
Miró au Grand Palais : des rêves grandeur nature
Jusqu’au 4 février 2019, l’artiste espagnol est à l’honneur d’une excellente rétrospective événement réunissant 150 oeuvres. Inclassable, engagé mais avec le regard tendre et espiègle d’un enfant, Joan Miró a traversé le XXème siècle en jongleur de la couleur et en savant éveillé dans un songe d’où s’échappe une multitude d’êtres et de formes insolites.

5 mai 1947
huile sur toile
73 x 92 cm États-Unis, New York Calder Foundation
© Successió Miró / Adagp, Paris 2018 Photo Calder Foundation, New York / Art Resource, NY.
Le jour de Noël 1983, Miró meurt à Palma de Majorque à l’âge de 90 ans. Le peintre, sculpteur, graveur et céramiste, renommé dans le monde entier, dont une fondation à son nom a été fondée huit ans plus tôt à Barcelone, sa ville natale, laisse une œuvre gigantesque en 70 ans de carrière.
Vous serez sans doute étonné de découvrir au début de la rétrospective présentée au Grand Palais que les toiles de jeunesse de Miró, à la fin des années 1910 et au début des années 20, sont figuratives, proches des fauvistes, des cubistes et des expressionnistes. Les plus curieux noteront également que certains éléments que l’on retrouvera par la suite dans presque tous ses tableaux sont déjà présents, en particulier l’échelle et la lune, veilleuse pâle et pure de la future réussite de Miró.

1921-1922
huile sur toile ; 123,8 x 141,3 cm États-Unis, Washington
National Gallery of Art
don de Mary Hemingway, 1987
© Successió Miró / Adagp, Paris 2018 Photo National Gallery of Art, Washington
Mais progressivement, alors qu’il vit à Paris, les tons sont plus doux, les détails moins nombreux, les formes simplifiées. Les objets et les individus se dépouillent pour devenir des personnages imaginaires qui pourraient provenir d’une autre planète.
Le Carnaval d’Arlequin, en 1924-1925, marque un tournant. Miró invente un monde peuplé d’astres inconnus, d’animaux volants ou aquatiques étranges, de serpentins, de yeux surpris et de barretinas, le chapeau traditionnel des catalans, un joyeux cortège extraverti et déployé sur des aplats de couleurs tels des jouets qui prendraient vie. Par ce langage venu du subconscient, Miró est rangé dans la catégorie des surréalistes mais il s’éloigne du mouvement à la fin des années 1920 et fait des infidélités à la peinture, qu’il veut « assassiner », et se tourne vers le collage, la sculpture et exécute des décors et des costumes.

1924-1925
huile sur toile ; 66 x 93 cm
États-Unis, Buffalo
Collection Albright-Knox Art Gallery
Room of Contemporary Art Fund, 1940
© Successió Miró / Adagp, Paris 2018
Photo Albrigth-Knox Art Gallery, Buffalo / Brenda Bieger and Tom Loonan
Malgré des titres poétiques et un monde très détaché, en apparence, de la réalité, l’artiste est conscient des tourments de son époque. Comme vous le verrez au cours de l’exposition, la montée des fascismes lui inspire des toiles sombres (les « peintures sauvages ») dans lesquelles les formes inoffensives du Carnaval d’Arlequin ou des Intérieurs hollandais (deux des trois tableaux de la série sont montrés dans la rétrospective) se sont métamorphosés en monstres inquiétants, ombres machiavéliques lestées de violence sur des couleurs amères. En 1937, alors que la guerre d’Espagne fait rage entre les républicains et les nationalistes, menés par le général Franco, Miró réalise un grand panneau mural, Le Faucheur, pour le pavillon espagnol de l’Exposition universelle à Paris.

26 mai 1941
gouache et huile sur papier ; 46 x 38 cm collection particulière
© Successió Miró / Adagp, Paris 2018 Image courtesy Acquavella Galleries
Varengeville-sur-Mer (en Normandie) où il séjourne de 1939 à 1941, puis l’Espagne, sa terre natale, redonnent à l’œuvre du peintre une nouvelle sérénité. Les tableaux de Miró sont moins colorés et plus épurés. Le cycle des Constellations voit l’apparition de formes simples semblables à des parades de saltimbanques narguant les dictateurs et leurs horreurs.
Après la Seconde Guerre mondiale, Miró reçoit des commandes de partout. Dans la foulée de sa première rétrospective, au MoMA de New-York en 1941, il est exposé dans plusieurs pays. Celui qui disait que « ce qui compte, ce n’est pas une œuvre, c’est la trajectoire de l’esprit durant la totalité de la vie », réserve une partie de son temps à la céramique, au bronze, et à l’instar de Bleu I, Bleu II et Bleu III, il travaille dans son grand atelier de Palma de Majorque sur des triptyques de grandes dimensions. Miró essentialise son trait en quelques touches élégantes de peinture noire et placées au milieu d’un océan monochrome.

scénographie Atelier Maciej Fiszer
© Rmn-Grand Palais / Photo Didier Plowy
Dans les années 1970, il fait une incursion dans les techniques du mouvement des Nouveaux Réalistes avec la stupéfiante Toile brûlée II mais ses triptyques restent parfois engagés comme L’espoir du condamné à mort, évocation de la détention d’un militant anarchiste, Salvador Puig i Antich, exécuté en mars 1974 par le régime franquiste pour le meurtre d’un membre de la garde civile.

1928
huile sur toile ; 130 x 97 cm
États-Unis, New York
The Metropolitan Museum of Art
legs de Florene M. Schoenborn, 1995
© Successió Miró / Adagp, Paris 2018 Photo The Metropolitan Museum of Art, dist. Rmn-Grand Palais / Malcom Varon
Jusqu’à la fin de ses jours, Miró travaille et garde l’âme d’un enfant qui ne veut pas vieillir. A l’écart de tous les mouvements artistiques, calme et réservé, cet artisan est le seul, dans son atelier, à pouvoir parler à ces créatures qu’il représente et à comprendre leurs idéaux de liberté et d’optimisme. Ce jour de Noël 1983, lors de sa disparition, Miró est sans doute parti les rejoindre avec cette petite échelle qu’il a peint si souvent.
INFORMATIONS PRATIQUES :
Miró
Grand Palais, galeries nationales
Jusqu’au 4 février 2019
Ouvert lundi, jeudi et dimanche de 10h à 20h, mercredi, vendredi et samedi de 10h à 22h
3, avenue du général Eisenhower 75008 Paris
01 44 13 17 17
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