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Lille3000 célèbre la renaissance des villes touchées par la crise : bouleversant.

Lille3000 célèbre la renaissance des villes touchées par la crise : bouleversant.

02 octobre 2015 | PAR Maïlys Celeux-Lanval


Elles ont été détruites par une guerre civile, par la faillite d’une usine ou par de trop fortes inégalités sociales : Détroit, Phnom Penh, Séoul et Eindhoven ont su se relever des crises qu’elles ont traversé et sont aujourd’hui les stars de quatre grandes expositions dans la métropole de Lille, à l’occasion de l’édition spéciale Renaissance de Lille3000. L’admirable maire de la ville, Martine Aubry, a voulu établir un parallèle entre la crise que la France et l’Europe sont en train de vivre et celles qui ont été surmontées par ces villes désormais hyperactives. Le résultat ? Un sublime message d’espoir, du genre qui noud la gorge et qui donne des leçons.

Lille3000Il s’agissait de prouver l’importance de l’art et de la créativité en temps de crise : car l’art est ce qui sauve de la morosité et ouvre de nouvelles perspectives économiques et sociales, il apparaît comme le plus beau geste de survie d’une société. L’exemple le plus beau est sans doute celui de la ville de Détroit, cité-fantôme des États-Unis faite de ruines urbaines et très largement abandonnée par ses habitants, devenue aujourd’hui capitale de la musique électronique et investie par toute une génération de jeunes artistes mi-désenchantés mi-rieurs. Évidemment, c’est l’ancienne gare Saint-Sauveur qui s’est imposée comme le meilleur endroit pour exposer ces artistes des ruines : abandonnée puis récupérée par la ville pour en faire un centre d’art contemporain, la gare Saint-Sauveur est l’écrin idéal de l’œuvre monumentale Babel de Scott Hocking, qui a installé des montagnes de pierres dans les espaces toujours désaffectés de la gare. Offrant une perspective spectaculaire, Babel (tout comme les photographies de l’artiste) propose un début de construction et de transformation des ruines en geste esthétique.

Lille3000Autre œuvre inratable de l’exposition, Le plus petit club du monde (2015, Fanny Bouyagui, Art Point M) propose aux spectateurs de revivre en images et en musique le premier Detroit Electronic Music Festival dans quelques mètres carrés et de savourer ainsi un peu du charme électrisant de la techno from Detroit. On citera rapidement la sublime vidéo de Oren Goldenberg, Time I change (2012), qui propose un parcours dansé dans les paysages détruits de la ville, ainsi que la vidéo Katabaris de Cooper Holoweski (2013), planante déambulation animée dans des formes géométriques mêlée d’éléments réels, à regarder dans le confort d’un profond canapé de cuir.

Lille3000Voilà pour la plus spectaculaire des quatre expositions ; impossible également de rater Séoul, vite, vite ! au Tripostal, passionnant échantillon des plus audacieux artistes coréens. Accueillis par la monumentale installation de colliers de perles de Choi Jeong Hwa, artiste qui vous mène dans une pièce surchargée d’objets clinquants (reflets d’un appétit capitaliste qui va vite, vite !), vous découvrirez ensuite les DVD Bangs, ces salles de cinéma privatives typiquement coréennes louées le temps d’un film par des adolescents en quête d’intimité et des amants sans nid. Avant cela, vous découvrirez les installations inventives de Choe U-Ram, notamment l’étonnante boule de lumière faite en phares de voitures qui clignotent (sublime !) et vous terminerez dans un appartement coréen réinvesti par plusieurs artistes qui déclinent le thème des nouilles, des aquariums et de la K-Pop dans une vaste fantaisie un peu dingo.

Lille3000Les artistes brésiliens se sont installés à la Maison Folie Wazemmes, tandis que les designers de Eindhoven investissent la Maison Folie Moulins : dans les deux cas, ils donnent l’aperçu de villes dynamiques qui doivent beaucoup à leurs artistes et à leurs inventeurs, que ce soit en termes d’urbanisme ou d’art de vivre (on retiendra le Vitruvian Project de Flow Tunic de l’exposition Eindhoven, projet de textile qui se charge d’électricité à la lumière du soleil et permet de recharger un portable en le mettant dans sa poche ; pour la partie brésilienne, on se souviendra bien sûr de la parade magnifique dans les rues de Lille le soir du 26 septembre, apportant de la joie et de la couleur aux habitants réunis en masse).

En bref, et parce qu’il est difficile de résumer l’effervescence de quatre expositions – et de quatre villes ! – en quelques mots, l’événement Renaissance se révèle être le plus beau message d’espoir de l’automne 2015, dans le contexte humain catastrophique que l’on connaît. Ce sont l’art, la fête et la solidarité qui nous sauverons : y a-t-il autre chose à ajouter ?

Informations pratiques : 

Lille3000 / Renaissance
Du 26 septembre 2015 au 17 janvier 2016
Lieux : Tripostal, Gare Saint-Sauveur, Maison Folie Wazemmes, Maison Folie Moulins

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Maïlys Celeux-Lanval

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