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L’excellence de l’art du végétal

L’excellence de l’art du végétal

20 juin 2022 | PAR Laetitia Larralde

Cet été, l’Ecole des Beaux-Arts et la Maison Chaumet nous plongent dans un bain de nature aussi merveilleux que diversifié. Visite d’un herbier artistique exceptionnel.

A l’Ecole des Beaux-Arts, l’étude et la copie des maîtres font partie de l’apprentissage des élèves, et ses expositions le reflètent. Dans Sculptures infinies en 2020, on s’intéressait aux copies de sculptures en plâtre, et le printemps dernier l’exposition Le Partage d’une passion pour le dessin présentait les trésors des collections de dessin de l’Ecole. Cette nouvelle exposition s’intéresse quant à elle à un autre modèle, d’un maître tout aussi incontournable : la nature, et plus particulièrement le végétal. Au travers de 400 pièces, Végétal nous propose de regarder la nature par les yeux des artistes et des scientifiques, dont les visions se croisent plus souvent qu’on ne le pense.

L’exposition a été conçue en partenariat entre l’Ecole des Beaux-Arts et la Maison Chaumet, maison de joaillerie fondée en 1780. Dès sa fondation, la Maison Chaumet, et son fondateur Marie-Etienne Nitot, place le végétal au centre de sa création. Cette position, clairement revendiquée, s’inscrit dans une longue tradition d’inspiration botanique dans l’histoire de l’art, comme nous le montre la couronne mortuaire macédonienne datant de l’Antiquité. Et l’attrait pour la beauté végétale n’a pas faibli au cours des siècles, pour preuve la forêt d’Eva Jospin, la robe semée de muguet de Dior ou les fleurs en décomposition de Victoria Braithwaite. Dans une scénographie feutrée accompagnée de musique, la découverte de chaque pièce est un ravissement.

Le parcours, pensé par le commissaire Marc Jeanson, botaniste, ancien responsable de l’Herbier du Muséum d’Histoire naturelle de Paris et aujourd’hui directeur des collections botaniques du jardin Majorelle de Marrakech, part de la nature sauvage pour arriver à la nature domestiquée. Les plantes sont regroupées par zones géographiques, telles que la forêt, l’estran ou le jardin, et sont présentées sous des formes très variées. Les archives Chaumet sont évidemment représentées avec des dessins, des maquettes en maillechort, des photos sur plaque de verre et une large sélection de bijoux grandioses faisant la part belle aux diadèmes. De plus, nous pouvons admirer des herbiers, fossiles, sculptures, peintures, photographies, objets d’art, céramiques, haute couture, planches botaniques ou encore des exemples d’architecture, pour un panorama à 360° de la représentation végétale.

Les grands noms auxquels on pense immédiatement quand on évoque l’association art et végétal tels que les artistes de l’Art Nouveau, René Lalique et ses bijoux extraordinaires en tête, Claude Monet et ses nénuphars ou encore les roses de Redouté sont bien présents. La sélection des œuvres est prestigieuse, rare. Nous pouvons à la fois admirer une tapisserie mille-fleurs de 8 mètres de long du XVIème siècle, des portraits d’Arcimboldo, des extraits du délicat herbier de Jean-Jacques Rousseau, les nénuphars trouvés dans la tombe de Ramsès II ou le diadème aux épis de blé créé pour l’Impératrice Joséphine. Et la Maison Chaumet n’est pas l’unique représentante de la joaillerie, puisque nous retrouvons aussi des pièces de Lalique, Tiffany ou Vever, toutes aussi impressionnantes et étincelantes.

Au-delà de l’émerveillement que la qualité et la variété des pièces présentées provoque, Végétal est une véritable ode à la beauté de la nature. Cet herbier artistique brouille les frontières entre art et science pour montrer un petit échantillon des richesses de biodiversité de la planète, que scientifiques et artistes regardent avec une même attention. Les planches dessinées hier pendant les expéditions scientifiques sont aujourd’hui autant valorisées comme des œuvres d’art que comme des témoignages scientifiques, le beau faisant le pont entre l’art et la science. Mais notons que la recherche de la beauté ne se cantonne pas aux plantes rares : elle se trouve aussi dans les plantes les plus humbles, telles que les algues, le trèfle ou l’avoine, au même titre que les roses ou la passiflore.

Après une telle démonstration de la magnificence de la nature, espérons que le public saura la regarder d’un œil renouvelé et qu’il cherchera à la protéger dans toute sa diversité, afin que ces œuvres ne soient pas les témoignages d’espèces disparues.

Végétal – L’Ecole de la beauté
Du 16 juin au 04 septembre 2022
Beaux-Arts de Paris
Exposition ouverte au public sur réservation

Visuels : 1- Joseph Chaumet, Diadème aux boutons d’églantines, vers 1922 – platine, diamants, perles, 8×16 cm – Collection particulière / 2- Anna Atkins, Photographs of British Algae: Fucus vesiculosus, 1841-1853. Cyanotype sur papier, Paris, Muséum national d’Histoire naturelle © Muséum national d’Histoire naturelle / 3- François-Regnault Nitot, Joseph Chaumet – diadème épis de blé dit Crèvecoeur, transformable en devant de corsage, 1810-1910 – or et diamants, 18×16,5 cm – Paris, collections Chaumet / 4- Michel Adanson, Triticum aestivum, XVIIIe siècle – Papier, plantes séchées, encre, colle – Paris, Muséum national d’Histoire naturelle, Direction générale déléguée aux collections, Herbier national © Gregoire Flament © Muséum national d’Histoire naturelle / 5- Pierre-Joseph Redouté et Claude Antoine Thory, «Rosa Tomentosa», dans Les Roses, Paris, Firmin Didot, tome 2, pl. [98], 1817-1824. Planche gravée en couleur – Paris, Muséum national d’Histoire naturelle © Muséum national d’Histoire naturelle

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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