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Vivian Maier : Une « nanny » pas comme les autres

Vivian Maier : Une « nanny » pas comme les autres

11 décembre 2013 | PAR La Rédaction

La photographe Vivian Maier enfin révélée en France par trois expositions.

 

 

Il aura fallut attendre la mort de Vivian Maier pour découvrir une des plus talentueuses « street photographer » des années 50, alors même que le terme n’existait pas encore. C’est l’histoire d’une nounou de Chicago, morte sous le seuil de la pauvreté, sans un bruit. Une vie de solitude venait de s’éteindre. Une vie qui serait tombée dans l’oubli sans la vente de son garde meuble.
Naissance d’un mythe
John Maloof, un agent immobilier de 25 ans, rachète en 2007 pour 380 dollars un lot mis aux enchères, afin d’acquérir des documents sur un quartier de Chicago. Il découvre alors des tirages photos et des films jamais développés d’une qualité exceptionnelle. Il fait des recherches sur la propriétaire du garde meuble, sans succès. Aucune trace de ce qui semble pourtant être une grande photographe. Ce n’est qu’à sa mort que Vivian Maier sera enfin identifiée. On sait aujourd’hui qu’elle a vécu la fin de sa vie sans un sou en poche dans une chambre louée par ses anciens employeurs. Ses photographies auraient pu être jetées ou détruites, sans que personne, jamais, n’entende parler d’elle. Au lieu de ça, John Maloof entame une véritable investigation autour de l’œuvre de cette inconnue.
Le secret d’une gouvernante
De nationalité franco-autrichienne, Vivian Maier occupa le poste de gouvernante pendant de nombreuses années, d’abord à New York, puis à Chicago où elle s’installa définitivement. Durant 30 ans, elle a réalisé plus de 120 000 prises de vues en gardant un silence total sur son activité artistique. Personne de son entourage ne l’a jamais entendue parler de sa passion. Elle pratique cette activité uniquement pour elle-même, sans rien montrer, ni tenter de se faire connaître. Pourtant, la gouvernante ne sort jamais sans son appareil Rolleiflex, qui lui permet de tirer le portrait des passants tête baissée, sans avoir de réel contact avec eux. Complètement fondue dans le paysage, elle s’efface pour avoir le loisir de capter des instantanés d’inconnus. Discrète et solitaire, elle arpente les rues et photographie de manière obsessionnelle. En véritable poète de l’instantanéité, ses dons d’observation lui permettent de capturer des moments de grâce. Elle photographie tout ce qu’elle voit, avec une prédilection pour les enfants, les personnes âgées et les marginaux. Beaucoup s’affairent, depuis la découverte de cette artiste inconnue, autour du « mystère » Vivian Maier, afin de tenter de cerner sa personnalité hors norme. C’est encore à travers ses photographies que Vivian Maier s’exprime le mieux. Ses photos parlent pour elle, montrent ce qui l’intéresse, ses centres d’intérêt et un travail profondément « humaniste ». Tendre avec les plus démunis, son regard devient implacable face aux rictus des riches. Ses nombreux autoportraits, entre opacité et inventivité, contribuent à créer le mythe autour de l’artiste et son œuvre.
Un cas unique
Véritablement découverte en 2009, Vivian Maier déchaine les passions. En quelques années, elle acquiert une grande notoriété et affole la blogosphère. Deux documentaires consacrés au sujet, celui de la BBC et Finding Vivian Maier, un site internet en son nom et la publication d’un livre. C’est au tour des expositions de fleurir un peu partout. On en compte pas moins de trois en France. Mais comme l’explique Abigail Solomon Godeau dans son texte « L’invention de Vivian Maier », elle n’a presque pas tiré ses photos ou alors très sommairement. « Les galeristes se retrouvent face à un cas unique. Ils doivent eux-mêmes choisir la manière de développer les photos, tout en essayant de respecter au maximum les intentions d’une photographe au caractère ambigu. » En attendant, ils œuvrent tous à faire connaître le travail de cette personnalité unique.

Vivian Maier, une photographe révélée, château de Tours, 25, avenue André-Malraux, Tours. Du mardi au dimanche de 14 heures à 18 heures. Jusqu’au 1erjuin 2014.

Galerie Frédéric Moisan :72, rue Mazarine, Paris 6e. prolongation jusqu’au 21 décembre.

Galerie Les Douches :5, rue Legouvé, Paris 10e. Jusqu’au 21 décembre.

Visuel : ©Vivian Maier/ Maloof Collection courtesy Greenberg Gallery

 

 

Dorothée Chiara

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One thought on “Vivian Maier : Une « nanny » pas comme les autres”

Commentaire(s)

  • Bruno

    J’ai vu le docu sur elle au cinéma récemment (« A la recherche de Vivian Maier »)que je conseille vivement aux amateurs de photos et aux amateurs de suspense, d’enquête et de mystère! Un romancier ne fera pas mieux! Le film cependant ne répond pas à la question de fond: pourquoi tant de mystères? De qui, de quoi se cachait-elle? De quoi avait-elle peur? Quel passé sombre la poursuivait? …

    juillet 30, 2014 at 1 h 32 min

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