier des images est essentiel. Susan Sontag l’expliquait déjà en 1977 dans son essai On Photography. Mais à l’ère d’Internet, cette idée qu’une photographie peut trahir est encore plus frappante. Au-delà des technologies comme la deepfake, les images sorties de leur contexte ou autres manipulations se diffusent sans limite. Et comme cela est si joliment souligné dans l’exposition : « Les rumeurs ne meurent pas ; elles voyagent ».

Les limites du journalisme

Face à cette multitude de fausses informations, les journalistes peinent à lutter. Autrefois vecteur principal de l’information, ils sont aujourd’hui en concurrence avec de nombreux producteurs de contenus plus ou moins fiables. À cela s’ajoute la défiance de la population à l’égard des journalistes. L’Institut Reuters révélaient qu’en 2019, seuls 24% des Français déclaraient faire confiance aux médias. Ainsi, la profusion d’informations et la méfiance à l’égard des sources journalistiques peuvent être une des causes de cette prolifération des fausses informations.

Et leurs effets ne sont pas à sous-estimer, comme le montre l’exposition avec l’exemple du « Pizzagate ». Pour rappel, en octobre 2016, se diffuse sur le darknet l’idée qu’une pizzeria de Washington cache un réseau de pédophilie en lien avec Hillary Clinton. Cette rumeur conduit alors un internaute à se rendre dans la pizzeria en question muni d’un fusil. Heureusement, il n’y a pas eu de victimes. Mais l’irrationalité de certains comportements pousse à se demander comment lutter efficacement. 

Pour déconstruire les fausses informations, le fact-checking est un outil essentiel. Cependant, enquêter sur un même dossier pendant plusieurs mois coute cher à une rédaction. De plus, lorsque les théories conspirationnistes touchent à l’affect, faire appel à la raison semble peine perdue.

L’art devient alors une arme 

C’est là qu’entre en jeu l’art. Dans cette exposition, les œuvres servent à interpeller le visiteur. Faire naître des émotions tout en interrogeant la frontière entre le réel et la fiction, le vrai et le faux. L’art devient alors une arme. Aujourd’hui, on pourrait parfois oublier le pouvoir qu’a exercé l’art tout au long de l’Histoire. D’Auguste à Mussolini, en passant par Louis XIV, tous l’ont utilisé pour se légitimer et diffuser leur idéologie. Loin d’avoir les mêmes prétentions, l’exposition « Fake new. Art, Fiction et Mensonge » se sert quant à elle de l’art comme une arme pédagogique. Les œuvres sont là pour faire réagir le visiteur mais aussi pour enrichir sa vision du monde. À la fin de l’exposition, il aura alors peut-être quelques outils pour mieux lutter contre les manipulations en tout genre.

Néanmoins, malgré la gravité des sujets abordés, certaines œuvres appellent à un peu de légèreté. À l’image de l’expérience de Simon Weckert qui se joue de Google Maps afin de déconstruire les informations que peuvent transmettre une intelligence artificielle. La scène vaut le détour. 

Si cette exposition révèle notre fragilité face aux fausses informations, elle n’en reste pas moins une parfaite occasion de s’interroger sur notre position et le rôle que nous pouvons jouer dans ce monde hyper connecté. 

Exposition « Fake news. Art, Fiction et Mensonge » du 27 mai 2021 au 30 janvier 2022 à la Fondation groupe EDF. Entrée libre sur réservation du mardi au dimanche, de 12h à 19h. Pour plus d’informations, voir le site de la Fondation groupe EDF

Visuel 1 : © Exposition Fake News  – Fondation EDF 

Visuel 2 : © Gregory Brandel – Fondation groupe EDF / mai 2021

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