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Les Guerrilla Girls font trembler le FRAC Lorraine

Les Guerrilla Girls font trembler le FRAC Lorraine

12 novembre 2016 | PAR Maïlys Celeux-Lanval

Elles se sont réunies en 1985, ont collé des milliers d’affiches et distribué des tracts aux quatre coins de la planète : les Guerrilla Girls ont ouvert un combat donc l’actualité n’a jamais été aussi brûlante. Armées de papier et de masques de gorille, ces anonymes investissent les murs de New York et les encarts publicitaires avec des affiches collées sauvagement. « Est-ce que les femmes doivent être nues pour avoir leur place au Metropolitan Museum ? » : redoutablement précises et bien renseignées, elles interpellent des critiques d’art, des galeristes, des artistes et des collectionneurs, toujours avec une ironie mordante. Pour la première fois en France, leur travail est entièrement retracé dans une exposition à voir au FRAC Lorraine du 10 novembre 2016 au 29 février 2017.

Qu’on n’imagine pas que les Guerrilla Girls sont en perte de vitesse, bien au contraire : séparées en différents groupes mais toujours actives, elles n’ont jamais été plus importantes qu’aujourd’hui, à l’heure où seulement 4% des artistes du Metropolitan Museum sont des femmes selon une affiche de 2011 (en 1985, date de la toute première affiche, elles étaient 5%. Notez que si vous manquez d’informations sur la situation des femmes dans le monde de l’art, la lecture des œuvres des Guerrilla Girls vous en donnera un bon aperçu. Exemples : une artiste femme gagne deux tiers de moins qu’un homme ; en 1985, le magazine Flash Art n’a parlé que de 13% de femmes ; seulement quatre galeries new-yorkaises présentent au moins une artiste femme noire.)

La notion documentaire donne ainsi tout son sel à l’exposition conçue par le génial commissaire d’exposition Xabier Arakistain, lui dont on a récemment pu voir au CAPC de Bordeaux la rétrospective de l’artiste féministe Judy Chicago, le même qui n’apparaît jamais sans un maquillage digne des meilleurs transformistes et une coupe de cheveux affolante. Cela posé, sous ses airs extravagants l’homme est parfaitement sérieux, et nous incite tout au long de l’exposition à participer, à réfléchir et à travailler (à l’instar des Guerrilla Girls bien sûr, qui ont fait partie des premières artistes à vouloir que le spectateur soit acteur de l’œuvre) : ainsi, dans la première salle, on est d’emblée invité à écrire sur le mur nos envies de féminisme, et à feuilleter les publications des Guerrilla Girls, ainsi que quelques bouquins d’histoire de l’art féministe. Dans la deuxième salle, un film documentaire d’une trentaine de minutes retrace avec une vivacité critique remarquable le parcours des Guerrilla Girls dans le contexte dégoûtant d’un marché de l’art dominé par la spéculation et une poignée d’hommes de pouvoir. Montez les escaliers et vous vous retrouverez au cœur des affiches du collectif, agrémentées de photographies in situ, d’articles de presse et de courriers haineux reçus au fil des années.

Au fur et à mesure, on voit que leur combat change de visage et englobe de plus en plus de luttes, notamment anti-racistes et pro-LGBT. Car elles ont été interpellées par des femmes qui n’étaient pas artistes sur leur condition, tout aussi compliquée, et car elles ont ouvert les yeux sur un monde où toutes les luttes peuvent être connectées, les Guerrilla Girls ont donné aux populations marginalisées la possibilité d’être vues et entendues jusque dans les plus grandes institutions muséales, où elles sont aujourd’hui accueillies à bras ouverts. Toutefois ce n’est pas au Centre Pompidou que l’on va voir leur travail cette année, mais bien au FRAC Lorraine, un endroit précieux qui a toujours défendu, grâce à sa directrice Béatrice Josse, des valeurs féministes. De la cohérence, du sérieux et une pointe d’humour : on finira bien par gagner !

Informations pratiques : 
Guerrilla Girls – Not ready to make nice au FRAC Lorraine (Metz)
Du 10 novembre 2016 au 19 février 2017
Entrée libre

Infos pratiques

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Maïlys Celeux-Lanval

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