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[Critique] du film « Tu ne tueras point » Mel Gibson sanctifie l’objection de conscience

[Critique] du film « Tu ne tueras point » Mel Gibson sanctifie l’objection de conscience

12 novembre 2016 | PAR Gilles Herail

Mel Gibson revient à la réalisation avec un film de guerre techniquement parfait qui illustre toutes ses contradictions, hésitant entre universalisme et patriotisme, pacifisme humaniste et fascination pour la violence, prosélytisme chrétien lourdingue et réflexion sur l’intimité de la foi. Tu ne tueras point (Hacksaw Ridge) est tour-à-tour brillant et détestable, puissant et insupportable. Mais ce portrait sanctificateur d’un objecteur de conscience ne laisse pas indifférent. Notre critique. 

[rating=3]

Extrait du synopsis officiel : Quand la Seconde Guerre mondiale a éclaté, Desmond, un jeune américain, s’est retrouvé confronté à un dilemme : comme n’importe lequel de ses compatriotes, il voulait servir son pays, mais la violence était incompatible avec ses croyances et ses principes moraux. Il s’opposait ne serait-ce qu’à tenir une arme et refusait d’autant plus de tuer.

L’objection de conscience est un sujet fascinant, trop rarement traité, que ce soient dans les livres d’histoire ou dans la culture populaire. Mel Gibson a décidé de retracer le parcours d’un de ses représentants américains les plus emblématiques, Desmond T. Doss. Un jeune homme tiraillé entre son patriotisme et ses croyances religieuses, qui s’engage dans l’armée comme infirmier, en refusant de porter (et même de toucher) une arme. Le cinéaste australien s’est logiquement emparé de cette histoire vraie qui lui permet d’explorer une nouvelle fois ses obsessions. Tu ne tueras point (Hacksaw ridge) est loin du manifeste pacifiste et alterne en permanence entre fascination et répulsion de la violence. Mel Gibson filme une nouvelle fois au plus près et au plus gore des corps déchiquetés et du sang qui gicle par hectolitres. Un théâtre d’horreur, montré dans sa brutalité la plus animale. Un combat entre le bien et le mal qui réduit les japonais à des figures de zombies hystériques assoiffés de chair fraiche.

Mel Gibson cherche avant tout à sanctifier une figure christique, risquant sa vie pour sauver des dizaines de blessés dans la bataille d’Hacksaw Ridge. Et Tu ne tueras point déborde de patriotisme dégoulinant, de valeurs d’héroïsme viril, de sacrifice et d’expiation, multipliant jusqu’à la nausée les parallèles bibliques. Tout n’est pourtant pas à jeter dans ce film de guerre ultra violent, étouffé par sa propagande chrétienne, qui capte pourtant la puissance symbolique de l’objection de conscience. La mise-en-scène est brillante et la reconstitution du champ de bataille impressionnante. Mais c’est bien le personnage principal, interprété par Andrew Garfield, qui donne au film tout son intérêt. Un jeune homme dont la foi s’explique par une histoire personnelle difficile. Issu d’une famille malmenée par un père vétéran alcoolique, violent, battant femmes et enfants pour oublier ses propres traumas. Une rage transmise à son fils, incapable de contrôler ses pulsions d’agressivité, qui trouvera dans la religion la force nécessaire pour atteindre une forme d’apaisement.

L’objection de conscience de Desmond Doss n’est pas politique. Elle relève avant tout de l’intime et d’une croyance morale profonde. C’est ce qui fait la force d’un personnage qui ne se voit pas comme un militant pacifiste et souhaite d’ailleurs plus que tout rejoindre l’armée pour défendre son pays. Mais ne cèdera jamais sur ses principes, qu’il soit humilité, menacé, battu, jugé, moqué. Andrew Garfield, impressionnant, donne à son rôle un sentiment de pureté et d’innocence mêlé d’obstination. Car le refus non-négociable de la violence a un caractère quasi révolutionnaire. Une résistance têtue mais sereine, que l’environnement militaire va désespérément tenter de briser, avant de la tolérer. Tu ne tueras point croule sous les contradictions et doit être vu avec recul, pour mettre de côté le prosélytisme assumé de son réalisateur. Le témoignage, déstabilisant, sur la force de la foi ne laisse pourtant pas indifférent, dans la lignée des Innocentes d’Anne Fontaine ou de Philomena de Stefen Frears.

Gilles Hérail

Tu ne tueras point (Hacksaw Ridge), un drame américano-australien de Mel Gibson avec Andrew Garfield, Vince Vaughn, Teresa Palmer, durée 2h11, sortie le 09/11/2016

Visuels : © affiche et bande-annonce officielles du film

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