Théâtre
« Mon visage d’insomnie » une belle histoire d’amour

« Mon visage d’insomnie » une belle histoire d’amour

27 mai 2021 | PAR David Rofé-Sarfati

Au Théâtre de l’Éphémère au Mans, Didier Lastère et Vincent Garanger créent une pièce tout public rafraîchissante et étonnante, une pièce écrite par Samuel Gallet sur le bonheur de la fiction et  sous la forme d’un  huis clos très réussi entre thriller et épouvante. 

 

Alors qu’à Paris le théâtre subventionné se querelle autour du texte assez confus du directeur de La Colline qui a décidé de rester fermé, au Mans, Didier Lastère et Vincent Garanger fêtent la réouverture après de longs mois de pandémie et nous proposent une pièce captivante qui se tourne généreusement vers le public et son plaisir.  Avec un art de la mise en scène affûté, ils saisissent le public avec une enquête policière sous la forme d’un grand spectacle de deux grosses heures vite passées,  proposant un nouveau regard sur les immigrants. 

Une construction fictionnelle efficace 

Dans un petit village au bord de la mer, un centre de vacances a été reconverti pour l’accueil de mineurs non accompagnés.  Noirs pour la plupart, logés par trois dans des chambres en lits superposés, ils apprennent le français, entament des formations, rêvent, espèrent, et s’ennuient beaucoup. Quelques jours avant les vacances de février et un départ au ski organisé par l’aide sociale à l’enfance, le jeune Drissa disparaît. Son ami Harouna, 16 ans, décide de ne pas partir en vacances avec les autres, pour travailler et attendre le retour de Drissa. Harouna reste alors seul avec Élise, jeune éducatrice de 25 ans et André, la cinquantaine, nouvel éducateur fraîchement arrivé au centre. Ancien aide-soignant dans un Ehpad, André dont c’est la première expérience avec de jeunes migrants, est comme bouleversé par la présence et la beauté d’Harouna. Peu à peu, les identités vacillent, et la pièce naturaliste bascule dans l’horreur.   

Du très bon théâtre 

L’idée est géniale, l’interprétation solide et la mise en scène riche. Une trouvaille d’écriture assure le mille-feuille de l’intrigue; l’exclusion de ces âmes invisibilisées et fragilisées par une société qui les craint est racontée par le subterfuge en creux de l’image du sociopathe désarmé devant une société qui veut ne rien en savoir. Par cet artifice fictionnel, la pièce interroge la fureur de vivre d’une jeune génération migrante et sa détresse face à une société qui, pour les effacer, les infantilise et qui, pour les contrôler, exige de penser à leur place. Par un effet miroir, la dialectique entre l’attraction et la répulsion trouble la psyché d’un sociopathe meurtrier, et renvoie à nos propres dilemmes devant ces hommes bravant la mort pour s’assurer une autre existence.  

«un désir brûlant d’échapper à la prison du connu et du réel» 

Cloé Lastère, Didier Lastère, Djamil Mohamed sont formidables; ils inventent un naturalisme efficace puis savent glisser vers un surréalisme qui reste plausible. La fiction, le spectateur et la réouverture sont célébrés.  

 

  

Mon visage d’insomnie

de Samuel Gallet

Mise en scène : Vincent Garanger Avec : Cloé Lastère, Didier Lastère, Djamil Mohamed Création lumière : Stéphane Hulot et Rafi Wared  

Création sonore : Fred Bühl  

Scénographie : Damien Caille Perret Collaboration artistique : Jean-Louis Raynaud 

Crédit Photos©Damien Caille-Perret

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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