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Les grands maîtres du monde flottant à Aix-en-Provence

Les grands maîtres du monde flottant à Aix-en-Provence

12 novembre 2019 | PAR Laetitia Larralde

Cet hiver, l’Hôtel de Caumont met à l’honneur la collection d’estampes japonaise de Georges Leskowicz avec une sélection des plus grands maîtres et de très rares surimono. Plongez dans le raffinement de l’art japonais pour un éblouissement garanti.

Hokusai, Hiroshige, Utamaro est une exposition d’une envergure rare consacrée au surimono, catégorie spécifique de l’estampe japonaise. Signifiant littéralement « chose imprimée », le surimono est une estampe luxueuse, tirée à peu d’exemplaires et commandée par un particulier. De petit format, elle utilise des matériaux nobles tels qu’un papier épais et des pigments métalliques, ainsi que des techniques spécifiques comme le gaufrage.
Cette pratique était particulièrement en vogue entre les années 1780 et 1835. Les estampes étaient commandées pour des occasions spéciales : vœux du Nouvel An, publicité autour d’un évènement pour un acteur de kabuki ou une courtisane, ou pour la promotion d’un texte issu d’un cercle de poètes.
L’image, associée à un poème à la calligraphie travaillée, comporte un grand nombre de symboles et de références littéraires au Japon ancien, dont le sens est parfois perdu aujourd’hui. On peut trouver par exemple l’animal du zodiaque chinois de l’année sur les cartes de vœux, accompagné des symboles du bonheur comme la branche de pin, ou les sept Dieux du bonheur.

La sophistication de ces estampes attire les plus grands artistes de l’ukiyo-e. En effet, il n’est pas rare d’utiliser un grand nombre de couleurs, du gaufrage et des rehauts de pigments dorés ou argentés, ce qui permet l’expérimentation artistique et une grande finesse de représentation. Hokusai, Hiroshige ou encore Sharaku et Eisen se sont adonnés à cette pratique, portant une attention prodigieuse aux détails, comme ceux des kimonos. Sur ce point précis, les maîtres semblent prendre un malin plaisir à multiplier les motifs, en en choisissant un nouveau pour chaque épaisseur de tissu, comme sur les portraits des courtisanes de Hokkei, et allant jusqu’à en souligner certains par du gaufrage.

Une salle présentant les outils, les matrices et les étapes d’impression d’une estampe nishiki-e, estampe multicolore dite « estampe de brocart », souligne la quantité de travail des artisans, et surtout la précision incroyable dont ils font preuve. Car chaque couleur est gravée sur une matrice en bois séparée, imprimée l’une après l’autre sur une même feuille pour arriver à l’image finale. L’équipe constituée du dessinateur, du graveur de la matrice et de l’imprimeur, à laquelle s’ajoute l’éditeur pour les estampes commerciales ou le commanditaire privé pour les surimono, fait preuve d’un talent et d’une maîtrise de leur art exceptionnels.

L’exposition regroupe autour des surimono des estampes ukiyo-e de grande valeur, le plus souvent des premiers tirages. On peut remarquer plusieurs oeuvres d’Hokusai dont les traits de contour sont bleus et non noirs, signe de qualité. De plus, des objets que l’on retrouve sur dans les estampes sont présentés, et viennent les ancrer dans la réalité. Des kimonos brodés et des peignes se joignent aux images des courtisanes, des armures, véritables œuvres d’art, trônent au milieu des images de samouraïs, ou encore des nécessaires d’écriture accompagnent les cartes de Nouvel An.

La scénographie d’Hubert le Gall est le seul bémol de cette exposition magnifique. Si elle rappelle des éléments d’architecture ou de mobilier japonais, elle manque cruellement de subtilité, quand ce n’est pas de sens, comme l’étrange empilement de bâtons rouges dans la seconde salle. Le contraste entre la minutieuse délicatesse du contenu et l’absence de finesse d’un contenant anecdotique est bien trop marqué.
L’exposition se termine sur une salle immersive qui reprend le procédé cher à Culturespaces (l’Atelier des Lumières) de projection vidéo sur tous les murs associée à une bande-son. La première animation est autour de La Grande vague de Kanagawa d’Hokusai, estampe iconique de l’ukiyo-e, et changera au gré des rotations des œuvres, certaines étant trop fragiles pour être montrées tout au long de l’exposition.

L’exposition de l’Hôtel de Caumont nous transporte dans le Japon de l’époque Edo, entre paysages, scènes de la vie quotidienne, portraits de guerriers et de courtisanes et légendes du Japon. Les connaisseurs y découvriront une collection remarquable et des œuvres rares et les néophytes auront ici la plus grandiose des introductions à l’estampe.

 

Hokusai, Hiroshige, Utamaro, les grands maîtres du Japon – collection Georges Leskowicz
Du 8 novembre au 22 mars
Hôtel de Caumont – Centre d’art, Aix-en-Provence

Visuels : 1- Toyota Hokkei, L’Honnêteté, de la série Triptyque des trois qualités, 1820-1833 – Shikishiban surimono, nishiki-e – Collection Georges Leskowicz, photo © Fundacja Jerzego Leskowicza / 2- Kitagawa Utamaro, extrait du triptyque Courtisane admirant les cerisiers en fleur, 1801-1804, nishiki-e – Collection Georges Leskowicz, photo © Christian Moutarde / 3- Yashima Gakutei, Le guerrier Honda Tadakatsu, vers 1830, Shikishiban surimono, nishiki-e – Collection Georges Leskowicz, photo © Fundacja Jerzego Leskowicza / Katsushika Hokusai, Shichirigahama dans la province de Sagami, série Trente-six vues du Fuji, vers 1831, nishiki-e – Collection Georges Leskowicz, photo © Fundacja Jerzego Leskowicza / 5- Utagawa Sadakage, La Courtisane Shungestsu dans sa loge, série Huit vues dans le quartier de plaisir, fin 1832, Shikishiban surimono, nishiki-e – Collection Georges Leskowicz, photo © Fundacja Jerzego Leskowicza

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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