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L’art nouveau et total de Henry Van de Velde dans son contexte belge, au Musée du Cinquantenaire

L’art nouveau et total de Henry Van de Velde dans son contexte belge, au Musée du Cinquantenaire

21 septembre 2013 | PAR Yaël Hirsch

 

 

 

Dans le cadre de son voyage à la découverte du Bruxelles Art Nouveau, Toute La Culture a pu visiter la grande exposition que le Musée du Cinquantenaire dédie à l’architecte et designer Henry Van de Velde. Imaginée à Weimar cette rétrospective est reprise et aménagée avec goût dans une scénographie quasi-chronologique culminant avec l’imposant bureau que Van de Velde avait dessiné pour le roi et replaçant ainsi le fils prodigue dans une belgitude passionnante. Jusqu’au 12 janvier 2014.

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Sous-titré « Passion, fonction, beauté », l’exposition que le musée du Cinquantenaire dédie à Henry Van de Velde parvient parfaitement à exprimer les fondements de son nouvel art : un art total où des architectes comme Van de Velde se font aussi concepteurs, designers et amateurs d’artisanat pour mener jusqu’au bout une activité de bâtisseur qu’ils considèrent comme le sommet de l’implication sociale de l’artiste. Célébrant les 150 ans de cette figure majeure du 20ème siècle, l’évènement présente pas moins de 463 œuvres qui parviennent à tenir quasiment parfaitement le caractère tout-terrain de l’art de Van de Velde, du design à l’architecture en passant par le travail du textile et le développement chronologique de sa carrière, qui explose en Allemagne au début du siècle, avant qu’il ne revienne en son pays, fonder l’école de la Cambre et enseigner à l’Université de Gand, dont il a dessiné la majestueuse bibliothèque.

Grâce à un espace immense séparé en 19 sections, mais en seulement 3 pièces, l’exposition parvient la plupart du temps à tenir son double propos sur l’art total et la belgitude de Van de Velde, tout simplement parce que les ensembles de meubles, objets et plans d’architectes présentés ne sont pas cloisonnés et entrent en dialogue.

van de velde robeDébutant sur l’un des morceaux de bravoure acquis très tôt par le musée, la « Paire de chandeliers à six branches » de 1898-1899, l’exposition présente dans sa première salle de taille modeste, ses hésitations entre peinture et dessin (notamment de bijoux) et les influences européennes qui ont marqué l’art de Van de Velde: sa fascination pour Barbizon est évoquée, et, surtout, on voit, encadrant ses premiers objets et meubles, de superbes pièces venues des arts appliqués britanniques du milieu du 19ème siècle, et notamment des meubles signés Edward William Godwin. Également d’inspiration très british, la fameuse villa Bloemenwerf que l’architecte se construit à Uccle (et que nous avons visitée) est évoquée à travers un diaporama et surtout une des robes que le créateur avait dessinée à sa femme (il y en aurait eu une par pièce, dans son souci d’art total!).

L’on quitte ce long couloir d’inspirations pour entrer de plein pied dans une immense salle où, autour d’une table centrale très bourgeoisement dressée, tous les aspects du travail de Van de Velde, allant de pièces entières ameublées art nouveau imaginées par un Van de Velde parti en Allemagne à la toute fin du 19ème siècle pour y trouver la gloire. On (re)découvre notamment son fameux « bureau en rognon » qui avait fait sensation à l’exposition de la Sessession viennoise de 1899, mais aussi des postes de coiffure à la fois fonctionnels et fait de bois sculpté. Après un détour par le Van de Velde architecte, qui a son recoin à part et met très joliment en perspectives, plans, maquettes, dessins et photos, on revient à l’implication de l’artiste dans les arts décoratifs et notamment la création de l’école d’arts décoratifs grand-ducale, ancêtre du Bauhaus de Weimar, qui est l’occasion pour l’exposition d’approfondir l’aspect céramique et terres cuites du travail  de Van de Velde, alors que jusque là on avait surtout vu son fin et moderne ciselage de services de tables.

van de velde maquetteToujours dans la même grande pièce, la suite de l’exposition hésite entre le chronologique (l’exil suisse) et l’accent mis sur le foisonnement des formes de l’art de Van de Velde : on passant encore par le travail sur le textile, sur les reliures, enluminures et typographie et quelques séries de meubles et de peintures (art que Van de Velde a conservé comme un violon d’Ingres), avant d’arriver à la grande conclusion « belge » de l’exposition avec le retour au pays en 1925, la haute position d’enseignant à Gand. Et surtout avec la création de l‘école de la Cambre à Bruxelles. L’excursus sur ce Bauhaus du plat pays est peut-être un peu long (touchantes photos des premiers étudiants à l’œuvre, mais peu de lien direct à Van de Velde) mais assez significatif de l’agenda patriotique de cet hommage, qui a finalement lieu dans un musée dédié à l’histoire…

C’est finalement dans une dernière pièce majestueuse, que l’on a pu voir en exclusivité et comme point d’orgue de l’exposition le bureau imaginé par Van de Velde, alors au sommet de sa renommée, pour le roi Léopold II (voir photo). Entre les nouveaux wagons pour la Société Nationale de Chemin de fer Belge (projet de 1921), ses dessins pour le paquebot prince Baudouin et les réalisations officielles de l’architecte pour les pavillons belges de l’exposition universelle de Paris (1937) et de la foire de New-York (1939), cette dernière pièce nous laisse peut-être sur une idée très « installée » de l’art de Van de Velde.

D’une opulence frappante, cette rétrospective Van de Velde a un agenda politique affirmé, mais cela en l’empêche pas d’avoir la générosité de présenter tous les aspects du travail du Grand homme à qui elle rend hommage et de permettre, par son espace large et sa scénographie soignée, une grande liberté du regard. L’exposition est un évènement culturel européen incontournable cet automne.

Commissaire d’exposition: Werner Adriaenssens
Catalogue : Henry Van de Velde, Passion Fonction Beauté, Lannoo, 288 p., 45 euros.
Parmi les activités proposées autour de l’exposition, vous trouverez des ateliers de céramique, un stage de Toussaint « Apprentis designers » pour les enfants et des conférences, notamment par le commissaire Werner Adriaenssens le 13 octobre à 10h30. Tout le programme sur le site du Musée du Cinquantenaire.

visuels (c) Yaël Hirsch sauf table dressée et chandeliers (Henry Van de Velde / Paire de chandeliers à six branches, 1898-1899 / Bronze argenté / Musées royaux d’Art et d’Histoire, Bruxelles, © Sabam, Belgium, 2013-2014)

Disparition du journaliste et auteur Gilles Verlant
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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected].com

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