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Majlis à l’Unesco, les secrets bien montrés du dialogue interculturel

Majlis à l’Unesco, les secrets bien montrés du dialogue interculturel

04 décembre 2018 | PAR Sabina Rotbart

Des corans chinois, des lampes de mosquée viennoises, des tapis persans mettant en scène la Vierge Marie, Majlis, cultures en dialogue, présentée par le Qatar à l’Unesco est une exposition audacieuse à découvrir d’urgence avant le 15 décembre.

LE MAJLIS, c’est un espace de dialogue, un lieu présent dans toutes les maisons du Golfe arabique où les familles échangent avec les visiteurs venus de l’extérieur. C’est un lieu d’ouverture, de questionnement. Autrefois, dès l’âge de huit ans, les garçons y accompagnaient leur père et à 14 ans ils devaient avoir acquis une aisance suffisante pour s’exprimer et argumenter en public. Maintenant il existe des Majlis destinés aux femmes. Par extension, c’est aussi une véritable institution sociale où se discutent les lois et un lieu politique d’échange entre le peuple et les gouvernants. Reconstitué au siège de l’Unesco à Paris, à l’initiative du Sheikh Faisal Bin Qassim Al Thani, très investi dans la sphère culturelle, il s’y expose des œuvres vraiment étonnantes, rares et très parlantes sur le dialogue entre cultures.

Il faut courir admirer ces tapis persans sublimes qui rassemblent sur une même trame saints chrétiens, califes puissants, grands explorateurs portugais, Moïse, Jésus et … Napoléon, bref, cinquante et un personnages de l’histoire mondiale! Et ce grand plateau de cuivre représentant Saint Georges cerné d’un poème chrétien calligraphié en arabe ! Le visiteur y découvre que la main de Fatima a été un talisman utilisé indifféremment par les chrétiens, les juifs et les musulmans dans tout le Moyen Orient et le Maghreb. Des preuves multiples et anciennes des échanges étroits qui lient depuis longtemps les cultures du globe. Un indice d’un climat de tolérance vraiment ancien.

Certains objets suscitent une émotion particulière comme ces bols de mendiants typiques du soufisme islamique mais qui sont aussi présents en Inde (Shiva est parfois munie d’un de ces objets, sur ses représentations). Et l’on découvre avec stupeur sur des poteries espagnoles du XIXème siècle les traces subsistantes d’une certaine nostalgie pour l’art mauresque. Ou des emprunts culturels quasi acrobatiques comme en témoigne ce brûle-parfum chinois en cloisonné, orné de la shahada, la profession de foi musulmane… On ne savait pas les artisans chinois aussi actifs en calligraphie arabe ! L’exposition souligne ainsi les échanges culturels bien plus que la fermeture identitaire,

Montrer les points communs culturels, la diversité plus que les divergences, tel est le propos de cette exposition qui nous donne la chance d’admirer des œuvres rarissimes issues du musée personnel du Sheikh Faisal Bin Qassim Al Thani (www.fbqmuseum.org) Un établissement qui comporte plus de 30 000 pièces, des monnaies, des armes, des objets d’art islamique mais aussi antéislamiques que ce grand collectionneur a voulu préserver pour ne pas nier l’histoire. Sans oublier la plus grande série de tapis au monde dont certains uniques car double-face!

Le Sheikh explique avec pas mal d’humour avoir commencé très tôt dans les affaires, à 14 ans, avec un pactole de mille dollars qu’il s’est empressé de perdre en seulement une semaine… avant de se relancer et de devenir un des hommes d’affaires les plus importants du Qatar. Cela lui a permis de devenir très tôt un grand collectionneur, lui qui a connu dans sa jeunesse le Qatar a peine sorti d’une période de grand dénuement. Puisqu’avant la découverte du pétrole et son exploitation par Shell (d’ailleurs sponsor de l’exposition), les qataris étaient pécheurs de perles, une activité aussi aléatoire que dangereuse (ils péchaient sans bouteille et parfois ne remontaient pas). Son musée, accueille chercheurs, spécialistes et étudiants étrangers, mais aussi le grand public. Mais comme tout le monde n’ira pas à Doha, c’est une chance unique de pouvoir découvrir ces objets très parlants à Paris !

L’exposition présentée à Malte, capitale européenne de la culture cet été, sera ensuite montrée à l’Institut du monde arabe à Paris de mi-janvier à mi-mars avant de poursuivre son périple vers les Etats-Unis et la Chine. Elle est visible à l’Unesco jusqu’au 14 décembre seulement.

Sabina Rotbart

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Sabina Rotbart
journaliste en tourisme culturel, gastronomie et oenotourisme.

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